Après le « Grand débat national », à quand un « Grand débat local » ?


le-site-internet-du-grand-debat-est-en-ligne-photo-capture-d-ecran-dr-1547618570Cette semaine, Oloron est entrée à son tour dans la sarabande du « Grand débat national ». Les réunions décentralisées se succèdent. Deux grands forums sont également prévus à la salle Palas les samedis 16 et 23 février de 9 heures 30 à 16 heures (collation et garbure offertes, selon les affiches appelant à participer à ces deux événements). Le but des réunions décentralisées est de permettre au « Grand débat » de venir au-devant des Oloronais dans des endroits qu’ils fréquentent (marché, piscine, établissements scolaires, médiathèque, bars etc.) et non d’attendre que les Oloronais décident spontanément de se rendre au-devant du « Grand débat ».

Poussé par la curiosité, j’ai participé à la réunion qui se tenait hier après-midi à la médiathèque. Si l’on excepte les animatrices et animateurs (très à l’écoute), nous étions bien peu nombreux dans le cercle de discussion (à peine trois citoyens lambda). Mais, comme on dit dans ces cas-là pour se rassurer, la qualité suppléait la quantité. Le débat a tourné sur des sujets qui seront sans doute mille fois ressassés sur le plan national, mais qui, ici, avaient le mérite d’être illustrés par des témoignages vécus :  l’emploi, la formation, l’habitat, les transports, … la rémunération des parlementaires etc.

Deux impressions à la suite de cette réunion :

  • le « débat », qui suppose la confrontation d’idées sur la base de propositions se limite trop souvent ici à l’énoncé d’un simple état des lieux, sur le seul constat d’une situation
  • les problématiques locales (que ce soit par exemple sur la santé, l’emploi, le social, la démocratie participative etc.) sont bien présentes, mais en arrière-plan, elles ne sont pas abordées directement. Pourtant les citoyens ont beaucoup à dire et à proposer en la matière. On en est même à se demander s’il ne faudra pas le moment venu songer également à organiser un « Grand débat local »

J’entends d’ici l’objection à l’organisation d’un tel débat local : la campagne électorale des élections municipales en tient lieu. Objection rejetée : les programmes des candidats aux élections ne sont pas l’expression de l’aspiration de l’ensemble des citoyens mais la compilation, sous forme de catalogue, de projets établis par une petite équipe. Au reste, le candidat trouve toujours de bonnes raisons (le bilan déplorable laissé par son prédécesseur, l’état des finances locales, la diminution de l’aide de l’État etc.) pour ne pas appliquer le programme sur lequel il s’était engagé.

J’entends d’ici une seconde objection : les collectivités locales ne tiennent-elles pas déjà compte des aspirations de habitants lorsqu’elles dressent, dans ce que l’on appelle des « projets de territoire », un programme destiné à apporter une réponse à des questions relevant de leurs compétences qui auront été soulevées lors d’un état des lieux préalable ?  Objection très discutable : comment en effet les habitants sont-ils associés à cette réflexion ? Au travers d’un groupe de citoyens émanant de la société civile, comme c’est le cas pour le « projet de territoire » de la communauté de communes du Haut-Béarn ? Mais, quelle que soit la qualité de chacun d’entre eux, en quoi sont-ils représentatifs de l’ensemble de la population ? Encore une fois, on se heurte ici à l’entre-soi.

Admettons par principe l’opportunité, sinon la nécessité d’un « Grand débat local ». Se posent alors d’autres questions et surgissent d’autres écueils :

  • Qui l’organise ? Ce ne peut être la commune car elle serait forcément de parti pris. Une association locale ? Certaines s’y sont déjà essayé. Mais, là aussi, cela reste encore trop souvent peu ouvert sur l’extérieur. On est dans l’entre soi, au sein du même cercle de connaissances. Une structure à la fois indépendante et reconnue ? Si l’oiseau rare existe, il sera aussi facile à trouver qu’une aiguille dans une botte de foin.
  • Comment mobiliser les Oloronais pour qu’ils participent à ce genre initiative ? S’ils n’hésitent pas à se plaindre de telle ou telle situation, ils rechignent en revanche à contribuer à la recherche commune d’une solution. Quand on constate le peu d’intérêt qu’ils portent en général aux actions citoyennes, parvenir à les intéresser à réfléchir ensemble au devenir de leur cité relève là encore de l’exploit.

Sans tomber dans un pessimisme ou à un défaitisme exagérés, il vaut mieux se rendre à une évidence : le « Grand débat local », ce n’est pas pour demain. Et nous continuerons à en laisser d’autres décider à notre place. En râlant des choix qu’ils feront. Ainsi va la démocratie locale. À Oloron, comme dans bien d’autres endroits.

14 commentaires sur « Après le « Grand débat national », à quand un « Grand débat local » ? »

  1. Analyse comme d’hab. honnête , pertinentes avec une argumentation bien construite. Un peu d’histoire , dans les années 70 -80 un maire de Grenoble ( ère Dubedout , nom qui parle à Oloron) met en place les GAM ( groupes d’actions municipal) . Notre époque passe son temps à inventer l’eau chaude . Je trouve que le nouveau Monde ressemble de plus en plus à l’ancien , malheureusement. Amitiés Joël.

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    1. Bonjour Philippe. Merci de rappeler la place donnée par cet Oloronais, Hubert Dubedout, à la démocratie participative dans la gestion de Grenoble. Même si l’expérience est ancienne, elle reste d’actualité. Puisse-t-elle inspirer quelque maire oloronais d’aujourd’hui à l’évidence sourd à une gouvernance plus ouverte.

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  2. Il faut vraiment croire à la pureté de la classe politique pour envisager qu’un débat local ou national pourrait être fructueux.Les gens s’en foutent, et je dirai à juste raison, depuis la revalorisation importante des professionnels de la politique..
    Au niveau local, il n’y a plus de lien entre les élus et les habitants. Il est très rarissime que soient publiées dans la presse la date et l’heure d’une réunion de conseil municipal ou d’une séance de communauté des communes. A aucun moment, vous aurez l’annonce de la tenue d’une permanence d’un conseiller départemental (rémunéré pourtant 2500 €/mois), ou d’un Conseiller régional (rémunéré 3000 € /mois, un peu plus pour Bernard Uthurry qui exerce les fonctions de vice-président au conseil régional) . J’ai même les preuves que ces énergumènes n’ont jamais répondu à des courriers qui leur étaient adressés par des citoyens.
    Au niveau national , faut-il un débat? Ce n’est pas la peine, il suffirait d’éplucher toutes les requêtes transmises au niveau des ministères. Je dispose d’une multitude d’exemples. En voici un..

    Suite à un câble d’alimentation défectueux du service Orange , plusieurs usagers de Gurmençon ont été privés d’accès à leur téléphone fixe, ainsi qu’à à leur réseau internet, pendant …. 5 mois , avec continuité durant cette période du prélèvement de l’abonnement pour le tél. fixe, comme pour l’abonnement à internet. Même un courrier avec AR adressé au Chef de service Orange est resté sans réponse.

    Après rétablissement de la ligne, le geste « commercial » s’est soldé par le non paiement pendant 8 mois à venir de l’abonnement du tél. fixe. Bien entendu, le dommage de n’avoir pu accéder au réseau internet tout en étant prélevé de l’abonnement durant ces 5 mois de coupure est passé à la trappe.

    La classe politique est rémunérée par les groupes de téléphonie, de télés payantes, des compagnies d’assurances, des laboratoires pharmaceutiques, ect… qui ne protègent pas les consommateurs.
    Et c’est ainsi qu’Emmanuel Macron a obtenu en un claquement de doigts 15 millions pour financer sa campagne présidentielle , sans avoir eu besoin des cotisations des adhérents d’un parti qui n’existait pas, ou d’élus qu’il n’avait pas. En cas d’élection de E.Macron, ces groupes savaient quels seraient les acquits qui leur seraient maintenus, voire accrus avec la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes.

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    1. Il faut quand même se garder de mettre tous les élus dans le même sac. Pour avoir travailler avec plusieurs d’entre eux, je puis vous assurer qu’ils ne ménagent pas leur temps et qu’ils méritent largement l’indemnité qu’ils perçoivent. Après, chez eux comme dans tout milieu, il existe des fainéants et des pourris, mais c’est loin d’être la majorité.

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      1. Joel, les gens sont d’accord pour que les élus soient rémunérés. Mais il faut ajouter les cumuls de mandats, et des rémunérations qui sont moins admis. Et puis, il y a les petits et grands privilèges qui révulsent.
        Deux petits exemples : Le canard enchaîné de cette semaine nous informe que les Maires des communes de moins de 3500 habitants bénéficieront d’un abattement fiscal de 1493 € de leur rémunération d’élu. Il faut savoir qu’un même salarié avec un tel montant de ressource serait assujetti à l’impôt sur le revenu. De surcroît, ce seuil de revenu l’exclura de l’allocation logement.
        Le deuxième exemple de privilège a été pioché dans le Sud ouest du 11 février qui nous apprend que l’Etat a dépensé 967 000 € pour couvrir les 57 funérailles intervenues en 2016 pour les 53 anciens sénateurs et conjoints, ainsi que pour les 4 sénateurs décédés en exercice). Cela fait 17000 € par funéraille. Ce montant est abusif, si on le compare au chiffre de la revue « Que choisir » qui fixe le devis à 3600€ pour une incinération , et à 3350€ pour une inhumation.
        Les gestionnaires de la France montrent leur surprise de la radicalisation de la population comme si elle était encore ignorante des petits arrangements consentis pour rester aux manettes.
        En attendant, une multitude de débats sont organisés pour faire office de psychothérapie de groupe.

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        1. Je ne connaissais pas ce « privilège » (vu leur situation au moment où ils peuvent en « profiter », ce n’est sans doute pas le terme le plus approprié) dont bénéficient les sénateurs. En revanche, Georges, je te rappelle que les élus perçoivent une indemnité, non une rémunération. Et si l’on met en relation l’indemnité que perçoivent les maires des petites communes et la manière dont la plupart se décarcassent au quotidien, il n’y a rien de choquant pour moi à ce qu’ils bénéficient d’un abattement… dont ils ne bénéficient pas sur leur propre salaire.

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  3. Merci Joël, c’est justement la réflexion que je me suis fait à l’annonce de ce grand débat national à Oloron.
    Une réflexion qui est partagée par un certain nombre de citoyens localement.
    nous l’avons vu dans le passé.
    Qui dit grand débat national dit grand débat local bien entendu !
    Pour une bonne et simple raison c’est que nous avons ici, une partie ou toute la réponse à de nombreuses problématiques sociales, économiques et environnementales.
    Nous vivons, parait-il, dans un territoire dynamique économiquement, riche d’associations, bien situé et avec un fort patrimoine naturel.
    Nous avons, nous dit-on régulièrement, un savoir-faire ancestral, des compétences locales, des personnes ressources, des forces vives. Des initiatives naissent un peu partout sur le territoire.
    Et nous ne sommes pas fichu de définir ensemble un vrai projet de société.
    Ce qui devrait être à mes yeux l’objectif d’un grand débat local.

    Il n’y a pas d’objection valable lorsqu’un territoire décide de construire un projet pour lui même en lien avec le monde.
    Il n’y a pas de parti pris avec des élu.es ouverts et volontaires, ambitieux et pertinents, modernes.
    Il y a juste un engagement dans une démarche collective de construction.
    Aujourd’hui; la première qualité d’un ou une élue est d’être capable de faire un bilan de son action avec les citoyens. On est loin du compte
    Il n’y a pas besoin non plus d’un bureau indépendant qui nous organiserais ça aux petits oignons.
    Nous sommes capables de nous organiser nous mêmes pour faire notre débat. Nous sommes capables nous mêmes de soulever tous les freins qui conduisent à cette pauvreté du débat et ce manque d’implication.
    Sans doute est-ce une histoire de méthode, de vision, et de valeurs à exprimer pour susciter de l’intérêt.
    L’histoire de notre démocratie locale nous la montré, les citoyens peuvent s’engager quand l’engagement prend du sens.
    C’est pas le grand débat national qui va nous en donner du sens.
    Alors vers quelle horizon regarder ? quel chemin prendre localement ?
    Un challenge pas évident à relever, mais pas insurmontable non plus.

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  4. Je suis allé à Pau assister au dernier débat organisé par monsieur Bayrou.J’ai eu l’impression en fait de grand débat d’être le témoin d’une énorme cellule psychologique ou des gueules cassées venaient exprimer leur douleur suite à un attentat.J’ai tenté de dire à monsieur Bayrou que la France avait été victime d’une prise d’otages de la part de commanditaires mondialistes et cela depuis pas mal de temps.Les gens sont sonnés ayant perdu tous leurs repères sociétaux au nom du « progrès »,Ils ont perdu leurs racines, avancent dans des sables mouvants alors que ce qu’ils les fait avancer, un revenu décent, s’amenuise dans le cirque barnum de la consommation à tout va….

    Cela va forcément très mal finir.

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  5. Que le débat soit local ou national, il sera toujours biaisé, tant que les mentalités
    n’ auront pas évoluées. Car dans notre fonctionnement républicain il est considéré que d’ un coté il y a le savoir ( administratif) et le pouvoir monolithique et de l’ autre
    une nébuleuse instable dont il faut se méfier constamment.
    Regardons au tour de nous le comportement de personnes qui de la société civile ont basculé dans le monde politique, leur comportement change très vite, non pas par le poids de la fonction, mais par le prestige qu’ il incarne. Pour exemple notre Président Macron qui d’ un jeune abordable, est devenu tout d’ un coup un Jupiter en puissance, qui nous fait des Macron-show, alors que les débats devraient être menés par les citoyens et entre les citoyens. Lui ne devant rester qu’ un citoyen lambda de base.
    Les pays du Nord de l’ Europe n’ auraient pas du tout la même approche d’ aborder ce même problème. D’ autant que chez eux, il ne se poserait même pas, car leur fonctionnement démocratique quotidien ferait qu’ il n’ aurait aucune raison d’ être.
    L’ écoute étant permanente et inscrite dans le fonctionnement des institutions on
    n’ arrive jamais à de tels extrémismes pour se faire entendre. Chez nous on se doit
    d’ agir que le couteau sous la gorge. Ce qui permet à certains de se donner des aura.Tant que cette mentalité là n’ aura pas changé, débat local ou national, ne feront guère avancer fondamentalement les problèmes.

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  6. Il existe des lieux de débats qui, sans être permanents ni qualifiables de  »républicain », offrent chaque année l’occasion aux citoyens de se faire entendre, donc de peser.
    Je prendrai l’exemple des clients de l’une des grandes banques françaises, mutualiste/coopérative (une spécificité bien française là aussi !), donc propriété des clients-sociétaires qui représentent plus de 60% du total des clients se comptant en millions, ceux-ci acceptant que leur part sociale valant engagement ne soit pas rémunérée (donc, quelque part un tantinet motivés les citoyens !), ceux-ci dûment convoqués en AG annuelle de leur Agence locale (lieu et heure accessibles à tous) pour entendre et voter (ou non) le bilan de l’année et…pour débattre en séance de tout sujet en lien avec la finance.
    Et pourtant, que croyez-vous qu’il arrive, année après année ? Le taux de présence moyen en AG de ces citoyens-clients pourtant avant-gardistes tourne autour de 5%….
    Quand on pense que la majorité des GJ sont incompétents sur la plupart des sujets qu’ils évoquent (Constitution, statut des Elus, élections, aménagement du Territoire, économie, système bancaire…) sauf à se faire les porteurs de pancartes de  »mouvements structurés », on ne peut que regretter, sur cet exemple, de ne pas les voir entrer au capital de cette banque pour 15 euros, (prix du ticket d’entrée pour une part sociale) afin de se donner les moyens de comprendre et d’agir autrement qu’en braillant.
    Ne pas m’objecter que cette banque est une banque des riches, ni que ma contribution est une pub déguisée !.

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  7. …..on ne peut que regretter, sur cet exemple, de ne pas les( GJ) voir entrer au capital de cette banque pour 15 euros, (prix du ticket d’entrée pour une part sociale) afin de se donner les moyens de comprendre et d’agir autrement qu’en braillant.

    Mais également on ne peut que regretter de les voir aux ronds-point empêcher de circuler les citoyens lambda qui ont besoin de se déplacer professionnellement ou des mères de famille qui ont besoin de se déplacer pour leurs enfants, mais également on ne peut que regretter de les voir s’ en prendre aux commerces et aux commerçants des centres-ville, alors qu’ ils en sont le tissus de la vitalité.
    Par contre on ne les voit jamais s’ attaquer au nerf de la guerre qu’ est le financement de l’ Etat, qui est leur ennemi juré, en le privant de recettes fiscales ou de rentrées d’ argent. Plein d’ idées pacifistes existent pour agir efficacement. Peut être que cela rallierait beaucoup de citoyens à cette cause.
    Plutôt que de s’ entêter à demander la démission du Président. Il serait également important de demander que dans notre République ce ne soit plus le Président, les Elus ou l’ Administration qui soient le centre de départ de la vie politique de la société, mais tout simplement le citoyen comme dans les pays Nordiques. Le président, les élus, l’ administration deviendraient ainsi des acteurs comme les citoyens, avec des droits et des devoirs.
    Cela changerait du tout ou tout le comportement des citoyens face à la société et à la chose politique.

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  8. Plusieurs agriculteurs sont convoqués devant le Procureur pour avoir décidé d’une manifestation à Etsaut sans en avoir demandé l’autorisation. Et si une délégation des élus aspois, ceints de leur écharpe tricolore, accompagnaient ces agriculteurs devant le Magistrat pour demander le même traitement de faveur obtenu lors de leur manifestation non déclarée pour encercler la voiture du Percepteur à Bedous. Cà donnerait un coup de jeune à la devise affichée sur les frontons des Mairies « Liberté, Egalité, Fraternité».

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