Pour redorer son bilan de mandat, le maire, tel un coucou, fait son nid dans les réalisations et projets d’autres collectivités


L’émotion légitime provoquée par le vol d’une partie du trésor de la cathédrale est un peu retombée. Le temps est venu de revenir sur un événement plus terre-à-terre, plus ordinaire qui a eu lieu lui aussi lundi : le maire d’Oloron était l’invité de la rédaction de France Bleu Béarn. Le rendez-vous avait été fixé avant le casse de la nuit. Mais c’est bien entendu sur lui que s’est ouvert l’entretien que l’on peut scinder en 4 grands chapitres : 1/ le casse ; 2/ le bilan du mandat municipal ; 3/ le climat de violence et de délinquance à Oloron ; 4/ l’affaire des frais de mission. Oloronblog reprend ci-dessous la retranscription intégrale de l’interview en l’entrecoupant de quelques commentaires, notre maire ayant parfois tendance à prendre quelque liberté avec la réalité des faits.

Présentateur : 8 heures 10 sur France Bleu Béarn. Merci de nous suivre en ce lundi matin. Notre invité, Hervé Lucbéreilh, le maire d’Oloron

Le casse du trésor de la cathédrale

Journaliste : Hervé Lucbéreilh, merci d’être avec nous ce matin sur France Bleu Béarn. Pour commencer, vous avez donc eu une très, très mauvaise surprise cette nuit avec donc ce casse à la cathédrale d’Oloron Sainte-Marie.

HL : oui, c’était effectivement un évènement qui nous a surpris puisqu’il n’était jamais arrivé dans l’histoire ni du quartier, ni de la cathédrale. À 2 heures du matin on nous a téléphoné et on a appelé la gendarmerie pour dire qu’une voiture-bélier avait foncé sur l’une des portes de la cathédrale, que 3 individus étaient rentrés à l’intérieur, qu’ils avaient scié les grilles qui protégeaient le trésor et qu’ils s’étaient emparés, au moins, de la totalité de l’orfèvrerie qui était en exposition. Alors, c’est un préjudice considérable pour la ville… pas tellement financier…

Journaliste : … oui, il y a un ostensoir, il y a des calices, il y a des ciboires, il y a plusieurs choses dans ce trésor

HL : oui, il y a un ostensoir, il y a des calices, qui ont été offerts par différents monarques etc., et donc ce sont des objets de valeur, mais ce n’est pas tellement la valeur financière qui nous intéresse, c’est plutôt une valeur sentimentale, parce que ce trésor fait partie intégrante de la cathédrale et de la vie du quartier samaritain

Journaliste : il y a une crèche aussi qui est tout à fait unique dans cette cathédrale. Est-ce qu’elle a été touchée ou emportée ?

HL : alors, pour l’instant, on ne sait pas, parce que la police… la gendarmerie scientifique était sur place mais ne nous permettait pas d’aller partout dans la cathédrale pour voir si d’autres objets avaient disparu ou avaient été abimés. Ce qu’on sait, c’est que les voleurs sont repartis dans la précipitation puisqu’ils ont cassé un vase et une statue que nous avons retrouvés sur le parvis de la cathédrale.

Commentaire du blogueur : que rajouter, sinon que le maire sait employer le ton juste pour évoquer ce fait divers hors du commun, se gardant de toute déclaration intempestive et de toute accusation hâtive

Le bilan du mandat municipal

HL : alors, Hervé Lucbéreilh, vous étiez notre invité ce matin pour qu’on parle de politique et des municipales. Alors, on va en parler. Certains jouent le suspense à tout prix. Ils ne veulent pas de dévoiler trop tôt alors que tout le monde sait qu’ils vont partir ou repartir pour ces municipales de mars prochain. Vous, ça fait plus de 2 ans qu’on sait que vous êtes candidat à votre propre succession à Oloron. Très vite, vous avez su qu’il vous faudrait un deuxième mandat pour mener à bien certains projets ?

HL : oui, même un troisième, puisque j’avais fait un premier mandat…

Journaliste : c’est vrai… un deuxième mandat d’affilée

HL : voilà. Un mandat de 2011 à 2008 qui avait été le mandat des grandes constructions. Et heureusement qu’on les a faites à l’époque où nous avions des subventions et des dotations d’État qui étaient conséquentes. Et puis un second qui a commencé en 2014 jusqu’à maintenant, et qui était plutôt celui du rétablissement des grands équilibres, à la fois donc au niveau des finances publiques. Nous n’avons pas augmenté le taux des impôts pendant 6 ans, nous avons remboursé la dette, plusieurs millions d’€ de dette, puisqu’elle avait considérablement augmenté auparavant. Et puis nous avons commencé à lancer les grands projets qui étaient les nôtres. Alors certains ont abouti, comme la liaison Gabarn-Pont Laclau. D’autres sont bien engagés, comme la liaison Gabarn-Gurmençon, qui terminera le contournement d’Oloron. Mais il nous reste à travailler encore beaucoup de choses : la maison médicale, qu’il faut absolument construire, encore du travail dans le domaine de l’environnement, même si l’on a fait beaucoup d’efforts sur le photovoltaïque et les énergies renouvelables en général, et la mobilité douce. Il va nous falloir travailler encore aussi sur la sécurité. La cathédrale est là pour témoigner qu’effectivement il y a là encore un besoin dans ce domaine.

Commentaires du blogueur : il ne faut pas attendre d’un élu sortant qui cherche à se faire réélire qu’il nous brosse un tableau noir des 6 années qu’il vient de passer à la tête de notre commune. Forcément, il enjolive les choses. D’ailleurs combien d’entre nous seraient capables d’énumérer ne serait-ce que 3 actions marquantes du mandat ? Remettons donc les pendules à l’heure sur les mérites qu’il attribue à sa municipalité :

  • le taux des impôts n’a pas augmenté, c’est exact. Mais il y a bien d’autres moyens d’augmenter les impôts, sans augmenter pour autant les taux d’imposition. Et la majorité municipale y a recouru : suppression d’abattements et création de taxes nouvelles. Au final, le poids de la pression fiscale subie par les Oloronais a connu une hausse considérable : entre 2014 et 2018, les impôts locaux et autres impôts et taxes perçus par la ville d’Oloron ont augmenté de 1,2 million d’€, soit + 29,7%
  • le niveau de la dette a effectivement diminué de manière sensible entre 2014 et 2017. Toutefois, il repart à la hausse depuis l’an dernier
  • lorsqu’il évoque le lancement de grands projets qu’il attribue à sa municipalité, le maire joue les coucous qui s’installent dans le nid des autres. Citer les liaisons Gabarn-Pont Laclau et Gabarn-Gurmençon comme des réalisations municipales, ce n’est rien moins qu’abuser de notre crédulité, nous prendre pour des billes. La commune d’Oloron n’est en effet en rien la porteuse de ces projets, elle n’y a pas mis un centime. Ce sont le département et l’État qui en sont les promoteurs, les financeurs et les réalisateurs. De la même manière, le projet de maison médicale ne concerne pas la mairie. Il est de la compétence de la communauté de communes. On peut même s’étonner que, sur sa lancée, le maire n’ait pas songé à revendiquer au crédit de son bilan l’extension du centre Leclerc, la nouvelle construction du Lidl ou la rénovation du centre hospitalier. Mais gageons que ce n’est que partie remise : nous aurons droit à ce rajout au moment de la campagne des municipales

Le climat de violence et la délinquance à Oloron

Journaliste : justement, en 2017, et d’ailleurs on a eu un jugement en rapport à cette affaire la semaine dernière, il y avait eu une agression d’un jeune à Oloron qui avait beaucoup ému, avec une mère, la mère de la victime, qui avait créé une association pour dénoncer le climat de violence dans Oloron. Est-ce qu’aujourd’hui ça va mieux selon vous ? Est-ce qu’il y a la vidéosurveillance que vous avez mis en place par exemple a permis d’apaiser les choses ?

HL : moi je crois que d’abord il faut un petit peu relativiser les choses. Certes il y a de temps en temps des événements qui sont malheureux dans notre ville, mais pour autant on n’est pas quand même une cité de grande délinquance. Je me compare à d’autres cités du Béarn ou du département, je crois qu’il y a malheureusement un phénomène de société qui fait que la délinquance se développe, et Oloron n’échappe pas à la règle.

Journaliste : est-ce qu’Oloron n’a pas un problème avec la délinquance des jeunes, et voire même des très jeunes. Ce week-end, il y a eu encore des voitures qui ont été vandalisées. Juste devant votre mairie d’ailleurs je crois qu’il y a une voiture de la police municipale qui a été concernée. On parle de jeunes entre 11 et 14 ans. Il y a eu aussi l’incendie de la tribune du stade de Saint-Pée. Est-ce qu’il y a un problème de délinquance juvénile à Oloron ?

HL : peut-être. Je crois qu’il y a d’abord un problème géographique. On est en ligne directe venant de l’Espagne. Il ne faut pas se leurrer, ce qui alimente un certain nombre de gens dans notre ville, c’est le trafic de drogue, et le trafic de drogue passe par Oloron. Ça, c’est un premier problème. Il est géographique et on n’y peut pas grand-chose, en tout cas sur le plan de l’éradication du phénomène. Ensuite, y a-t-il un problème avec les très jeunes ? C’est possible. Nous avons beaucoup de maisons d’accueil pour des jeunes qui sont en difficulté ou qui ont des problèmes. Peut-être est-ce là la raison. Mais moi, je n’en suis pas convaincu. J’ai le sentiment encore une fois que, pour circuler quand même beaucoup dans ma ville, y compris le soir, qu’il n’y a pas une insécurité telle qu’on puisse affoler toute la population.

Commentaires du blogueur :

  • n’ayant aucune statistique sous la main, je me garderai bien d’avoir un avis définitif sur le problème de la violence et de la délinquance à Oloron. Tout au plus puis-je partager le sentiment du maire que, si violence et délinquance il y a, elles n’atteignent pas le degré observé dans certaines autres cités du Béarn.
  • l’explication du phénomène de drogue constaté à Oloron par la proximité de l’Espagne, comme le fait le maire, est-elle fondée ? Après tout, ce phénomène est aujourd’hui répandu sur l’ensemble du territoire et, que je sache, les cités où il sévit ne sont pas toutes sur la route de l’Espagne… ou des Pays-Bas
  • pour en revenir aux statistiques, elles existent bien quelque part. Ne serait-il pas utile de les publier ? Avec un risque : cela permettrait sans doute de démentir certaines rumeurs… mais sans doute aussi d’en alimenter d’autres

L’affaire des frais de mission

Journaliste : Hervé Lucbéreilh, on ne peut pas faire le bilan de votre mandat sans parler de l’affaire des notes de frais. Vous avez été entendu à plusieurs reprises dans cette affaire. On en est là de l’enquête pour l’instant. Cette affaire a pour le moins pollué votre mandat. Est-ce que vous ne redoutez pas qu’elle pollue aussi la campagne des municipales et la vôtre ?

HL : mais je crois qu’elle ne va pas polluer. Elle va me donner au contraire l’occasion d’expliquer ma bonne foi et d’expliquer ce qui s’est passé. Moi ce que je constate, c’est que je suis victime depuis 6 ans de l’hostilité permanente et quasi quotidienne d’un individu, que ce monsieur a écrit partout où il pouvait écrire pour dénoncer ce qui se faisait ou ce qui ne se faisait pas à la mairie d’Oloron. À ce jour, effectivement, j’ai gagné un premier procès contre lui. Et en ce moment, il y a effectivement une enquête qui est en cours. Mais je ne suis ni condamné… je fais l’objet d’une présomption d’innocence, comme tout le monde, et je me réjouis d’avoir une enquête qui me permet de donner tous mes arguments aux enquêteurs.

Journaliste : et vous ne regrettez pas que la Justice depuis 2017 n’ait pas eu le temps de faire les vérifications nécessaires pour justement éclaircir cette affaire ?

HL : écoutez, je ne sais pas pourquoi, pourquoi ça traîne, ou pourquoi ça ne traîne pas. Je pense que le procureur a sûrement beaucoup d’autres affaires beaucoup plus importantes que celle-là pour la mettre en priorité.

Commentaires du blogueur :

  • le maire semble heureux que la prochaine campagne municipale lui donne l’occasion de s’expliquer. Voilà pourtant 2 ans que les Oloronais sont en attente d’explications qui ne viennent toujours pas. Et celles données par Hervé Lucbéreilh à la Chambre régionale des comptes et à la Justice n’ont à l’évidence pas convaincu ces deux institutions : la première s’est fendue d’un rapport évoquant des  » irrégularités massives  » et de procédé encourant  » des risques de qualification pénale, sous réserve de l’appréciation des juridictions judiciaires «  ; quant à la seconde, elle poursuit depuis deux ans une enquête qui porte sur les délits d’escroquerie, détournement de fonds publics, faux et usage de faux, corruption passive, enquête ponctuée de plusieurs gardes à vue, la dernière il y a un mois
  • à la lecture de ses propos, on pourrait penser que le maire impute au blogueur (il s’agit de « l’individu » qu’il évoque dans son intervention) est le vrai coupable dans cette affaire ! Non, le rôle du blogueur s’est borné, à partir de bribes d’information lâchées par des élus de la majorité municipale, à aller vérifier des factures, à prouver grâce au recoupement de ces factures le versement au maire par la commune de frais de mission sur la base de faux ordres de mission, à avoir enfin fait part non pas de ses accusations mais de ses interrogations au procureur de la République et à la Chambre régionale des comptes. Et ensuite, à chacun son métier
  • le maire a effectivement été relaxé par le tribunal correctionnel à la suite de la plainte du blogueur contre lui pour injures publiques. Tribunal qui trouve dans le même temps qu’il « pèse sur le prévenu [le prévenu, c’est Lucbéreilh] une présomption de mauvaise foi». J’ai détaillé dans un précédent billet les raisons pour lesquelles ce jugement me laissait perplexe.
  • Le maire aurait pu par ailleurs préciser qu’il avait de son côté porté plainte contre moi pour harcèlement, mais que cette plainte a été classée sans suite par la Justice
  • Quant à la présomption d’innocence, elle bénéficie bien entendu à tout le monde, à lui comme à qui que ce soit. Je rappellerai toutefois que monsieur Lucbéreilh a été le premier à écorner sa propre présomption d’innocence puisqu’il a reconnu lui-même s’être fait rembourser sur la base de faux frais kilométriques. C’était le 5 septembre 2017 sur les ondes de France Bleu Béarn. Il avait cru bon d’ajouter pour se dédouaner que cette pratique était « courante dans toutes les mairies du département ». Cette remarque avait suscité l’indignation de tous les élus

Journaliste : merci beaucoup Hervé Lucbéreilh d’avoir été notre invité ce matin sur France Bleu Béarn. Très bonne journée à vous

5 commentaires sur « Pour redorer son bilan de mandat, le maire, tel un coucou, fait son nid dans les réalisations et projets d’autres collectivités »

  1. Je rappelle aussi que dans l’enquête en cours pour fausses factures, il y a aussi un faux en écriture (il y aurait une fausse signature de M. Lacrampe, qui n’avait même pas porté plainte à ce sujet d’ailleurs).

    Et le maire a accusé publiquement en conseil municipal une secrétaire pour ce faux en écriture, qui elle n’a donc pas eu le droit à la présomption d’innocence qu’il réclame pour lui-même…

    Voilà, je file :-p

    Vanessa

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    1. Voici ce que dit précisément le rapport d’observations définitives de la Chambre régionale des comptes (c’est à la page 35 dudit rapport) :  » un autre ordre de mission comportait la signature du premier adjoint, qui a indiqué également, dans ses réponses à l’extrait d’observations provisoires qui lui a été adressé, l’avoir signé en toute confiance dès lors que le déplacement allégué semblait se rapporter à un dossier en cours. Il a précisé toutefois ne pas reconnaître la signature qui apparaît sur l’état de frais y afférent, ayant « nettement l’impression qu’elle a été imitée » « 

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  2. La présomption d’innocence est le principe selon lequel toute personne, qui se voit reprocher une infraction, est réputée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été légalement démontrée. Ça aurait pas été fait pour les politiques ? La cour des comptes, elle serait pas le dindons de la farce ?

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  3. Pour moi en ce moment c’est son 3ième mandat , un premier à la mairie , le deuxième par procuration , car il faut se rappeler qu’il avait fait déménager tous les dossiers du bureau de maire donc il a eu quelques années pour bosser au cas ou il serait réelu…. et un troisième actuellement…
    Le premier sera celui des ronds points..
    le deuxiéme , ,,,?? pas trop avancé les dossiers stockés
    le troisième on retiendra la suppression de l’abattement fiscal, les caméras de surveillance, les frais injustifiés et la lutte contre la gale des locaux des gilets jaunes …
    Jammy

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  4. «  »Je me compare à d’autres cités du Béarn ou du département » dixit HL

    bizarrement ça ne marche pas dans l’autre sens à savoir pour la maire de Chanteloup les vignes ou Chantenard dans le Poulailler si il ou elle disait par exemple: « Oui d’accord mais vous observerez qu’ en France il y a des villes ou il y a beaucoup moins de délinquance  »

    On vit une époque formidable.

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