« Furax », le mystère du pyromane oloronais


Si l’on excepte quelques bagarres, incivilités, infractions au Code de la route, insultes et vols, Oloron est reconnue comme une cité paisible. Mais, de temps en temps, un fait divers hors du commun vient défrayer la chronique et alimenter les conversations. Ainsi de l’histoire qui s’est passée en 1959 avec cet incendiaire qui signait ses méfaits sous le nom de « Furax ». Furax, nom sans doute inspiré par un feuilleton radiophonique loufoque créé à l’époque par Francis Blanche et Pierre Dac et qui connaissait un grand succès. Voici cet évènement retracé au jour le jour d’après les articles publiés par La République durant les premiers jours du mois d’avril 1959.

Jeudi 2 avril, 5 heures du matin : La sirène réveille les Oloronais. Un grand bâtiment est en feu dans la rue Révol. Il sert de gymnase et de dépôt de matériel sportif au centre d’apprentissage Guynemer qui était alors logé dans cette rue. Malgré les efforts des pompiers, il ne reste bientôt plus de ce bâtiment que les quatre murs… et une partie du plancher qui a résisté à l’effondrement de la toiture. L’enquête de la police oloronaise conclura assez vite à un acte criminel, des traces d’essence ayant été retrouvées sur les lieux.

Nuit du 3 au 4 avril : des affiches sont apposées sur les murs du centre d’apprentissage. En lettres inscrites à la chaux sur du papier couleur, un individu signant « Furax » y promet, après l’incendie de jeudi, d’autres « spectacles en couleurs ».

Samedi 4 avril dans la matinée : le directeur de Guynemer aperçoit un léger nuage de fumée s’élevant des dortoirs. Sur les lieux, on retrouve un bidon d’essence qui a servi à arroser plusieurs lits qui se consument lentement, la laine des matelas ayant couvé l’incendie allumé depuis plusieurs heures. Ce nouveau sinistre est immédiatement enrayé à l’aide d’extincteurs.

Nuit du 6 au 7 avril : notre pyromane, décidément infatigable, s’en prend cette fois-ci aux installations du stade Saint-Pée. Et ne fait pas les choses à moitié

  • Dans un premier temps, délaissant l’essence pour la scie, il s’attaque aux poteaux de rugby du terrain d’honneur et du terrain d’entraînement ainsi qu’à ceux du sautoir en hauteur. Et les coupe tous à la base.
  • Il se dirige ensuite vers les vestiaires et arrose d’essence tables, bancs, portes et le tour de la maison du concierge. Il met le feu. Une explosion retentit dans les vestiaires. Les vitres sont brisées. Mais les dégâts restent limités. Sur place, on retrouve 2 bidons de Solexine et une lampe de poche.
  • L’enquête, jusqu’alors confiée à la police oloronaise, est reprise par la police judiciaire. On fait même appel aux services de Youki, le chien policier de la brigade de Mauléon. Les policiers relèvent des empreintes digitales et des traces de pas du côté du sautoir en hauteur et autour des poteaux de rugby. Ces découvertes leur permettent de nourrir de grands espoirs de mettre rapidement fin aux agissements de « Furax ».

Vendredi 10 avril : La République nous apprend que l’incendiaire n’est toujours pas identifié. Les indices relevés au parc des sports ont été infirmés par les vérifications. Mais l’auteur de l’article conclut avec optimisme : « Il ne fait aucun doute néanmoins que la ténacité des policiers aboutisse à un dénouement prochain ».

Jeudi 16 avril à 17 heures 45 : incendie dans un bâtiment de 360 m² appartenant aux établissements Rioux (spécialisée dans la fabrication de manches d’outils), à la rue Rocgrand. Attisé par un vent violent, le feu détruit la salle des machines. Les dégâts sont évalués à 20 millions de francs (il s’agissait encore des « anciens francs », les « nouveaux francs » ayant été mis en circulation le 1er janvier 1960). Dans la psychose ambiante, le sinistre est tout de suite attribué par la vox populi à « Furax ». Mais l’enquête se tourne plutôt vers la cause accidentelle.

Épilogue : il s’est bien trouvé de bons esprits pour faire circuler en ville le nom d’une personne qu’ils disaient être à l’origine de tous ces incendies (hormis celui de Rioux). Il s’est même trouvé de bonnes âmes pour le croire. Pourtant, 58 ans plus tard, « Furax » court toujours. Une question me brûle les lèvres : grâce à la video-surveillance (inconnue en ces temps lointains), aurait-on pu sinon empêcher les méfaits, au moins découvrir le coupable ?

6 commentaires sur « « Furax », le mystère du pyromane oloronais »

  1. La même année, le 11 novembre, la fabrique Vulcogeu de M.Santiago connaissait le même sort . Le coupable n’a pas été trouvé non plus…

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  2. Moi, j’y vois plutôt une autre question…

    Sans aucune vidéo surveillance depuis 68 ans, aucun nouveau pyromane = la vidéosurveillance serait-elle donc utile (hormis pour rassurer un électorat non menacés mais qui prend peur de tout à regarder en boucle les faits divers montés en épingle, le sensationnel attirant notre attention si on y prend pas garde… Tout cela pour garder du temps de cerveau disponible pour les publicités de notre oligarchie) ?

    « Donc l’information tend à s’orienter vers le sensationnel puisque c’est la méthode de sélection choisie par les journalistes et les télévisions. Pour Pierre Bourdieu, si ce genre d’informations est privilégié c’est tout simplement car elle attire la curiosité de tous sans créer la discorde. Il ajoute aussi que pour les comprendre, il ne faut pas jouir d’une capacité intellectuelle très élevée. Toutefois, ces choix sont encore réalisés en fonction d’un facteur principal : l’audimat. »
    https://gangstory.wordpress.com/fiches-de-lecture/fiche-de-lecture-sur-louvrage-de-pierre-bourdieu/

    De quoi être furax, non ? 🙂

    😉

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  3. Dire qu’à l’époque il n’y avait qu’un furax !
    Aujourd’hui je pense qu’il y en a beaucoup qui sont furax, mais bien heureusement il n’allument pas de feux de partout, bien qu’ils s’enflamment parfois facilement au vue des évènements qui alimentent le feuilleton oloronais.
    D’autres sont prêts à faire feu de tout bois, mais à ce jeu, ils peuvent se brûler. Certains comprendront mes propos, je pense…

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  4. Un Feu célèbre à Oloron ???
    Je fais appel à mon disque dur : je cherche google, rien , à non même pas une flamèche ? c’est quoi ce merdier (désolé )
    Pourtant enfant j’ai vu le dancing de l’hôtel de la Poste flamber toute une nuit …
    Il reste quelques azulejos protégés par une magnifique toiture en éverite qui en empêche l ‘exploitation ..
    On y dansait . Il y avait des expositions artistiques et commerciales ,et dans le balcon orchestre des célébrités de l ‘époque se sont produites.
    Tranche de vie et tritesse au vu de l’état actuel du bâtiment.
    C’est bien moche tout cela. …
    Etait ce Furax ? ( non un mégot mal éteint dans une corbeille de confettis )
    😈😈😈

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  5. Voyons, voyons un peu de mémoire les historiens de la vie Oloronaise.
    En mars 2007 Furax ou quelques individus bien intentionnés !!!Ont mis le feu à l’ancienne usine Carçabal petit batiment de 4 étages, dégageant ainsi de l’espace autour du projet de la future mediatheque.
    Et par l’effet kis cool bien connu des assureurs, une prime d’assurance est arrivée.
    Merci qui ? Merci Furax.

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