À quand une rue Paul Souviron à Oloron ?


Les livres et revues d’histoire locale fourmillent de récits sur la vie d’Oloronais dont le destin sort de l’ordinaire. Le nom de certains de ces Oloronais est passé à la postérité. D’autres sont beaucoup moins connus. C’est le cas de Paul Souviron, missionnaire oloronais qui, entre Révolution française et persécution chinoise a connu un parcours hors du commun. Le voici résumé ici au moyen de deux sources : un article de M. Montaigue, publié dans le numéro de juillet-octobre de la « Revue historique et archéologique du Béarn et du Pays basque » (merci la médiathèque) et une notice biographique des Missions étrangères de Paris (merci internet).

La jeunesse

L’histoire commence, les sources divergent sur ce point, le 31 octobre ou le 1er novembre 1768. Il y a donc 250 ans, le petit Paul naît à Sainte-Croix. Il est l’avant-dernier d’une famille de douze enfants. Son père, Jean, est un respectable commerçant en draps. À l’âge de 14 ans, Paul manifeste sa vocation pour la prêtrise. On l’envoie en 1782 au collège de Lescar plutôt qu’au séminaire d’Oloron. Pour une bonne raison :  à Oloron, les études sont désorganisées en raison de la guerre ouverte entre l’évêque d’Oloron, Joseph de Révol, et les Barnabites, ordre religieux auquel il a confié le séminaire.

Trois ans plus tard, en 1785, Paul passe du Collège de Lescar au séminaire de Calvet, à Toulouse, qui est entre les mains de l’ordre des Sulpiciens. Nouveau bail de trois ans à Toulouse et en 1788 il se retrouve séminariste à Saint-Sulpice, à Paris. Qui a dit que le Béarnais était casanier ?

La Révolution française

En 1791, il est fait obligation aux prêtres de prêter serment à la Constitution civile du clergé, qui fait en quelque sorte des ecclésiastiques des fonctionnaires de l’État. Les Sulpiciens, ordre auquel appartient Paul, refusent de prêter ce serment. Ils deviennent des « réfractaires ». En 1792, il a 24 ans, Paul entre au séminaire des Missions étrangères. En septembre de cette même année, Révolution oblige, les membres des Missions étrangères sont contraints de quitter la soutane. Puis la situation devenant intenable en France, c’est en 1793 le départ forcé pour l’Angleterre et Londres.

À Oloron, ses parents sont inculpés de complicité avec les émigrés. Leurs biens sont mis quelques temps sous séquestre. Puis arrivent de nouvelles tracasseries. Une lettre de Jean Souviron à son fils a été saisie à Calais. Le père nie l’authenticité de la missive. Peine perdue. Malgré son grand âge pour l’époque (73 ans), il est jeté en prison avec sa femme. Comme les cachots du séminaire d’Oloron regorgent déjà de prisonniers, c’est au couvent des Cordeliers qu’ils sont écroués. Après de multiples démarches, dont celles de Pémartin, ils seront libérés.

La persécution chinoise

Paul est ordonné prêtre à Londres. En tant que prêtre des Missions étrangères, il est envoyé en Chine, dans la province du Sichuan, pour y prêcher la bonne parole. Il arrive à Macao en juin 1796. Il va passer 9 mois dans cette colonie portugaise pour sa préparation à la vie missionnaire. En mars 1797, il quitte Macao, accompagné de cinq chrétiens chinois. Neuf jours plus tard, il est arrêté dans la province du Kouang-Tong par le commissaire d’une douane auquel il a été dénoncé. Emprisonné à Canton, il comparaît plusieurs fois devant les mandarins.

Paul Souviron meurt à Canton le 13 mai 1797, à l’âge de 29 ans, d’une fièvre maligne contractée après s’être servi de son mouchoir, après l’avoir prêté à l’un de ses compagnons de captivité atteint de cette maladie. La notice biographique des Missions étrangères témoigne que deux mois plus tard, « son corps fut retrouvé entier, flexible, nullement défiguré, et n’exhalant aucune mauvaise odeur, quoiqu’il eût été inhumé dans une fosse peu profonde et à l’époque des grandes chaleurs. ». Ses ossements furent par la suite transférés à Macao, puis dans la chapelle du sanatorium de Béthanie, à Hong-Kong, où ils reposent actuellement.

Peut-on, sans rallumer une guerre de religion, considérer que cette vie mérite que le nom de Paul Souviron soit donné à une rue ou une place d’Oloron ?

4 commentaires sur « À quand une rue Paul Souviron à Oloron ? »

  1. Bonjour à notre blogueur. Cela fait du bien de prendre du recul , de s’intéresser à l’histoire d’Oloron, plutôt qu’aux petites histoires politiques locales, ou aux actualités politiques agitées nationales. Une suggestion donc : renouveller régulièrement des articles sur l’histoire et les personnages de notre ville. Certes ce n’est pas de l’actualité, …..

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  2. Il me semble que de donner un nom de rue Paul Souviron ne serait que le juste minimum de reconnaissance de la ville d’ Oloron, pour l’ un de ses enfants.
    D’ autant que des descendants habitent toujours Oloron et y exercent toujours le même métier !!!!! (Son père, Jean, est un respectable commerçant en draps.)
    Je serais même d’ accord de lui ériger une statue ou un monument, sur un des nombreux ronds point qui parsèment la ville. Cela serait bien plus  » parlant » aux Oloronais que certains catafalques qui les décorent actuellement.

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