La solidarité intercommunale…. à l’épreuve des lampadaires

La communauté de communes dans laquelle j’exerçais mes fonctions gérait l’éclairage public en lieu et place des communes qu’elle regroupait : prise en charge de l’entretien, réalisation des travaux neufs, règlement des factures de consommation EDF. Il s’est trouvé un conseil municipal au grand complet, son maire en tête, pour se rendre de nuit dans la commune voisine, de même taille qu’elle, afin de compter les lampadaires, histoire de s’assurer que notre communauté de communes ne l’avait pas moins bien dotée que cette dernière.

Cette anecdote, véridique, démontre s’il en était besoin que la route vers la solidarité intercommunale n’est pas jalonnée que de lumières. Mais elle m’est immédiatement revenue à l’esprit à l’écoute des propos échangés lors du dernier conseil municipal par Hervé Lucbéreilh et Jean-Etienne Gaillat. Au détour d’un débat très technique sur le FPIC (le fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales) les deux élus en sont venus à évoquer la solidarité intercommunale. Ils n’étaient pas tout à fait en phase -le contraire eût été étonnant- mais exposaient l’un comme l’autre des points de vue défendables.

Pour le maire d’Oloron, la solidarité voudrait qu’Oloron ne supporte pas seule des coûts de fonctionnement et d’investissement (l’entretien des parkings des collèges et lycées par exemple) pour des équipements qui en réalité profitent à des administrés en provenance de toute la communauté de communes du Piémont oloronais (CCPO). Son opposant lui répliquant qu’il existe des dispositifs, type dotation de solidarité, qui permettent de régler ce genre de problème, il suffit de les mettre en place. Et Jean-Etienne Gaillat d’ajouter que si un équipement ou un service actuellement à la charge d’une seule commune a vraiment un intérêt pour l’ensemble des communes…. il suffit d’en confier la gestion à la CCPO.

Ah, la solidarité ! Si souvent évoquée… quand c’est au profit de sa propre commune. Si souvent passée au second plan… lorsqu’il s’agit de s’assurer que les autres en bénéficient aussi. Tout l’art du président d’une communauté de communes, c’est de parvenir à convaincre tous ses collègues que leur commune a plus d’intérêt à faire partie d’une intercommunalité qu’à agir seule dans son coin. Il faut pour ce faire un talent de négociateur, de pédagogue et d’équilibriste qui peut être remis en cause lors de la discussion de chaque dossier. Et, de toute façon, cela n’empêchera pas les élus de continuer à aller compter les lampadaires du voisin.

Suggestion humanitaire à l’adresse de Monsieur le Maire d’Oloron

Voilà un sujet qui nous éloigne de la polémique sur le coût des écoles ou l’émoi suscité par le projet menaçant 200 hectares de forêt communale. Voilà un sujet qui nous ramène aux principes de la vie en société et au premier d’entre eux notamment, la solidarité. Qu’est-ce que ce « sermon » vient faire sur ce blog, me direz-vous ?

Peut-être avez-vous entendu parler de la prise de position de 11 maires de la banlieue toulousaine ? Jeudi, ils se sont déclarés « prêts à accueillir » des migrants, après l’image « insoutenable » d’un jeune Syrien mort noyé sur une plage turque. Ajoutant : « Nous connaissons la complexité de la question des migrants, mais nous voulons d’abord réagir en êtres humains, en républicains ».

Et si le maire d’Oloron s’inspirait de cet exemple et prenait lui aussi ce genre d’initiative ? J’entends d’ici les objections : « Oui, on se laisse dominer par la dictature de l’émotion », « Commençons d’abord par soulager les Français qui souffrent », « Nous n’avons pas vocation à accueillir toute la misère du monde », « Nous payons assez d’impôts comme ça », « Fausse générosité » (comme dit ce salopard d’Eric Ciotti) etc. etc.

À n’en pas douter, la réaction des Oloronais serait sur le sujet à l’image de celle de la majorité des Français : défavorable. Mais nous serions aussi un certain nombre à y adhérer, à aider concrètement à mettre en place le projet et même – allez, soyons fous ! – à accepter que les impôts communaux subissent un petit, tout petit coup de pouce pour financer une opération qui ne menacerait tout de même pas l’équilibre du budget municipal.

Monsieur le Maire, vous qui savez aller à l’encontre de la pensée unique, vous à qui il arrive de vous occuper de sujets qui ne relèvent pas directement de la gestion municipale, osez, inspirez-vous de l’exemple de vos collègues toulousains, contribuez à nous faire sortir de notre égoïsme, faites que la commune d’Oloron accueille une famille de réfugiés. Le patrimoine immobilier de la ville devrait d’ailleurs vous permettre de régler immédiatement la question de l’hébergement. Soyez l’élément moteur de cette noble cause. Et si vous le faites, promis, j’arrête de dire du mal de vous.

(actualisé le 4 septembre à 22 heures) Cette suggestion a bien peu de chances d’être entendue : l’association Civitas, dont Monsieur le maire est proche, est à l’origine en ce début septembre d’une pétition dont le titre se suffit à lui-même « Stop à l’immigration – Fermons nos frontières ». Civitas va même jusqu’à qualifier les mouvements migratoires actuels de « fléau pour l’Europe ». Voilà des catholiques qui ont bien assimilé le message d’accueil de l’Évangile !