Quelques interrogations autour d’un marché public qui vient d’être lancé par la ville d’Oloron (chronique « compteur Linky de l’eau »)


Autant lever tout de suite la moindre équivoque : ce billet ne vise pas à affirmer, voire à insinuer, soit que quiconque aurait été arrosé (même s’il s’agit ici d’une histoire d’eau et que par ces temps de canicule…), soit que les dés seraient pipés dans le marché public que vient de lancer la ville d’Oloron pour, je cite, le « renouvellement des compteurs d’eau potable avec le déploiement, la gestion et la maintenance d’un système de relève à distance des compteurs d’eau ». Des « compteurs Linky de l’eau », en quelque sorte. La concurrence entre les candidats (elle est le gage pour les Oloronais de bénéficier de la meilleure prestation au prix le plus avantageux) doit jouer dans des conditions de parfaite neutralité et de parfaite égalité. Et il n’est pas interdit de poser quelques questions, et d’y obtenir réponse, afin de s’assurer que tel sera le cas.

Il faut savoir que l’enjeu financier pour les usagers de l’eau qui paieront au final le coût de ces prestations est considérable : 766 500 € si l’on s’en tient à l’autorisation de programme votée par le conseil municipal le 10 avril 2019 par 24 voix pour, les voix de l’opposition se répartissant quant à elles entre 2 voix contre et 6 abstentions. Est-il anecdotique de rappeler qu’un an plus tôt, le 9 avril 2018, un conseil municipal unanime (abstention des 8 élus de l’opposition) avait adopté une délibération pour une opération chiffrée à l’époque à 331 000 €. Comment l’évaluation la même opération a-t-elle réussi à plus que doubler (+ 131%) en l’espace de 366 jours ? Car il doit bien y avoir une raison autre qu’un plantage. Ce serait trop gros. Qui plus est, l’estimation actuelle de 766 500 € paraît elle-même à certains spécialistes largement sous-estimée : il faudrait en réalité tabler sur 1 000 000 €.

L’enjeu commercial est tout aussi important pour la société qui remportera l’appel d’offres. D’abord en raison du montant de la prestation (766 500 € quand même… hors révisions de prix). Ensuite parce que le marché prévoit que cette télérelève sera exploitée par l’attributaire du marché entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2030… puis de façon transitoire et dégressive entre le 1er janvier 2031 et le 31 décembre 2033. Il est tout de même rare de voir un marché s’étendre sur une durée aussi longue (14 ans !). Et la raison donnée pour justifier cette durée a-normale (la faible concurrence sur ce créneau des compteurs d’eau « communicants ») est pour le moins sujette à caution.

Que prévoit le marché ? Il comprend 3 prestations :

  • la fourniture et la pose de compteurs d’eau et de modules radio (6 446 compteurs remplacés entre septembre 2019 et le 31 décembre 2021)
  • la fourniture et la pose de pièces de robinetterie
  • des prestations de déploiement d’un réseau de télérelève et de développement d’outils informatiques pour le traitement des données.

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Les questions

  • est-il exact, comme il m’a été rapporté (non, non, je ne tiens pas l’information d’un ami psychiatre) que les services techniques recommandaient un système technologiquement mieux adapté au territoire, recommandation qui n’a pas été retenue par les élus ? Ce qui est parfaitement le droit des élus. Mais, dans l’affirmative, pourquoi ce choix différent ?
  • est-il exact, comme il m’a été rapporté, qu’un pilote d’une vingtaine de compteurs a déjà été mis en place par une société ? Dans l’affirmative, si cette société est candidate à l’appel d’offres, ne sera-t-elle pas ainsi placée dans une position plus favorable que ses concurrentes ?
  • est-il exact, comme il m’a été rapporté, que des rendez-vous sollicités par d’autres sociétés en vue de présenter des solutions concurrentes ont été mystérieusement annulés à la dernière minute, et ce plusieurs fois de suite ?
  • est-il exact, comme il m’a été rapporté, que 90% des appels d’offres sur lesquels intervient le bureau d’études qui accompagne la ville d’Oloron en qualité d’assistant au maître d’ouvrage ont été attribués à la même société (celle qui a mis en place le pilote d’une vingtaine de compteurs) ? (actualisé le 9-07-2019 à 13 heures : le bureau d’études vient de m’adresser aujourd’hui un courriel en réponse à ma question : ce ne sont pas 90%, mais 55% des appels d’offres – à savoir 5 appels d’offres sur 9 – qui ont été remportés par la société en question)

Conclusion

Voilà la situation. Nos élus ne devraient-ils pas se positionner d’une part pour confirmer ou démentir les faits ou constats justifiant les questions ci-dessus ? Et de façon plus générale, est-il normal que les citoyens ne soient pas associés à la réflexion précédant la prise de décision des élus lors d’opérations aussi importantes ? Ne serait-ce pas là une illustration concrète de la « démocratie participative » dont ils vont nous rebattre les oreilles tout le long de la prochaine campagne des municipales ?

14 commentaires sur « Quelques interrogations autour d’un marché public qui vient d’être lancé par la ville d’Oloron (chronique « compteur Linky de l’eau ») »

  1. Alors que les anti Linky se mobilisent.. Que gazpar arrive en cachette.. Les compteurs d’eau devraient eux aussi devenir « communicants »? Les citoyens veulent ils de ces technologies? Quand un projet est proposé sur le territoire, il est toujours état d’un manque de moyen financier! Quand allons nous avoir des élus  » Communicant « ?

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  2. vive le mille feuille territorial !
    les compétences eau et assainissement seront transférées au plus tard en 2026 aux communautés de communes.
    Pourquoi réaliser cet investissement maintenant ?
    N’aurions nous pas à gagner à réfléchir à un échelon supérieur ?

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  3. quelle est la nécessité de faire cette opération? Les compteurs d’eau sont-ils vétustes?? ils fonctionnent mal? POURQUOI claquer près de 1 million d’euros dans cette opération?? Au regard des finances de la ville, il me semble que c’est beaucoup d’argent. C’est une priorité? ça urge? Voilà ce qui me manque pour évaluer la pertinence de cette action. Y’a-t-il eu une communication là-dessus?
    Merci à ceux qui savent d’éclairer ma lanterne, et sans doute celles d’autres citoyens/lecteurs du blog…..

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  4. Pour des compteurs communicants, on serait en droit d’attendre de la part de nos Elus de la communication, or ils semblent se taire, peut être par modestie, mais sûrement parc’ qu’ils ne se sentent pas net dans cette affaire. Une fois de plus les citoyens comptent pour du beurre. Après on s’ étonnera que la démocratie ne fonctionne pas, mais veut’ on réellement qu’ elle fonctionne.

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  5. Communiquons par le biais de compteurs linky de compteurs d eau…. mais coucou comment dire ou écrire pourrions nous communiquer avec internet si nos elus avaient la volonté de supprimer les zones blanches et à débit plus que réduits ? Comme la liaison est mauvaise qui pourrait nous entendre ?
    A je sais ! Bientôt les municipales….mais les promesses n en gagnent que ceux qui y croient. Ce n est pas de moi comme chacun sait.

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  6. En l’occurrence, la société qui a mis en place le pilote à Oloron est Suez. A l’évidence, la mise en place du compteur implique que quelqu’un le paie… et c’est bien l’usager, au travers de sa facture d’eau, qui le paie.

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