Joseph de Laborde, le richissime Oloronais qui a construit sur ses propres deniers une église au Mexique (chronique « François Pinault et Bernard Arnault n’ont qu’à bien se tenir »)


Portrait de Joseph de Laborde
Portrait de Joseph de Laborde

Il y a ceux qui construisent un château en Espagne. Et puis il y a ceux qui utilisent une partie de leur immense fortune à construire une église au Mexique. 270 ans avant François Pinault ou Bernard Arnault (deux des principaux donateurs pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris), l’Oloronais Joseph de Laborde est de ces derniers.

Joseph de Laborde est né dans le quartier Sainte-Croix le 2 janvier 1699. Deux jours plus tard, il est baptisé dans l’église Saint-Pierre, ce lieu de culte aujourd’hui désaffecté qui se trouve sur la place du même nom. Joseph est le fils de Jean Gouault et de Jeanne Laborde.

 À l’âge de 17 ans, poussé soit par la précarité de sa condition en Béarn, soit par une soif d’aventure, il rejoint son frère ainé, François, en Nouvelle-Espagne, possession espagnole qui recouvre notamment le Mexique. François était arrivé à Taxco (une ville située à 160 kilomètres de Mexico) huit ans avant lui. Il y était propriétaire de « La Lajuela », une mine d’argent. Comme l’exploitation des mines était interdite aux étrangers, François avait été contraint de « maquiller » son état civil : s’inspirant du nom de sa mère (Laborde), il avait déclaré être Francisco de la Borda, le fils de Pedro de la Borda, un marchand de laine d’origine française établi et marié à Jaca avec Magdalena Sanchez.

La ville de Taxco
La ville de Taxco (Crédit photo : un lecteur du blog)

Suivant l’exemple de son frère, Joseph s’appellera désormais José de la Borda.  Il va participer avec lui à l’exploitation de la mine.  À 21 ans, Joseph épouse la belle-sœur de son frère, issue de l’une des plus importantes familles des lieux. De cette union naîtront deux enfants qui entreront tous les deux dans les ordres. Six ans après son mariage, son épouse décède.

Avec un autre associé, il va exploiter une autre mine d’argent de Tlalpujahua.

À 44 ans c’est maintenant un homme aisé. Après la mort de son frère, il hérite de « La Lajuela ». Il revient à Taxco et y découvre la veine de San Ignacio qui, durant 9 ans, produira un minerai d’argent de haute qualité et en fera l’un des hommes les plus riches du pays. Il décide alors de consacrer une partie de sa colossale fortune à édifier l’église Santa Prisca, un exemple typique de l’art colonial espagnol que l’on qualifie de « Churrigueresque ».

Église Santa Prisca à Taxco
Église Santa Prisca (Crédit photo : un lecteur du blog)

Fait unique, il parvient à imposer son propre style et ses propres plans alors qu’à l’époque ce privilège est uniquement réservé à l’Eglise ou à la famille royale. Son fils, Manuel de la Borda, sera le premier prêtre à y célébrer la messe. Autre exploit, la durée des travaux, de 1751 à 1759, soit huit années seulement pour une entreprise aussi colossale. Les frais occasionnés par l’embauche d’une centaine d’artisans pour l’édification de la cathédrale ainsi que pour la construction de sa luxueuse demeure auront toutefois raison de ses avoirs.

 Joseph est quasi ruiné : au coût de Santa Prisca s’ajoute l’épuisement de la mine qu’il exploitait. Mais le Béarnais est homme prévoyant : il s’était réservé la propriété d’un ostensoir de l’église Santa Prisca. Un ostensoir en or pur orné de 5 872 diamants, 2 653 émeraudes, 544 rubis, 106 améthystes et 28 saphirs. Lorsqu’il se trouve dans le besoin, il vend le ciboire pour la moitié de sa valeur à la cathédrale de Mexico. « Aujourd’hui, cette pièce doit former partie du Trésor de Notre-Dame de Paris », est-il écrit dans le Journal des débats politiques et littéraires du 6 février 1929. Légende ou réalité ? Ce serait là un sacré hasard de l’Histoire !

La vente de ce trésor lui rapporte assez pour repartir à la quête de la fortune. Après une série de déboires, il finit par découvrir le filon de la Veta Grande, principal filon des mines d’argent du Zacatecas, qui furent longtemps considérées comme les plus riches du Mexique. Cette découverte lui permet de bâtir une nouvelle fortune. Ce sera sa dernière aventure. Celui qui fut surnommé le « Phénix des mineurs » meurt à l’âge de 79 ans alors qu’il était en chemin pour regagner sa ville de Taxco.

Aujourd’hui encore, Taxco garde le souvenir de celui qui est appelé là-bas Don José de la Borda et le considère comme un bienfaiteur. De nombreux établissements portent son nom. Notre Oloronais y a même sa statue depuis 2009. Un peu plus grande que nature, elle le représente en costume élégant, une pièce d’argent dans une main. Et si la cité est classée « monument historique national », elle le doit pour partie à l’œuvre de bâtisseur qu’y a mené Joseph de Laborde.

Bonus : je signale le travail de l’association AME (Association pour la Mémoire de l’Émigration) qui propose des informations et des pistes de recherche à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’émigration pyrénéenne aux Amériques et dans le monde. Sa revue Partir contient également beaucoup d’articles en lien avec ce phénomène et a consacré un article (que je n’ai pas lu !) à Joseph de Laborde. Adresse du site internet de l’association : http://ame.memoire-emigration.org/

7 commentaires sur « Joseph de Laborde, le richissime Oloronais qui a construit sur ses propres deniers une église au Mexique (chronique « François Pinault et Bernard Arnault n’ont qu’à bien se tenir ») »

  1. A ce titre je signale une revue locale reprenant les archives et mémoires de l’émigration pyrénéenne éditées par l’AME ( association pour la mémoire de l’émigration) ayant comme titre PARTIR.

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  2. Bonjour, Je ne peux résister à la tentation de signaler que la revue Partir a publié le destin de José de la Borda, un béarnais statufié à Taxco, au Mexique et une promenade dans les jardins Borda grâce aux photos de notre amie mexicaine, Fabiola Picazo Savornin.

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  3. Et..ce Joseph, il a pas envie d aider un peu la zad à tout hasard? Je suis pas Jésus,je transforme pas l eau en vin,mais je fais sortir des Légumes D une terre menacée par une chape de bitume..légumes que je mets à la disposition de tous ceux et celles qui éventuellement préfèrent au rayon leclerc, ce qui sort de terre..mais surtout destinés aux gens en incapacité de s offrir des produits sains et naturels..et je vis sans électricité sans eau sans voiture..au service des uns,et pour la protection de pacha mama..c est pas trop mal non? En plus, me concernant…j ai pas besoin d un temple donc…un petit geste,au moins quelques visites,de temps en temps..ça serait sympathique. Un peu de considération pour la zad et son potager…c est possible ou trop demander…je ne sais pas trop

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