Parrainage par la ville d’Oloron d’athlètes balmanais candidats aux JO 2020 de Tokyo : mais où est l’intérêt public local ? (chronique interrogative)


Par ses déclarations à l’emporte-pièce comme par ses annonces parfois quelque peu décalées – et rarement suivies d’effet, et pour cause -, le maire d’Oloron est ce que l’on appelle un « bon client » pour nos médias locaux. Grâce à lui, il n’y a pas de souci pour Sud-Ouest et La République : les échos quotidiens de leurs rubriques « Le Piéton » et « Clin d’œil » sont assurés. Il y a bien des personnes que ce manque de mesure agace : « Le maire, il réfléchit en même temps qu’il parle », me confiait il y a quelques mois un haut fonctionnaire exerçant à Oloron. Et, à l’évidence, ce n’était pas là un compliment de sa part.

Dernier exemple en date : La République de samedi nous informe que jeudi dernier, à l’occasion du Trophée des Sports, le maire a annoncé que « la mairie souhaitait parrainer deux sportifs qui se préparent à participer aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020 ». Les noms de ces sportifs sont cités : Raihau Maiau, champion de France du saut en longueur, et Hélène Parisot, spécialiste du 100 m et du 200 m. Deux athlètes qui n’ont rien à voir, de près ou de loin, avec Oloron : ils n’en sont pas originaires, n’y vivent pas, n’y ont pas fait leurs études, n’ont pas été formés ni ne pratiquent dans un club sportif de notre ville (ils sont tous deux licenciés au club CA Balma, une commune de la banlieue toulousaine)… rien.

En quoi consisterait ce parrainage ? Difficile d’obtenir des renseignements complémentaires auprès des membres du conseil municipal : ils ont entendu pour la première fois parler du sujet… quand le maire l’a annoncé, ou en lisant le journal deux jours plus tard. Il semblerait que ce parrainage prendrait la forme d’une aide financière. Mais, selon les participants, le détail du projet est resté très flou. Certains ont compris que l’opération serait montée en partenariat avec l’association Gentlemen des cinq nations. Le financement en provenance d’Oloron serait supporté à moitié par la ville d’Oloron et à moitié par une association oloronaise type le FCO athlétisme… qui vit elle-même grâce à une subvention municipale !

Qui est cette association Gentlemen des cinq nations qui serait partie prenante au projet ?

  • La seule trace trouvée sur le journal officiel des associations indique qu’en 2003 elle avait son adresse au siège d’une agence de conseils à l’Union, une commune de la banlieue toulousaine. Mais son nom n’apparaît pas sur l’annuaire des associations de la ville.
  • Quant à l’annuaire internet Gralon, il précise que l’association a été fondée en 1991. Elle « a une vocation sportive et culturelle pour la sauvegarde et le développement de la convivialité entre ses membres et le reste du monde ».
  • Une visite sur le site Facebook de l’association montre que ses membres ont un lien avec le rugby (anciens joueurs et/ou dirigeants, dont l’actuel président du Stade Toulousain, Didier Lacroix) et se réunissent pour casser la croûte ensemble, faire des dégustations, organiser des voyages etc… Ce même site Facebook nous apprend que le président de l’association, Jean-Louis Cazes, de Balma, se présente comme un ami du maire d’Oloron qui l’a reçu très officiellement à trois reprises : une fois en 2015 à la mairie, une autre en juillet 2016 à l’occasion des Masters de Pétanque et jeudi dernier à l’occasion du Trophée des Sports.
  • Enfin, le parrain du Trophée des Sports de cette année, Michel Taffary est l’un des membres éminents des Gentlemen des cinq nations.
  • Cela étant, rien n’interdit à une association privilégiant la convivialité entre ses membres de s’intéresser au sort de sportifs en activité… dès lors que son objet social le lui permet.

Venons-en maintenant à la question principale. Elle va bien au-delà de cette simple affaire de partenariat  : à supposer qu’il soit prévu que le parrainage de la ville d’Oloron se traduise en espèces sonnantes et trébuchantes, quel est l’intérêt public local d’une telle opération ? Les dépenses d’une commune se répartissent en deux catégories :

  • Les dépenses obligatoires: ce sont l’acquittement des dettes exigibles et 31 dépenses décidées par la loi (dont : les dépenses de personnel, les dépenses de travaux et d’entretien, les dépenses relatives aux services publics obligatoires etc.)
  • Les dépenses facultatives: il s’agit de toutes les dépenses (il n’y a pas de liste exhaustive) qui sont engagées pour satisfaire un intérêt public local au profit des habitants de la commune. Par exemple les subventions aux associations. En résumé, l’intervention de la commune doit avoir pour objet direct de répondre aux
    besoins de la population

Et puis il y a les dépenses interdites. Ce sont celles qui ne présentent pas une utilité locale ou un intérêt public, ou qui sont hors des compétences de la commune (dépenses militaires), ou qui relèvent d’une compétence transférée à l’intercommunalité, ou qui contreviennent à la neutralité que se doit d’observer une commune.

Est-ce que dans le cas d’espèce, et dans l’hypothèse où le maire envisage que ce parrainage entraînera une charge financière pour la commune (entre nous, je vois mal comment il pourrait en être autrement), nous ne serions pas en présence d’une dépense interdite dans la mesure où elle ne répondrait pas à un intérêt public local ? Seul le juge administratif a le pouvoir d’en décider.

Ce qui n’empêche pas le citoyen lambda de s’interroger : en quoi parrainer financièrement des athlètes balmanais (le nom des habitants de Balma) sans lien d’aucune sorte avec notre cité présente quelque intérêt public pour Oloron et les Oloronais ? On serait heureux que le maire d’Oloron rentre plus dans le détail du projet afin de lever tout doute et de nous éclairer sur cet aspect de sa proposition. Au final, quitte à paraître un rien démago aux yeux de certains, et en admettant que ce partenariat soit légal, j’aurais préféré quand même que cet argent aille à des sportifs olympiques pratiquant une discipline moins en vue que l’athlétisme (le ping-pong ou le tir à l’arc par exemple !) … ou à des sportifs concourant aux Jeux Paralympiques. Ou, encore mieux, dans les caisses d’associations oloronaises

Tiens, pour conclure, et puisqu’on parle des Jeux, où en est la candidature d’Oloron aux Jeux Mondiaux de la Paix 2019 qui nous avait été annoncée par le maire il y a un peu plus d’un an avec tambours et trompettes ? Oloronblog avait à ce moment-là fait part de son scepticisme sur le sérieux de l’affaire. Oloron accueillant les Jeux Mondiaux de la Paix, une annonce sans lendemain, une de plus ?

9 commentaires sur « Parrainage par la ville d’Oloron d’athlètes balmanais candidats aux JO 2020 de Tokyo : mais où est l’intérêt public local ? (chronique interrogative) »

    1. Le maire se défend d’avoir évoqué cette baisse des subventions municipales : d’après lui, c’est le journaliste qui a répercuté l’information qui avait mal interprété ses propos

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  1. J’espère que vous n’allez pas trouver aussi une subvention accordée au tennis-club d’Alès pour soutenir certaines carrières…sportives…….? 🙂

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    1. Non : j’ai trouvé une mission d’un agent de la commune d’Oloron à Alès (c’était en 2016), mais rien pour le tennis-club auquel appartient un éminent citoyen de cette cité

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        1. comme quoi la réalité dépasse parfois l’imagination. Allez, pour la peine je vous en dis un peu plus : cet agent municipal s’est fait rembourser par la commune 411,84 € au titre de frais de déplacement à Alès du 26 au 28 octobre 2016. Ce remboursement a fait l’objet du mandat n° 4802. L’ordre de mission, signé du maire, porte l’objet suivant : visite des carrières d’Alès.

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  2. L’ordre de mission, signé du maire, porte l’objet suivant : visite des carrières d’Alès.
    Peut être que c’ était pour établir un plan de carrière plein d’ avenir …..

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  3. La transparence est la seule arme réelle du citoyen contre la gabegie et les combines qui règnent dans notre mille feuille…
    Et ne comptez pas sur les journalistes locaux pour faire de l’investigation !
    Je lis dans les dépenses interdites celles liées a un transfert de compétence vers l’interco …rigolade. Ou ce qui ne relève pas de la compétence de la collectivité territoriale…
    Que dire de la subvention de 3 millions d’euro du Département des Pyr Atlantiques pour l’extension du stade du Hameau de la section Paloise ? (ainsi que celle de la Région !!!)
    Cet argent ne serait il pas mieux placé dans les EHPAD de la responsabilité du département ?

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