Fermeture de la maternité : l’heure des règlements de comptes entre élus a-t-elle déjà sonné ?


Ce vendredi, un point presse se tenait en présence d’une belle brochette d’élus : le député, le maire, un conseiller municipal d’opposition représentant une association de défense. Objet de cette rencontre au sommet : officialiser le dépôt devant le tribunal administratif de Pau d’un référé visant à obtenir la suspension de la décision de fermeture du service obstétrique du centre hospitalier prise par le directeur général de l’Agence régionale de santé.

Les journalistes, on le sait, sont gens de très mauvais esprit. C’est d’ailleurs dans ce métier une qualité professionnelle indispensable. Ils se sont donc plus à relever ou à commenter les propos tenus par le maire et le conseiller municipal au cours de ce point-presse. Des propos remplis d’amabilités et de bienveillance à l’adresse de la directrice du centre hospitalier, cela de soi, mais aussi vis à vis du président de la communauté de communes du Haut-Béarn, Daniel Lacrampe.

Florilège de ces piques et commentaires :

  • Robert Bareille dans Sud-Ouest: « Le président de la communauté de communes n’a jamais reçu la mairie ou le collectif santé pour évoquer cette question, quand, dans un second temps, l’institution relayait largement le communiqué de l’hôpital concernant la fermeture de la maternité et recevait la direction trois fois »
  • Hervé Lucbéreilh corrige quelque peu ce propos, toujours dans Sud-Ouest: « Il n’y a pas de désunion. Seulement des gens qui n’y croient pas »
  • La République titre ces « amabilités » de façon moins nuancée : « Les élus dézinguent le président de la Communauté de communes du Haut-Béarn et la directrice de l’hôpital »
  • Robert Bareille poursuit Daniel Lacrampe de sa vindicte, toujours dans La République: « … On l’a senti bien peu déterminé pour apporter son aide à la sauvegarde de la maternité »
  • Pour ne pas être en reste, Hervé Lucbéreilh envoie un missile. Le journaliste de La République précise qu’on ne sait pas s’il visait son premier adjoint (mais en réalité personne n’est dupe sur l’identité de sa cible) : « Il y a ceux qui se couchent devant la fatalité et ceux qui combattent. Nous, on ne lâchera rien ». Fermez le ban

Les oreilles de Daniel Lacrampe ont donc dû siffler hier. Au point d’être probablement contraint de consulter d’urgence l’oto-rhino de l’hôpital. Mais Robert Bareille et Hervé Lucbéreilh ont-ils vraiment tort lorsqu’ils mettent en lumière la très grande discrétion (à tout le moins médiatique) du président de la communauté de communes sur le dossier du devenir de l’hôpital ? Car il s’agit bien d’un dossier dont l’intérêt dépasse très largement les limites de la seule commune d’Oloron et les préoccupations de ses seuls habitants.

N’étant, pas plus que quiconque, un exégète de sa pensée (ce serait d’ailleurs peine perdue, un élu ayant par définition une pensée complexe), j’ignore tout du point de vue de Daniel Lacrampe sur le dossier de fermeture de la maternité.

Est-il persuadé depuis le début que l’issue sera fatale et qu’il ne sert à rien de faire comme si c’était encore jouable ? A-t-il choisi de rester dans le flou sur ses sentiments, sachant bien que l’on ne sort de l’ambigüité qu’à son détriment ? Cela étant, si Hervé Lucbéreilh et Robert Bareille avaient été un peu plus malins, ils l’auraient convié à leurs réunions publiques, rencontres ministérielles et séances de travail. Ils l’auraient ainsi mis dans l’obligation de se mouiller, de prendre parti. Ont-ils craint, ce faisant, qu’il prenne un peu de la lumière, à leur détriment ?

Voilà donc des élus qui affichent publiquement leurs discordances. Ce qui indique de façon claire qu’ils considèrent eux aussi que la partie est perdue. En effet, on attend toujours la fin de la partie pour régler ses comptes. Considérant la partie comme perdue, certains se mettent d’ores et déjà en quête de responsables et de boucs émissaires.

Cette désunion des élus n’est pas de bon augure face aux nouveaux défis qui se profilent à l’horizon pour notre territoire dans le domaine de la santé. Comment pourront-ils apporter leur petite pierre à la lutte contre la dégringolade de la démographie médicale, au maintien d’un service de qualité au centre hospitalier, à la réalisation de lieux d’accueil décents pour les personnes âgées etc. si, soit ils n’affichent pas clairement leur détermination, soit ils sont tout occupés à se tirer dans les pattes et à ciseler des petites phrases contre l’adversaire politique ?

Le temps est peut-être venu pour eux de mettre leurs egos dans la poche, un mouchoir par-dessus et de travailler ensemble. Cela ressemble à une évidence. Sauf pour eux. Mais l’homo politicus étant ce qu’il est, même à l’échelon local, ce n’est pas demain la veille que nous serons les spectateurs émerveillés d’une telle union sacrée.

9 commentaires sur « Fermeture de la maternité : l’heure des règlements de comptes entre élus a-t-elle déjà sonné ? »

  1. J’apporte un bémol quand même.
    Voir Messieurs Lucbéreilh et Bareille travailler ensemble pour la maternité, après avoir assisté à des conseils municipaux et à leurs échanges houleux prouvent bien que des élus arrivent parfois à s’allier pour un but commun malgré leurs différents, non ?

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    1. Oui. Sauf que, s’agissant du maire d’Oloron et du président de la communauté de communes, l’antagonisme n’est pas politique, mais personnel. C’est plus facile de faire travailler ensemble des personnes qui ont un différend politique que des personnes qui ont un différend personnel. Parce que, malgré leur différend politique, des personnes parviennent toujours à trouver un terrain d’entente sur tel ou tel sujet.

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  2. … C’est quand même bien français ce comportement. Quand ça va mal, on trouve toujours quelqu’un sur qui faire rejaillir la faute… On ne cherche pas à savoir pourquoi on en est arrivé là. Simple contribuable, je pourrais aussi dire à tous ces intervenants, que peut-être, s’ils avaient été plus clairvoyants, nous n’en serions pas là… Au lieu de se chicaner, tous devraient faire bloc… Les polémiques stériles destinées à sensibiliser l’électorat, les combats d’arrière-garde, les effets de manches, personnellement, j’en ai soupé !
    L’avenir c’est droit devant… Alors haut les coeurs !

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  3. Au lieu de se balancer des « amabilités » dans une guéguerre stérile « politico-personnelle » et chercher des coupables, le Maire et les élus territoriaux auraient pu se réveiller plus tôt et ne pas attendre septembre pour chercher des « gynécos » et consorts.

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  4. Je pense que jusqu’ à maintenant quand un Elu parlait aux Administrations, il était écouté et souvent elles répondaient favorablement à sa demande. Les Politiques et les Administration jouaient dans le même registre du  » toujours plus » et pour certains dans le même jardin que les Administrations, main dans la main.
    Aujourd’ hui ce n’ est plus le cas et nombre d’ Elus ne l’ ont pas compris. Aujourd’ hui l’ Elu se doit d’ avoir un projet bien  » ficelé » qui tient a route, avec des objectifs financiers réalistes. Nous sommes à la fin d’ une époque, les effets de manches et
    les tourniquets de bras, c’ est terminé.

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  5. « Ne pas prendre position », pour certains, c’est une habitude. Se retrancher derrière l’avis d’un technicien, ou taper en touche…. jusqu’à ce que l’affaire soit réglée, ou enterrée. C’est assez lamentable comme mode de gouvernance quand même (je trouve)…

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  6. Je reste pantoise quand je lis tout ça…..Messieurs (car c’est bien de vous qu’ils s’agit), on voit bien que ce n’est pas vous qui accouchez! Êtes-vous réellement conscients de ce que représente la fermeture de la maternité? Rien à battre des femmes et des enfants à naître? Donner la vie dans de bonnes conditions semblent devenu impossible, dans nos vallées (mais c’est pas grave, il y a toujours des matchs de rugby et la déviation fera gagner 10 mn sur la route vers Pau….10 mn sur un accouchement…mdr). Outre le fait que beaucoup de médecins ne se préoccupent que de leurs futures retraites (presque là), rackettent leurs clients à coup de carte vitale (pratique, la CMU qui paye tout, quand une grande partie de la population d’Oloron vit sous le seuil de pauvreté que les docteurs cachetonnent à tour de bras) et se prennent pour Dieu le père (seul, le médecin SAIT!).
    Il serait temps de remettre les choses en perspective: ON NE FAIT PAS DE BENEFICE AVEC LA SANTE!! (je sais, ça a l’air débile, par les temps qui courent de faire preuve de bon sens)
    On sent bien que tous ces politicards vivent dans un monde qui n’est pas le nôtre.
    Plus de maternité et un hôpital sacrifié induira la fin d’Oloron et de ses vallées qui ne deviendront que des villes dortoirs de la banlieue de Pau.
    Aucun jeune couple, avec ou sans enfant, n’acceptera de venir s’installer dans un désert médical où les impôts fonciers sont exorbitants et le travail inexistant ou précaire.
    On ne parle même pas de la fuite de nos jeunes vers des contrées plus clémentes.
    Comme d’habitude, les « moutons » oloronais laissent faire ou n’y croit pas.
    Comme d’habitude, les notables et les policards tirent la couverture à eux.
    A ce propos, il est où, Uthurry, le N°2 de la région? A part vouloir du bitume pour rendre service à Rousset, il la défend comment, notre maternité? Pire, Marylise Gaston, qui est pourtant une femme, n’en a que pour la déviation qui coûte, si je me rappelle bien, 77 millions d’euros (oui, je sais, ce ne sont pas les mêmes budgets et ce n’est pas comparable, comme disent tous nos politiciens, lol).
    On aurait pu sauver la maternité et l’hôpital avec 77 millions……
    Et que penser des 21 millions pour l’agrandissement de Leclerc? (c’est quand même l’argent des clients du supermarché qui permet les travaux…).
    Dans ce monde mercantile, tenu en laisse par les banquiers, les industriels et les politiques qui suppriment la santé et l’éducation pour tous, il n’y a aucune place pour l’humain.
    A ce rythme, oloron disparaitra bientôt sous les yeux ébahis des résidents de l’ex-établissement hospitalier devenu « l’hôpital des milles vieux », beaucoup plus rentable!
    D’ailleurs, la dirlo est payée pour ça, non?

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    1. … Lorsque vous dîtes « c’est à bien à vous Messieurs que je m’adresse », pourriez-vous préciser car en commentaire de l’article du bloggeur, personne, je dis bien personne, n’a dit le contraire de ce que vous avez écrit. Il serait vraiment bien de préciser…

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  7. Très bonne analyse que je partage pleinement, avec toutefois un regret qu’ il n’ y ai pas un Comité de Femmes d’ Oloron et ses environs afin de sensibiliser les responsables, femmes ou hommes politiques, avec à l’ appui un cahier de revendications. Vous êtes les premières à être directement concernées, donc aussi à vous de vous faire entendre sur vos besoins. Malgré notre bonne volonté
    d’ homme en soutien, aucun de nous ne peut mieux que vous faire valoir vos besoins spécifiques.
    Ce n’ est pas en restant une nébuleuse anonyme noyée dans une masse humaine
    revendicatrice qu’ avancera le problème, bien au contraire, les autorités jouent ainsi sur du velours. C’ est à vous de rencontrer la Directrice de l’ Hôpital et de lui exposer vos souhaits. Elle est aussi et avant tout une femme, elle vous comprendra.

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