Attirer chez nous de nouveaux médecins généralistes : les propositions concrètes d’une intersyndicale d’internes de médecine générale (chronique « la loi de l’offre et de la demande »)


Ce mardi, le Premier ministre présente la stratégie de transformation de notre système de santé. Jeudi, notre député Jean Lassalle et Robert Bareille, accompagnés en pensée par le maire d’Oloron, se rendent à Saint-Claude, dans le Jura pour jeter les bases d’une association des communes luttant contre la fermeture de leurs services hospitaliers. L’information qui m’a été transmise par le docteur Jean-Louis Coquard dans ce contexte de réflexion au niveau national comme local sur le devenir d’un système de santé que le monde entier nous envie ne pouvait tomber à un meilleur moment.

C’est un document publié ce 8 février par l’ISNAR-IMG (InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale). Il formule des propositions concrètes qui visent à changer le regard des internes en médecine générale sur les territoires ruraux et à y encourager leur installation. Voilà de quoi nourrir notre réflexion et celle de nos élus. Ces propositions, les voici :

Un accès facilité au logement

  • Une aide logistique pour trouver un logement à une trentaine de minutes pour chaque interne en stage en milieu rural.
  • Un recensement des logements disponibles auprès du département.
  • Privilégier les lieux de vie partagés avec d’autres internes, un conjoint, d’autres étudiants en stage, des remplaçants, avec la possibilité d’inviter des personnes extérieures.
  • Un loyer de 100 à 200 euros semble raisonnable en échange d’un logement.

Des solutions pour prévenir l’isolement professionnel

  • Stage avec plusieurs maîtres de stage universitaires.
  • Intégration des internes aux groupes de pairs auxquels participent leurs maîtres de stage.
  • Permettre aux internes et aux maîtres de stages de participer à des formations communes.
  • Rencontres et demi-journées de stage avec des professionnels de santé locaux.

Une aide logistique et financière pour l’accès à ces terrains souvent éloignés

  • Indemnités financières corrélées à l’éloignement kilométrique avec la subdivision de l’interne.
  • Financement ou prise en charge partielle des titres de transports.
  • Informations sur les ressources prévues par les institutions régionales et départementales.
  • Aide pour les impôts.
  • Réfléchir à un véhicule de fonction.
  • Crédit automobile pour passer le permis de conduire avant la fin du deuxième cycle des études médicales ou pour l’achat d’une voiture.

Une promotion de la médecine générale et des zones rurales auprès des internes et des étudiants en médecine

  • Présentation des lieux de stages des internes par les MSU.
  • Accueil des internes par les maires ou les acteurs de la collectivité.
  • Présentation du territoire et remise d’un kit de découverte par l’office du tourisme ou le syndicat d’initiatives locales.
  • Invitation des internes aux évènements locaux.
  • Rencontres entre les étudiants en médecine et les conseils départementaux avec une présentation des territoires lors des choix de stages, de la présence des conseils départementaux sur des forum de l’installation. Présentation de la médecine générale aux étudiants du deuxième cycle.

Ces propositions sont-elles d’une exigence démesurée ? Je ne le crois pas. Nous sommes ici aussi dans une logique de marché où prime la loi de l’offre et de la demande. Aux territoires de savoir se montrer attractifs. Après tout, des collectivités publiques et des entreprises savent bien le faire lorsqu’elles veulent attirer chez elles certains salariés (véhicule et logement de fonction, promesse de promotion, régime indemnitaire haut de gamme etc.). Nos collectivités savent bien dérouler le tapis rouge à certaines entreprises qui souhaitent s’installer ou se développer sur leur territoire. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour inciter de jeunes médecins généralistes à s’établir chez nous plutôt qu’à Paris ou à Nice ?

Quant à savoir si les mesures préconisées par l’intersyndicale seront efficaces… je me garderai bien d’émettre un avis. À nos élus de les étudier et de tâcher d’en tirer le meilleur profit.

6 commentaires sur « Attirer chez nous de nouveaux médecins généralistes : les propositions concrètes d’une intersyndicale d’internes de médecine générale (chronique « la loi de l’offre et de la demande ») »

  1. « Nous sommes ici aussi dans une logique de marché où prime la loi de l’offre et de la demande ». C’est bien là qu’est le problème! Peut-être que la loi tout court devrait régir ce genre de situation. Les internes sont des salariés et ont déjà un certain nombre de primes et d’avantages. cette batterie de mesures sensées les inciter à venir « chez les bouseux » est disproportionnée.

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    1. +1 Fabien! à ce stade de démesure d’aides, on n’appelle plus cela de la médecine libérale car il n’y a plus rien de libéral quand les médecins sont salariés de l’assurance maladie (ils sont quand même rémunérés par les caisses, avec des obligations de pratiques de bonne conduite dans les prescriptions, des aides financières à l’informatisation de leurs cabinets et j’en passe…).
      Voilà qu’ils deviendront des bénéficiaires sociaux avec loyers aidés, impôts exonérés, permis et véhicules payés. Penser aux tickets restaurants, aux PV payés, aux points conservés ^^
      A noter cette crainte de l’éloignement « un logement à 30 mn » « des indemnités corrélées à l’éloignement » « ces terrains souvent éloignés », quand il s’agit de fermer des services hospitaliers c’est un risque tout à fait acceptable.

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  2. Vous avez dit « profession libérale » ou bien « fonctionnaire d’Etat » ??
    Certaines des « demandes-propositions » me rappellent étrangement certaines des « revendications des syndicats de la Fonction Publique d’Etat » concernant les jeunes recrues (de Province) des concours des années 70 : logement, indemnités diverses, amélioration des conditions d’accueil… », dont l’Etat-employeur s’est pour l’essentiel bien gardé de donner suite !!
    mais, en ce temps-là, (pour les Bretons et les Sudistes) c’était pour aller bosser à Paris ou à Lille voire Strasbourg (eh oui ! en ce temps-là, il n’y avait pas assez de jeunes recrues ch’ti pour occuper les postes du pays ch’ti !!!!..donc,on y mutait les « ploucs » d’ailleurs…
    de nos jours, ce serait pour un trajet professionnel géographiquement inversé et… dans un cadre « libéral »…j’ai la température qui monte rien que d’y penser…

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  3. je serai partisan que le « numerus clausus » soit ouvert , que par le biais d’un salaire pris en charge par l’état , les futurs médecins signent un contrat pour exercer leur activité dans un désert médical pendant un certain temps (style IPES pour les enseignants….je ne sais si cela existe toujours) .
    Ce contrat permettrait aux étudiants de milieu défavorisé de pouvoir accéder aux études de médecine car longues et coûteuses et non exclusivement à une certaine classe sociale .
    Par ailleurs , lorsque le jeune médecin est titulaire de sa thèse , aide à son installation dans une zone à faible densité médicale avec des périodes de stage lui permettant une remise à niveau de ses connaissances médicales.Durant ces stages de formation , le médecin serait obligatoirement remplacé par un autre médecin ou futur médecin avec rétrocession des honoraires si le médecin « titulaire » est arrivé à un bon niveau de rémunération autrement aide au remplacement par une indemnité versée par l’état .
    Il ne faut quand même pas oublier que les médecins doivent , en grande partie , leurs revenus à l’existence de la protection sociale généralisée , ce qui permet , même , à une partie de la population paupérisée d’avoir accès aux soins .
    Par ailleurs , le dépassement d’honoraires ne devrait exister que dans certains cas très précis liés en particulier à la compétence du praticien et ,dans ce cas, pris en charge par les organismes de protection sociale obligatoire .Alors que maintenant il suffit que le médecin exerce soit spécialisé et exerce son activité dans une discipline où les médecins sont rares( ex:ophtalmologie ) .
    Ces dépassements concourent à une augmentation du coût des organismes de protection complémentaire(mutualistes ou compagnies d’assurance) .
    Le corollaire de tout cela est que nous sommes arrivés à une médecine à deux vitesses.
    Dans certains cas l’on est en droit de se poser la question , pourquoi le serment d’ Hyppocrate a-t-il été prêté ?
    Cela ne sont que quelques idées ;
    Par contre certaines propositions faites par le syndicat sont bonnes mais quelles seraient les contreparties que pourraient exiger la puissance publique s’il y avait manque de la part du médecin…….çà je ne l’ai pas vu

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    1. Dépassement ? Vous avez dit dépassement ? 600 euros pour un acte de chirurgie ambulatoire devant être pratiqué en mars. Avec une mutuelle tout à fait basique et une retraite minable , le compte est vite fait….

      Mais après on rentrerait dans des sujets plus polémiques si on abordait des choix d’une société « plus ouverte à l’autre » genre aide médicale d’état….

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  4. Nos collectivités savent bien dérouler le tapis rouge à certaines entreprises qui souhaitent s’installer ou se développer sur leur territoire. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour inciter de jeunes médecins généralistes à s’établir chez nous plutôt qu’à Paris ou à Nice ?

    Le fondement du problème médical est sûrement dans ces propos. Ce n’ est pas en imposant un modèle étatique, pour si bon et attractif qu’ il soit, qu’ on résoudra le problème. L’ une des causes de cet échec est le modèle centralisé, qui n’ admet pas les différences du terrain. L’ approche de la médecine ne peut être pratiquée uniformément sur l’ ensemble du territoire. Les mentalités ne sont pas du tout les mêmes chez les patients et les médecins à Lille ou à Nice ou au pied des Pyrénées où des différences existent entre le nord et le sud de l’ Aquitaine.
    Si la Médecine veut réussir à ce sortir de cet échec, il faut qu’ elle s’ adapte au plus près du terrain sur lequel elle exerce.
    Effectivement, il faut pour cela que les collectivités s’ investissent plus dans cette démarche, mais cela veut dire aussi qu’ elles mettent en face les moyens humains et financiers, car on ne peut pas aussi toujours attendre tout de Paris.
    Pour cela la remise en cause doit être double, d’ une part chez nos Médecins et responsables de tutelle, d’ autre part chez nos responsables politiques élus et administratifs, qui ne sont pas très coopératifs dans ce domaine.
    En ce qui concerne nos responsables politiques élus, il serait peut être temps de voir la réalité en face que les temps fastueux sont finis et qu’ il serait enfin temps de se recentrer sur leur mission de base : Répondre aux besoins de base de la population et non rêver à des programmes fastueux qui flattent leur égo.
    Cela ne s’ appelle pas se mêler des affaires des autres, mais voir la réalité en face à condition de se battre tous ensemble, pour faire tomber quelques citadelles imprenables. La gloire tirée n’ en sera que partagée, mais bien plus appréciée par tout le monde.

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