Que tu es pénible !


Aucun lien entre le titre du présent billet et notre vie politique locale. Bien au contraire, nous allons même prendre un peu de hauteur grâce à Jean Casanave, que certains des lecteurs d’Oloronblog connaissent et qui est présenté en fin d’article à celles et ceux qui ne le connaissent pas. Jean Casanave publie sur son blog (vous pouvez y accéder en cliquant sur ce lien) des chroniques qui, à partir souvent de sujets d’actualité, nous ramènent à l’essentiel. La chronique que vous trouverez ci-après aborde le débat sur la pénibilité remis à l’ordre du jour à l’occasion de la loi sur la réforme des retraites. Elle est publiée ici avec l’accord de son auteur.

Que tu es pénible !

 Quelle est la mère de famille qui n’a pas jeté ces mots à la tête de son adolescent en pleine phase de rébellion. « Il devient de plus en plus en plus pénible », dit-on, en sourdine, du grand-père grincheux qui fait payer à ses proches son incapacité à se suffire lui-même. La pénibilité, qu’il ne faut pas confondre avec la souffrance, est à l’ordre du jour de la loi sur la réforme des retraites dont l’accouchement s’avère, lui aussi, de plus en plus pénible.

A-t-on bien mesuré la fluidité d’un concept aussi insaisissable ? Certes, il existe des critères objectifs d’effort physique, de temps de travail, d’horaires, de pression psychologique qui peuvent se mesurer. Mais aussitôt énoncés, ne sont-ils pas contredits par les circonstances changeantes, le ressenti de chacun, l’impossibilité d’une graduation ? Faire entrer dans le cadre d’une loi les critères de pénibilité n’est-ce-pas ouvrir la porte à une multitude de cas particuliers et soulever des motifs de frustrations sans fin ? Comment évaluer l’effort d’attention du charpentier, toute la journée en déséquilibre sur un toit, par rapport à celle d’un conducteur de train ?

« Le Robert » précise bien que travailler vient de « tripaliare », « littéralement tourmenter, torturer » ! Faut-il rajouter l’injonction divine du livre de la Genèse : « Tu travailleras à la sueur de ton front » pour réaliser que la faute de l’homme, appelée ici le péché, augmente les dysfonctionnements qui amplifient encore la peine ?

Ce débat sur la pénibilité à géométrie très variable pourrait au moins nous donner l’occasion de réfléchir à l’amélioration possible de nos conditions de travail. La reconnaissance de la nation et donc de chacun envers tous les corps de métier quels qu’ils soient, l’entraide et la solidarité au sein des professions et des entreprises, et pourquoi pas la fierté retrouvée du devoir accompli au service du Bien commun, pourraient grandement y aider.

La loi peut nous obliger au respect de l’autre, compenser la pénibilité de certains travaux, neutraliser les conséquences néfastes de nos erreurs ou de nos fautes mais elle ne peut pas nous contraindre à aider notre prochain au quotidien. C’est pourtant ce pain-là qui réchauffe l’auvergnat de Brassens.

Jean Casanave

Originaire de Jasses, près de Navarrenx, Jean Casanave se présente ainsi :  » prêtre, ancien responsable du service de la formation permanente des chrétiens du Béarn après avoir été curé de Jurançon, aumônier de l’Université de Pau et pays de l’Adour et d’un lycée catholique. Co-fondateur d’une association de formation des ruraux : l’Ifocap-Adour « . Voici l’adresse de son blog : jeancasanave.blogspot.com

7 commentaires sur « Que tu es pénible ! »

  1. Sur ce problème de la pénibilité je ne le vois jamais associé au salaire et autres critères compensatoires. Pourquoi ?
    Le salaire est adapté par le marché à différents critères tel que les compétences, la performance, la créativité, etc .. mais aussi à la pénibilité.
    Les personnes travaillant de nuit ou en équipe ont des compensations par rapport à celui qui fait le même travail de jour.
    Celui qui est en déplacement ou travaille sur des chantiers à l’étranger par exemple a de nombreuses compensations pour attirer cette main d’oeuvre, c’est la loi de l’offre et de la demande.

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    1. L’argent ne rachètera pas les années de vie en moins, la santé perdue… Seule un départ en retraite plus tôt pour les métiers à risque permettrait d’équilibrer cela selon moi.
      Cordialement 🙂
      Vanessa

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  2. Joli texte, merci à lui. 🙂

    je vais rester plus terre à terre. La pénibilité doit être évaluable avec quelques critères, qui ne seront qu’une moyenne, donc ne représenteront pas tous les cas, c’est vrai.

    Pour « quantifier » la pénibilité d’un travail, on pourrait peut-être s’aider des chiffres :
    – pourcentage d’accidents au travail (https://assurance-maladie.ameli.fr/qui-sommes-nous/publications-reference/assurance-maladie-risques-professionnels/rapports-annuels),
    – nombre d’année de vie en moins (http://observatoire-des-seniors.com/lesperance-de-vie-a-35-ou-65-ans-en-fonction-de-la-categorie-socio-professionnelle/),
    – espérance de vie en bonne santé (pas trouvé selon les métiers, https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-d-esperance-de-vie-entre-les-categories-sociales-se-maintiennent?id_theme=19),
    – taux de dépression (https://www.journaldesfemmes.fr/societe/au-boulot/1715825-metiers-depression-burn-out-risques/),
    – taux de suicide (https://www.rts.ch/info/suisse/10568959-suicides-en-suisse-une-premiere-etude-livre-les-metiers-a-risques.html), n°1 : les chômeurs…
    – taux de turn-over…

    Et là, il risque d’y avoir des surprises peut-être ?

    Pour cela, les données pour la France devraient être publiques et fournies par des organismes indépendants, il faudrait des observatoires, financés par de l’argent public…

    Or, le gouvernement actuel ferme plein d’observatoires pour qu’on ne puisse pas avoir de données (sur la pauvreté par ex., les sectes) et ensuite mettre en place une politique sociale de solidarité pour rectifier au mieux ces injustices… ou permettre aux citoyens de se mobiliser face aux injustices.

    Pour l’entraide, effectivement, l’avenir sera solidaire ou ne sera pas, oui . Merci de nous l’avoir rappeler. 🙂

    Bye

    Vanessa

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  3. La pénibilité ,critère pertinent à priori , se révèle en fait un marigot inextricable!Travailler vient effectivement du latin « tripallium « 
    Instrument de torture et dès lors tout travail est censé être pénible .D’ailleurs il n’est qu’à entendre toutes les professions en revendiquer : ceux qui travaillent de nuit ,ceux qui travaillent de jour au chaud ou au froid ,ceux qui travaillent loin de chez eux ,ceux qui travaillent en équipe,ceux dont le métier comporte des risques:les pompiers, les policiers,les militaires,les enseignants dont les nerfs sont vite usés face à des enfants qui ont maintenant tous les droits et à qui les parents n’ont pas été capables de donner de l’éducation,ceux qui sont seuls dans un bureau et qui souffrent d’isolement …bref tous ceux qui ont la chance d’avoir un travail mais qui se plaignent parce que c’est dans l’air du temps.J’ai pas mal voyagé et suis chaque fois content de revenir car je m’aperçois que tout compte fait c’est encore chez nous qu’on est le mieux mais qu’on ne le sait pas !

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    1. « le travail c’est la santé, ne rien faire c’est la conserver » et il existe des personnes à qui le travail court après sans jamais les rattraper car leur définition serait que le travail est une exploitation par nature…

      après il existe une nouvelle maniere de remise en forme ou de se dorer la pilule qui devrait être remboursée par la sé cul :

      https://mobile.francetvinfo.fr/sante/le-bain-de-soleil-de-lanus-la-nouvelle-tendance-bien-etre_3798775.amp?__twitter_impression=true

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  4. sympathique le blog de monsieur le Curé 🙂

    Qu’il fasse quand même attention , le « pounchou » qu’il a dans la poche rentre dans la catégorie des armes dites blanches catégorie D.

    on vit une époque formidable , il ne faut pas l’oublier

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