Les trois visages du citoyen-électeur oloronais (chronique « café du commerce »)


Je n’ai rien d’un politologue, d’un sociologue ou d’un psychologue. La description qui suit n’a donc, cela ne vous surprendra pas, aucune valeur scientifique. Elle repose sur quelques déductions faites à partir de ce que j’ai cru constater au cours de ces 3 années d’observation quasi quotidienne de la vie politique locale. Les citoyens-électeurs oloronais se répartissent en 3 catégories qui peuvent bien entendu se diviser elles-mêmes en de multiples sous-catégories.

Tenons-nous en aux trois catégories principales. Il y a le citoyen-électeur abstentionniste, le citoyen-électeur attentiste et le citoyen-électeur participatif. Examinons tour à tour ces trois familles.

1/ Le citoyen-électeur abstentionniste

Cet oxymore désigne ce quart ou ce cinquième des citoyens inscrits sur les listes électorales qui ne se sont pas déplacés pour voter lors des dernières municipales à Oloron. Le citoyen-électeur abstentionniste ne se rappelle plus comment ni pour quelle raison il est inscrit sur la liste électorale. Quand il s’en souvient. Inutile de préciser que cela fait un bon moment qu’il ne sait plus où il a rangé sa carte d’électeur.

Son choix pour l’abstention est dicté soit par le défaitisme (« À quoi ça sert ? Mon vote ne changera rien »), soit par la colère (« Ces élus, c’est tous des pourris »), soit tout simplement par un total désintérêt pour les affaires communales. Mais attention ! Cela ne l’empêchera pas de manifester son mécontentement si les impôts locaux augmentent ou si l’ampoule du lampadaire situé devant chez lui n’est pas remplacée dès qu’elle est grillée. Et puis, ce n’est pas parce qu’il ne vote pas qu’il ne s’implique pas dans la vie locale au travers des associations etc.

2/ Le citoyen-électeur attentiste

Lui, il considère que son rôle de citoyen-électeur de la commune se limite à se déplacer une ou deux fois (ça dépend du nombre de tours) tous les six ans pour glisser son bulletin de vote dans l’urne. Et après qu’il ait ainsi contribué à confier les clés du camion à une équipe municipale, il patiente jusqu’à la nouvelle élection. Son attitude s’explique soit par la confiance totale qu’il place dans les élus, soit par une certaine conception de la répartition de rôles (« J’ai fait mon travail en allant voter. À eux maintenant de faire le leur »).

Le citoyen-électeur attentiste est le chouchou des élus. Car, il accomplit son devoir de citoyen. Et qui plus est, même s’il peut lui arriver de réagir lorsqu’un sujet le touche directement (par exemple quand une plaque d’égouts placée devant la porte de chez lui résonne au passage de chaque voiture), il leur fiche la plupart du temps une paix royale.

3/ Le citoyen-électeur participatif

Non seulement le citoyen-électeur participatif vote, mais en plus il suit le déroulement des affaires communales, il demande des comptes, il souhaite être associé aux décisions importantes. Parce qu’il considère que la gestion de la commune, ce n’est pas uniquement l’affaire de 33 personnes assistées d’une équipe de techniciens. Même si, comme le veut la démocratie, ce sont ces 33 qui décident en dernier ressort.

Contrairement au citoyen-électeur attentiste, le citoyen-électeur participatif est considéré comme une plaie, comme un boulet, bref comme un emmerdeur par les élus. Il suffit de voir le « traitement de faveur » (!) qui est réservé à la démocratie participative à Oloron.

Il n’est pas question à travers ce petit billet de montrer qu’il y a les bons et les mauvais citoyens-électeurs. Que chacun entende s’impliquer dans la vie municipale selon sa conception de la res publica, selon le sentiment qu’il a de son utilité propre ou de l’utilité de nos institutions, c’est aussi cela, la démocratie. Mais, pour être honnête jusqu’au bout, j’avoue que le citoyen-électeur participatif, même (surtout ?) s’il passe pour un emmerdeur aux yeux de nombre d’élus, m’est assez sympathique !

7 commentaires sur « Les trois visages du citoyen-électeur oloronais (chronique « café du commerce ») »

  1. Seule la première catégorie a été quantifiée …
    Il est pourtant facile de quantifier la dernière, bien évidement la crème de la crème (et encore plus s’il n’a pas de visée électoraliste personnelle …)
    Elle se limite à quelques unités, ce qui fait qu’effectivement les élus peuvent dormir tranquille…
    Quand les citoyens s’éveilleront …

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    1. Serait-ce un avatar du citoyen-électeur attentiste ? Parce qu’il se déplace pour voter, il signe par son vote le rejet de ce qui lui est proposé, mais il ne propose pas lui-même de solution alternative.

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      1.  » il (l’électeur qui se déplace pour voter blanc )signe par son vote le rejet de ce qui lui est proposé, mais il ne propose pas lui-même de solution alternative. »

        Je ne pense pas que l’électeur qui vote blanc ne propose pas de solution alternative, mais par contre on ne lui laisse aucune opportunité d’ exprimer sa vision des choses. Il est totalement banni du système électoral, qui ne reconnait pas son vote, ce qui à mon point de vue est totalement anormal dans une démocratie. Il est dans la même situation que les dépositaires aux enquêtes d’ utilité publique qui ne laissent aucune place à l’ examen de solution alternative.
        C’ est sûr que les partis politiques préfèrent voir des abstentionnistes que des électeurs qui votent blanc. Souvent ce sont les abstentionnistes qui font l’ élection.
        Il n’est quand même pas normal que le vainqueur d’ une élection soit élu à la majorité, avec moins de 10% du total des inscrits. Il y a là comme un sérieux malaise de déficit démocratique, dont les partis politiques ne s’ honorent pas.
        Il serait peut être temps qu’ il y ait une refonte totale du système électoral et que l’ on adopte un système Européen harmonisé. La représentativité de certains partis politiques en serait ainsi totalement modifiée. Sûrement que la vision et l’ approche de certains problèmes de société importants en seraient totalement changés.

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