Comptes de campagne : Jean Lassalle aussi économe avec l’argent des Français qu’avec ses propres deniers (chronique « combien ça coûte »)


Après avoir épluché, en dépenses comme en recettes, les déclarations des 11 candidats aux élections présidentielles des 23 avril et 7 mai 2017, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a pris une décision sur les comptes de chacun d’eux. 11 décisions, donc, qui ont été publiées hier, 13 février 2018, au Journal Officiel. Nous allons bien évidemment nous intéresser ici aux comptes du local de l’étape, Jean Lassalle.

Bien qu’il soit question ici de comptes, je vais essayer de ne pas ensevelir les lecteurs d’Oloronblog sous des tonnes de chiffres et de statistiques. Nous en resterons donc à quelques données qui me paraissent être de bons indicateurs du coût que cette campagne électorale a représenté pour les candidats, mais aussi pour chacun d’entre nous. Ces éléments font l’objet du tableau et des commentaires ci-après :

Comptes de campagne
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Les dépenses de la campagne

Vue globale : le tableau récapitule les dépenses de chaque candidat telles qu’elles ont été retenues par la commission, c’est-à-dire après rectifications en raison notamment de présentation de dépenses non autorisées ou insuffisamment justifiées. On voit qu’il n’y a pas photo entre les 5 candidats qui franchissent allégrement le cap des 10 millions d’€ de dépenses et les 6 « petits » qui, pour les plus dépensiers, ne sautent pas la barre des 2 millions.

Et Jean Lassalle ? C’est le plus économe de tous : un peu plus de 241 000 €, soit 68 fois moins qu’Emmanuel Macron qui, lui, a eu une campagne à deux tours, mais aussi 62 fois moins que Benoît Hamon qui s’est crashé dès le premier. Pourtant, la commission ne lui a pas fait de cadeau, rayant du compte qu’il avait présenté à 260 000 € quelques dépenses qu’elle a considérées comme ne relevant pas des dépenses autorisées : en particulier 5 256 € de frais de réparation sur une automobile, 267 € de frais de teinturerie, 471 € de frais de parking, 4 450 € de frais de taxi, 2 262 € de frais de restauration et de transport d’un membre bénévole de l’équipe de campagne, 692 € relatifs à des frais de déplacement et de restauration pour des réunions internes de travail etc.

Un ratio : si l’on établit le pourcentage entre les dépenses de campagne et le nombre de voix obtenues (au premier ou au second tour selon le cas), on voit combien chaque voix a « coûté » à chaque candidat. Ici encore, les écarts sont significatifs : chaque voix a « coûté » 0,55 € à Jean Lassalle, quand elle a « coûté » 12 fois plus (6,54 €) à Benoît Hamon. Notre élu local est celui qui présente le meilleur rapport qualité (= nombre d’électeurs convaincus)/prix.

L’apport personnel de chaque candidat

Vue globale : par « apport personnel », on entend les versements personnels effectués par le candidat sur ses propres deniers + les versements personnels du candidat sur ses emprunts bancaires pour la campagne + les versements personnels du candidat sur les ressources empruntées aux formations politiques. La commission y ajoute les 153 000 € que l’État verse à titre d’avance à tous les candidats qualifiés pour le premier tour. Avec près de 11 millions d’€, Marine Le Pen fournit l’apport personnel le plus important. Elle est suivie de près par Emmanuel Macron (10,8 M€). Trois autres candidats ont un apport personnel supérieur au million d’€

Et Jean Lassalle ? Étant déjà celui qui a le plus faible montant de dépenses, il semble normal qu’il soit également le candidat qui apporte le moins d’argent personnel : 229 000 € dont, je le rappelle, 153 000 € lui ont été avancés par l’État. Son apport réel s’établit donc à 76 000 €.

Deux ratios :

  • combien représente l’apport personnel de chaque candidat par rapport à ses dépenses de campagne ? C’est très variable : cela va de 100% pour Philippe Poutou à 15% pour François Fillon. Jean Lassalle, avec 94%, se situe dans le haut du tableau. Mais, je le rappelle, les 153 000 € d’avance de l’État, inclus par la commission dans l’apport personnel, faussent d’autant plus ce calcul qu’elles portent sur des dépenses de campagne peu élevées, ce qui est son cas
  • quel est le montant de cet apport personnel au regard du nombre de voix obtenues ? Chaque voix a « coûté » 0,29 € d’apport personnel à François Fillon, mais 18 fois plus à Jacques Cheminade (5,15 €). Jean Lassalle est très bien placé : chaque électeur lui a « coûté » 0,55 € d’apport personnel

La somme remboursée par l’État à chaque candidat

Vue globale :

  • La règle générale est la suivante (accrochez-vous) : chaque candidat peut prétendre au moins élevé des trois montants suivants : 1/ s’il a obtenu moins de 5% des voix au premier tour, 4,75 % du plafond des dépenses applicable aux candidats du premier tour, soit 800 423 euros (47,5% s’il a obtenu plus de 5% des voix, soit 8 004 230 €) ; 2/ montant des dépenses électorales remboursables retenu par la commission ; 3/ montant de l’apport personnel retenu pour le calcul du remboursement et diminué de l’éventuel excédent du compte
  • Compte tenu de la règle qui précède, Marine Le Pen sera remboursée de ses dépenses à hauteur de 10,9 millions d’€, Emmanuel Macron de 10,8 millions, Benoît Hamon de 8,1, Jean-Luc Mélenchon de 6,4 et François Fillon de 2,1.

Et Jean Lassalle ? C’est lui qui coûtera le moins à l’État et donc à tous les contribuables que nous sommes : 229 000€.

Un ratio : il est plaisant de constater que les 3 candidats ayant bénéficié de la prise en charge la plus importante par l’État de leurs dépenses de campagne sont 3 de ceux qui se posent le plus en candidats anti-système : Philippe Poutou (99,85% de prise en charge), Jean Lassalle (94,65%) et Marine Le Pen (92,63%). François Fillon ferme la marche (15% de prise en charge par l’État). Normal pour un libéral !

En conclusion

Ce ne sera là une surprise pour personne, mais on constate une énorme disproportion de moyens entre tous les compétiteurs. En forçant quelque peu le trait, on pourrait se demander si l’élection du président de la République au suffrage universel n’a que l’apparence de la démocratie.

Une question à Jean Lassalle, pour clore le chapitre

En consultant son compte de campagne sur le Journal Officiel, j’ai constaté que Jean Lassalle faisait apparaître dans ses recettes une somme de 7 310 € au titre des dons reçus de personnes physiques. À peine 7 310 €. C’est-à-dire une collecte inférieure sur la France entière aux dons de personnes physiques reçus par l’un des candidats aux dernières élections municipales à Oloron Sainte-Marie. Comment Jean Lassalle explique-t-il qu’à Oloron un candidat à une élection municipale puisse collecter davantage pour se présenter qu’un candidat à l’élection résidentielle sur la France entière ?

Pour en savoir plus, cliquer sur les deux liens suivants :

Les décisions de la commission nationale des comptes de campagne

Décision de la commission nationale des comptes de campagne sur le compte de Jean Lassalle

 

8 commentaires sur « Comptes de campagne : Jean Lassalle aussi économe avec l’argent des Français qu’avec ses propres deniers (chronique « combien ça coûte ») »

  1. En épluchant ces comptes de campagne, Joêl a accompli un travail de titan. Je retiens surtout sa conclusion sur l’importante disproportion des moyens entre les compétiteurs à l’élection, ainsi que son interrogation pour savoir si l’élection présidentielle ne devrait pas être considérée comme une apparence de démocratie.

    Aimé par 1 personne

      1. Bien sûr que c’est le fric et les médias qui font une élection.
        La démocratie s’est retirée petit à petit de cette mascarade.
        La démocratie, de ce qu’il en reste, se définit comme « venez accomplir votre rôle de citoyen pour lequel des gens sont morts (et non pas se sont battus, ça frappe moins fort), donc VENEZ VOTER C’EST TRES IMPORTANT (pour le candidat que les sondages et les médias vous imposent sur les écrans et les journaux), ça serait TRES GRAVE DE NE PAS VOTER (pour le candidat qui se détache nettement), ça serait DRAMATIQUE de voter pour un candidat qui se place à la 3ème, 4ème, 5ème…..et 12ème position dans les sondages, n’en parlons pas.
        Parce que un candidat qui porte un t shirt, un autre qui a un accent rural prononcé, un autre qui parle de salaire universel, des gros rigolos! Tournez-vous plutôt vers des professionnels de la politique, jusqu’à ce que des journalistes, des vrais, fouillent et fassent tomber certains cols blancs.
        Vous êtes libre de voter mais faut qu’on vous explique quand même pour qui parce que sinon vous pourriez faire n’importe quoi.

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        1. Bien sûr que c’est le fric et les médias qui font une élection.
          La démocratie s’est retirée petit à petit de cette mascarade.

          Il n’ y a pas que le fric et les médias qui font les élections, il y a également les partis politiques qui faussent le jeu en ne se faisant pas de concurrence déloyale entre eux.( entente cordiale ….)
          Ils savent par avance le quel d’ entre eux aura son candidat élu. Ainsi, ils sont assurés d’ avoir leur tour de passage assuré aux instances politiques locales ou nationales. Ce qui se passait depuis 50 ans.
          Sauf quand un trublion comme Macron vient troubler le jeu et que l’ ensemble
          s’ écroule, mais qu’ il s’ empresse aussitôt de reconstruire, car il sait très bien que la politique comme la nature a horreur du vide, du moins chez nous.
          Effectivement la démocratie s’ est retirée de cette mascarade pour les simples raisons qu’ il ne peut y avoir de majorité parlementaire, ni d’ élection à la proportionnelle, qui seules pourraient apporter des hommes et des idées nouvelles, à ce système de dinosaures voué à éloigner les intrus de la mangeoire, mais en y créant de l’ instabilité autour ….. Ce dont les Elus ont horreur, car cela les obligerait à se creuser la tête et à se remettre en cause face à l’ évolution de la société.
          L’ alchimie secrète du système démocratique est sûrement du coté des pays de
          l’ Europe du Nord qui cherchent par tous les moyens le consensus et la protection de l’ intérêt général en y associant le plus en amont les électeurs. Et non pas pendant une quinzaine de jours avant une future campagne.
          Nous en auront l’ exemple prochainement avec les prochaines élections européennes qui ne feront pas se déchirer les partis politiques.

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  2. c’est un peu/beaucoup démago que de dire que c’est le fric, les medias, les partis politiques et tout le reste qui font une élection, présidentielle par exemple…
    et le cerveau humain, vous en faites quoi ?
    question : en supposant que vous ayez raison, vous proposez quoi en remplacement ?
    à moins que vous ne soyez d’accord avec ça, avec la conclusion en forme de déni :
     » La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne se représente point » JJ Rousseau

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