La Charte de la Fraternité : des tonnes de bonnes résolutions… et un brin d’exclusion


Le 28 septembre 2017, un conseil municipal unanime acceptait le principe et approuvait le texte d’une Charte de la Fraternité visant à « promouvoir les rapprochements entre les hommes de toutes religions et cultures, afin d’apprendre à mieux connaître chacun, avec ses valeurs et convictions respectives ». Il aura fallu attendre le 19 juin de cette année, soit près de 9 mois, pour que ce document soit paraphé au cours d’une cérémonie officielle par ses signataires, à savoir les représentants de différents cultes, le maire et le préfet.

Au demeurant, il n’y avait sans doute aucune raison de se précipiter pour valider une Charte dont le contenu ne changera en rien la face de la terre. Le document se résume en effet à une énumération de principes mille fois entendus, mille fois rebattus. Qui, à Oloron comme ailleurs, ne saurait en effet souscrire aux principes et valeurs qu’il énonce :

  • l’opposition au racisme, aux discriminations et exclusions ;
  • la condamnation de toute attitude extrémiste et stigmatisation ;
  • la dénonciation de toute forme de violence portant atteinte aux personnes, biens, institutions ou symboles ;
  • la considération envers toutes les religions, comme envers la libre-pensée ; la confiance dans les valeurs républicaines ;
  • l’attachement au principe de laïcité qui établit la séparation de l’Etat et des cultes, et qui permet au citoyen d’exprimer ses convictions, en privé comme en public, individuellement et collectivement ;
  • la conviction que la tolérance, l’éducation, la culture et la justice l’emporteront sur la haine et l’exclusion. Telle est notre conviction.

Aucun doute là-dessus, les signataires de la Charte mettent personnellement en pratique ces valeurs dans leur action de tous les jours. Et affirment vouloir les partager avec le plus grand nombre « par l’organisation d’événements destinés à témoigner de ces valeurs auprès de l’ensemble de la population oloronaise ». Après les bonnes résolutions, voici donc les bonnes intentions.

Par atavisme, ni bouffeur de curés, d’imams, de rabbins, de bonzes, de popes et autres pasteurs, il y a tout de même quelque chose qui me chiffonne dans la démarche : comment se fait-il que, cette Charte portant sur une valeur universelle et républicaine,  les auteurs de l’initiative, je veux parler des représentants des communautés religieuses, n’aient pas songé à y associer celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucune croyance ? Cette exclusion est-elle la marque d’un esprit de chapelle, si l’on peut s’exprimer ainsi ? La Fraternité n’est-elle pourtant pas une valeur universelle… et républicaine ? Comment se fait-il dans ces conditions que le maire et le préfet, garants de la laïcité… et des valeurs républicaines, prêtent la main à une initiative émanant des seuls représentants de certaines religions ?

L’initiative des communautés religieuses n’aurait-elle pas eu plus de sens, plus de poids et n’aurait-elle pas été plus crédible aux yeux de tous si elle était restée LEUR initiative ? Ici, on a un peu le sentiment d’assister à une opération de communication et à une tentative de récupération émanant de certaines autorités publiques.

Sur le compte Twitter de la mairie, une photo du préfet et du maire dévoilant en salle du conseil municipal un grand panneau affichant la Charte de la Fraternité. Sous le panneau, l’horloge Odobey donnée par Jean-Pierre Boussary. À charge pour elle d’égrener le temps qui séparera l’énumération de ces beaux principes de leur concrétisation.

3 commentaires sur « La Charte de la Fraternité : des tonnes de bonnes résolutions… et un brin d’exclusion »

  1. Assez d’accord avec toi Joël. Les athées, agnostiques, animistes… pourront ils intégrer cette charte par voie d’avenant ?
    en matière de charte y avait à mon sens plus urgent à faire sur notre commune :
    droits et devoirs des élus par exemple…

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  2. Si j’ai bien compris, le Maire et le Préfet, ont répondu à une demande des représentants des différents cultes.
    Pourquoi les pouvoirs publics détenteurs de la légitimité démocratique sont-ils tenus de signer une charte issue d’une fraction du corps social ? Quelles nouvelles chartes seront proposées à l’avenir et par qui ?
    Les pouvoirs publics n’ont à connaître que la volonté des citoyens exprimée démocratiquement.
    Ils n’ont pas à reconnaître ni à cautionner les positions de telle ou telle institutions religieuses.
    Pourquoi discuter de la charte avec des catholiques, des protestants, des juifs , des musulmans, des bouddhistes ? Quelles fractions au sein de chacune de ces religions les pouvoirs publics ont-ils choisis pour discuter ? Pourquoi ne pas inviter les mormons, les témoins de Jehovah, les francs-maçons, les adorateurs du nombril…etc…etc ?
    Mr Mitterrand, selon VGE n’avait pas le monopole du cœur.
    Les religions auraient –elles le monopole de la spiritualité, de l’attention aux autres, de la morale ? Les athées et les agnostiques ne méritent sans doute pas d’être consultés, condamnés à finir en enfer selon les dogmes des signataires de la charte.
    La charte ne peut avoir hélas un effet rétroactifs pour Giordano Bruno, Michel Servet, Le Chevalier de la Barre(entre autres).
    Souhaitons que cette charte soit diffusée dans les pays –théocratiques dans lesquels celui qui réclame la liberté de conscience est réprimé, enfermé, torturé voire décapité.
    La signature de cette charte par des représentants des pouvoirs publics est inutile, discriminatoire, dangereuse parce que remettant en cause le contrat social républicain.

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  3. j’aurais ajouté à cette charte par conviction profondément intime : faisons tout notre possible pour que l’homme soit riche et en bonne santé plutôt que pauvre et malade

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