Un patrimoine oloronais négligé – Un entretien avec le critique d’art François Daveran


Dans son dernier numéro, Vent d’oc, l’excellent magazine culturel du Haut-Béarn, publie sous le titre « Un patrimoine culturel négligé » une interview de François Daveran. Ce critique d’art nous livre son regard sur la richesse architecturale de notre cité. Avec l’aimable autorisation de son interviewer, Francis Cha, Oloronblog reproduit ici le texte de cet entretien avant de conclure par quelques commentaires.

Connaissiez- vous Oloron ?

Non ! Entre les rendez- vous à New York, Dubaï, Paris, les lieux où se fait l’art d’aujourd’hui, je n’ai pas le temps de me consacrer à la Province, bien que j’y trouve des occasions de me ressourcer et de retrouver les vraies valeurs.  Je vous avoue d’ailleurs que je confondais Oloron et Oléron ! (1)

  Quelles impressions vous laisse, en tant que critique d’art, la ville ?

Magnifique ! Toutes les grandes périodes de l’histoire de l’art sont représentées, de l’Antiquité au Contemporain, et sont mises en valeur de façon intelligente.

Quelques regrets ?

Les Nouvelles galeries
Les « Nouvelles Galeries » (actuel bâtiment Rousso)

Surement ! Ce qui me paraît le plus étonnant est l’absence de valorisation du bâtiment dit des « Nouvelles Galeries », dans la rue Louis Barthou, dont la vue ne peut s’apprécier pleinement que depuis le parking de la sous-préfecture.  

 Il s’agit pour moi du symbole d’un acte de rupture majeur dans l’architecture contemporaine.

Les architectes auraient pu recouvrir cette façade d’ardoises, faire du « néo-trad », du pseudo-revival (comme on a fait du néo-gothique au XIX).

Ils ont choisi l’audace.  

Ils ont voulu affirmer la pleine modernité du bâtiment par une référence au cubisme, en discontinuité des maisons de style traditionnel qui l’entourent.  

C’est, pour moi, l’équivalence en architecture des grandes ruptures de l’art au XX siècle : les « Demoiselles d’Avignon » de Picasso, le « ready-made » de Marcel Duchamp.

Le bâtiment peut aussi, surtout, être interprété comme un magnifique monument « musical ».

Chaque fenêtre nous fait entendre une note de musique !

Les petites fenêtres d’en haut sont les flûtes jouant des doubles-croches. Les grandes fenêtres du milieu, les violons.

En dessous, on entend les violoncelles et, encore plus bas, les contres-basses.  

Les fenêtres du deuxième plan sont les percussions dynamiques, à la Stravinski.  Mais la longue trainée noirâtre qui descend sur la façade introduit une dimension plus « impressionniste », plus proche de Debussy. Heureusement, la présence des fils électriques et des pompes à chaleur évite de tomber dans le pathos.  

Par- delà les bruits du gave qui s’écoule, écoutez la symphonie moderne qui jaillit de cette masse architecturale !  

Votre opinion sur le projet de passerelle sur le gave ?

Génial ! Certains diront que c’est choquant et dispendieux.

On l’a dit de la Tour Eiffel, du Centre Pompidou, du Musée Guggenheim à Bilbao. 

La couleur de la passerelle ?

Grise, c’est la tristesse ! Verte, le simple reflet de l’eau du gave !  Je crois au rouge … au rouge saignant.

On viendra de loin pour voir ce « Gave-Art ».

Cela s’admirera comme l’ont été « Le Vagin de la reine » d’Anish Kapoor, le « Tree » de Paul MacCarthy, « le Bouquet de tulipes » de Jeff Koons, « le Pot doré » de Jean Pierre Raynaud, « Les colonnes » de Buren.

Autre regret ?

Les Halles
Les Halles


Les Halles, derrière la Mairie, avec leur superbe combinaison de fer et de lanières plastifiées, mériteraient d’être signalées au touriste et à l’amateur d’art.   

(1) Vous n’êtes pas le seul ! La sculpture du « Cri du Goëland » s’était trompée elle aussi !

Au fil de la lecture, je me suis demandé si cette interview était de l’Art ou du cochon.  De l’Art en raison de ses multiples références : Stravinsky, Debussy, Picasso, Guggenheim etc. Du cochon pour son rappel de quelques œuvres qui ont suscité une vive polémique : « Le Vagin de la reine » d’Anish Kapoor, le « Tree » de Paul MacCarthy.

Et j’ai fini par me convaincre que François Daveran était le fruit de l’imagination d’un Francis Cha qui a compris depuis longtemps qu’il était parfaitement possible de traiter de sujets sérieux… sans se prendre au sérieux. Pour ce faire, il pratique le ton de l’humour, le pastiche (voir ici et ici les deux textes déjà publiés sur le blog sur Jean Lassalle et sur l’économie béarnaise) et/ou la satire. Le message n’en a que plus de portée. Merci donc à Francis Cha et à son double, François Daveran, de nous donner l’occasion de moquer l’inanité, le pédantisme, la supercherie qui se cachent parfois sous la critique d’art, et dans le même temps de nous donner l’occasion de regarder d’une autre manière le bâtiment Rousso de la rue Louis-Barthou et nos Halles.

4 commentaires sur « Un patrimoine oloronais négligé – Un entretien avec le critique d’art François Daveran »

  1. Il faut bien reconnaitre que le patrimoine immobilier béarnais et je ne parle pas que d’Oloron loin de là a été saccagé. Voir les regles de construction imposées en Dordogne, Alsace, Provence, pays basque faisant de ces lieux des visites incontournables pour le monde entier…Déjà que le climat local fait fuir les visiteurs

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  2. J’ai voulu « liker » l’article mais il semble que ce ne soit pas possible. Je le fais donc en commentaire. Bravo à Francis Cha. Son idée de faire une passerelle rouge pour enjamber le gave est tout simplement géniale, j’y adhère absolument. Si le rouge apparaît trop choquant pourquoi pas un jaune soleil ou un bleu électrique. En tout cas de la couleur dans la douceur de ces gris, ce gris vert, ce gris bleu…

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    1. alors il faudrait un rouge basque pour marquer que l’on s’approche d’Esquiule comme un pont entre le Béarn et le Pays Basque

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  3. Chaque jour, je me désole de voir le patrimoine de la ville aussi peu mis en valeur. La signalisation touristique serait un début, et le démantèlement des bornes soi disant informatives, hideuses et crados devant lesquelles nul ne stationne.
    Un potentiel négligé au profit de monuments dédiés à l´ego de quelque célébrité locale.

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