Quand le maire s’enflamme (chronique « coup de gueule »)


Que voulez-vous, c’est plus fort que lui. Dès qu’il est en présence de journalistes, le maire ne peut s’empêcher de faire l’intéressant. Alors il parle, il parle à tort et à travers, il s’enflamme. Et ce n’est plus, comme me le confiait ce haut-fonctionnaire : « le maire, il réfléchit en même temps qu’il parle ». C’est plutôt : « le maire il parle, et il réfléchit après ».

Forcément, lorsqu’il s’aperçoit que ses propos, repris par la presse, suscitent un grand émoi dans certains milieux oloronais, il sort les rames et souque ferme en marche arrière. En tentant la plupart du temps de faire porter le chapeau au journaliste, cet abruti qui n’a bien entendu rien compris et a mal retranscrit sa parole.

On se souvient qu’à la fin du mois de janvier il s’était laissé aller à dire (cf La République) qu’il allait évoquer lors d’un séminaire tenu avec les élus une baisse des subventions municipales aux associations de la ville. Devant les réactions des dites associations, rétropédalage du maire deux jours plus tard : « Il n’est pas question de toucher aux aides des associations »

 Nouvel épisode avant-hier de ce que l’on serait tenté de dépeindre comme une incontinence verbale à l’usage des médias. À propos du stade Saint-Pée cette fois-ci. Dans La République toujours, le maire et le président du FCO rugby font le point sur les difficultés qu’engendre pour le club l’incendie qui a ravagé la tribune d’honneur du stade. Une difficulté d’ordre financier en particulier, puisque le président évalue à 60 000 € la somme à trouver.

L’article décrit alors la batterie de mesures envisagées pour atteindre cet objectif : recherche de nouveaux partenaires privés, démarchage auprès de particuliers, création d’un club des entrepreneurs. C’est alors qu’avec la fulgurance qui le caractérise, le maire sort sa botte secrète : le « naming », en bon français le « nommage » ou la « dénomination » ou, encore plus simplement, le « parrainage ».

Le « naming » consisterait dans le cas qui nous intéresse à donner le nom d’une marque ou d’une société marraine au stade Saint-Pée. En échange d’une contribution financière évaluée par le maire à au moins 50 000 € ou à un apport régulier de l’ordre de 10 000 € par an. Hervé Lucbéreilh laisse entendre qu’il y aurait déjà une société intéressée par l’opération.

La nuit portant conseil… ou les réactions des Oloronais, très attachés au nom du stade, ne s’étant pas fait attendre, le maire entreprend dès le lendemain dans La République une opération de déminage : « Le stade Saint-Pée est trop emblématique pour que l’on puisse changer son nom ». Il n’est donc plus question de débaptiser le stade, mais uniquement la tribune d’honneur. Toujours en contrepartie d’une contribution financière. Sans que l’on comprenne très bien si cette contribution servira à renflouer les caisses du FCO rugby et/ou à financer la réhabilitation de la tribune d’honneur endommagée par l’incendie.

S’il s’agit de renflouer les caisses du FCO, je ne vois vraiment pas pourquoi la ville d’Oloron s’en mêlerait. C’est une affaire privée entre le parrain et le club. Et puis, si elle commence à donner en échange au parrain le droit de baptiser de son nom un élément du patrimoine communal, qu’est-ce qui empêchera d’autres associations oloronaises hébergées dans des locaux municipaux de demander le même traitement ?

Pour éviter ce piège du mélange public/privé (dans ce genre d’opération, c’est toujours le public qui est perdant) et vues les circonstances exceptionnelles qui justifient les besoins financiers du club le plus emblématique de notre ville, pourquoi le budget communal ne prévoirait-il pas de lui accorder une subvention exceptionnelle si tant est que les assurances de la ville et du club ne couvrent pas suffisamment tous les dommages matériels et immatériels dus à l’incendie de la tribune ? On parle de 60 000 €, somme qui reste bien sûr à confirmer sur la base d’une analyse indépendante. 60 000 €, c’est moins que la somme consacrée, en 2015 comme en 2016, aux Masters de Pétanque. Une manifestation qui n’a eu aucune retombée pour notre ville (hormis peut-être quelques factures de restaurants et d’hôtels)

Quant à laisser la porte ouverte à un financement privé de la rénovation de la tribune en échange du nom de la société « bienfaitrice » pour cette tribune, c’est également à bannir. Car en général dans des cas semblables la collectivité se crée des obligations qui vont au-delà de ce seul baptême.

Voilà à nouveau une annonce à l’emporte-pièce. J’attends avec impatience de voir la position que vont adopter sur la question les conseillers municipaux, et non des moindres (Daniel Lacrampe, Bernard Uthurry, Jean-Etienne Gaillat, Pierre Serena etc.) qui se sont illustrés crampons aux pieds sur la pelouse mythique de Saint-Pée.

Et pour en revenir à ces effets d’annonce à répétition, j’ai décidé pour ma part d’attendre le rectificatif du lendemain avant de prendre pour argent comptant (c’est une image) la parole du premier magistrat. Même si dans le cas présent on peut l’excuser de s’enflammer après une histoire d’incendie.