L’exercice du pouvoir : un plaisir solitaire ?


Est-ce que je me trompe ou le maire est particulièrement présent sur le terrain médiatique en ce moment ? Il est certes des sujets de première importance sur lesquels on ne lui pardonnerait pas de rester silencieux : le devenir du centre hospitalier ou la réfection de la tribune d’honneur du stade sont de ceux-là. Mais il en est d’autres, beaucoup moins sensibles, qui permettraient à des adjoints de monter en ligne et de donner ainsi toute la mesure de leur talent. Rien de tel à Oloron, qui n’est d’ailleurs pas un cas unique en la matière.

Vous connaissez, vous, le nom des adjoints et leurs attributions ? Les citoyens qui assistent aux séances du conseil municipal les ont-ils une fois entendu exprimer une opinion sur tel ou tel dossier donnant lieu à débat ? C’est qu’ici comme dans beaucoup trop d’autres communes de France, l’équipe municipale n’a d’équipe que le nom. Il n’y a qu’une seule tête qui dépasse : celle du maire. Et si quelque autre élu s’avisait de relever la sienne, le premier magistrat se chargerait de le faire rentrer dans le rang. Non mais, qui c’est le chef ? Ainsi va notre monarchie républicaine : un monarque à l’Élysée et des roitelets dans les campagnes.

Résultat, le maire s’occupe tout seul de tout et du reste : l’emplacement de telle statue à tel endroit de la ville, la commande d’une œuvre à tel artiste qui a eu l’heur de lui plaire, les promesses en veux-tu en voilà à tous les quémandeurs qui franchissent le seuil de son bureau etc. etc. Oui, l’exercice du pouvoir municipal peut provoquer une ivresse qui ne saurait se partager. C’est un plaisir solitaire. Étonnez-vous dans ces conditions que toute tentative pour donner la parole aux citoyens, pour instaurer une forme de démocratie participative soit vouée à l’échec.

Mais il serait trop facile de faire porter le chapeau à une seule personne. Nous sommes tous responsables : les élus qui restent d’une passivité à toute épreuve alors qu’ils ne sont pas même consultés sur des décisions importantes dont le maire donne la primeur… à la presse locale ; chacun d’entre nous quand il croit lorsqu’il engage la moindre démarche « qu’il vaut mieux avoir affaire au bon Dieu plutôt qu’à ses saints ».

Il y a un risque dans cette concentration excessive du pouvoir entre les mains d’un seul. Car la gestion d’une commune comme Oloron implique de prendre des dizaines de décisions au quotidien. Un seul élu, quelles que soient ses qualités ne peut y suffire. Il s’appuie donc sur ce que j’appelle la « technostructure », c’est-à-dire des fonctionnaires municipaux qui acquièrent ainsi un certain pouvoir en lieu et place des élus. Ou bien il travaille entouré d’un tout petit cercle de fidèles auxquels ne viendrait pas une seconde à l’esprit l’idée de discuter une seule de ses décisions. Tout cela au détriment d’une certaine conception de la démocratie locale.

En 2020 (ou en 2021, ça dépend de l’année au cours de laquelle seront finalement organisées les élections municipales), j’attendrai avec impatience ce que les différentes « équipes » candidates proposeront pour que la gouvernance implique davantage l’ensemble des élus. De manière que, de plaisir solitaire, l’exercice du pouvoir devienne un plaisir partagé. À condition bien sûr que des dispositions soient prises pour que cette nouvelle gouvernance ne tourne pas pour autant à la pétaudière. Ainsi parole sera redonnée aux élus et non à un seul d’entre eux. On peut rêver, non ?

18 commentaires sur « L’exercice du pouvoir : un plaisir solitaire ? »

  1. C’est tellement vrai ! Au fur et à mesure que les années passent, et que mon caractère frondeur, nourri d’utopisme, équité et justice sociale, s’érode quelque peu… et j’ai de plus en plus conscience de vivre dans une monarchie, hypocrite bien sûr. Et histoire de « couronner » le tout, il n’y a pas que dans la vie publique que les roitelets font la roue… Vous avez les mêmes dans le monde de l’entreprise ! Et toutes les entreprises, même celles ayant un but social… Celles que l’on pensait empreintes de valeurs humaines, et donc logiquement échapper au despotisme et à la bêtise. Le management participatif a pourtant fait ses preuves, rien n’est mieux pensé ou organisé que par les personnes qui y sont confrontés… Mais ce serait sans compter sur l’appétit inaltérable de pouvoir et de hiérarchie qui caractérise l’espèce humaine (cf « l’humanité disparaîtra, bon débarras ! de Paccalet).
    Mais ne nous trompons pas, face à cette évidence, restons soi-même, optimistes, et luttons à contre courant dans notre vie à nous. Vive la démocratie, par le bas !

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  2. Malheureusement Monsieur Adam , je crains que les maires ( j’étendrai aussi cela à tous les élus qui exercent une fonction de président ) sachent s’entourer d’élus ou de nommés qui ne leur fassent pas d ‘ombre.
    Ce sont eux les chefs et ils n’aiment pas partager le pouvoir , tout est fait pour qu’ils soient valorisés .
    J’ai connu le cas d’un maire qui ne signait les demandes de subvention que si elles étaient accordées , les refus à l’adjoint! Et tout était configuré de cette manière a fin que le maire soit valorisé.
    Achats de voix en accordant des subventions à des associations influentes , repas organisés pour les personnes âgées , achats d’équipements sportifs avec une caisse noire , basses tâches faites par des hommes liges etc….
    Et tout cela dans le but d’une ré-élection!
    Nous ne sommes pas sortis de l’achat des votes.
    Comme avait dit l’épouse d’un artiste: » Nous avons les dirigeants que nous méritons »
    Quand donc allons-nous sortir de ce cercle vicieux où le maire , le président cesseront de régner en autocrates.L’état est dirigé par une oligarchie clamant se dévouer pour le bien de la nation……parait-il.En province de petits potentats agissants et se dévouant à leur circoncription.
    Ou les joies de la démocratie avec des élections au suffrage majoritaire mais on n’a pas trouvé mieux!
    Je crains que ce vous souhaitez ne soit pas à l’ordre du jour mais cela me navre

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    1. Ces petits arrangements que vous constatez comme moi, ils appellent ça « faire de la politique » ! Ce qui me navre, c’est moins le constat (puisque nous en convenons tous) que son côté fataliste. Nous avons trop tendance à penser : ça se pratique partout et ça a toujours existé. Non, il doit bien exister des maires et des présidents qui ont une autre conception de la gouvernance. Le tout est de les trouver et de savoir s’inspirer d’eux. Cette démarche intellectuelle, il revient aux jeunes générations, à celles qui n’ont pas été encore trop façonnées par les pratiques électoralistes, de l’initier. J’ai bien conscience du caractère utopique de mon propos. Mais c’est à eux qu’il appartient savoir faire d’un rêve une réalité.

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  3. que dire de plus à ce constat…..je signe des deux mains.

    Jeune adolescent ma mère me disait qu le chewin gum collait les intestins et que le plaisir solitaire rendait sourd…;Pour ce dernier cas je connais un élu très pratiquant

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  4. Demander le programme !!!
    Euh, non!!faite le vous même ! Les maires et les présidents d’associations, seraient de « grands mâles blanc dominants » ?

    Pourtant, ce sont des personnes à qui nous avons confié le pouvoir !?
    D’autres alternatives sont elles possibles ?
    Oui! Reprenons notre place de citoyens. Présentons nos propres candidats ! Des candidats qui représentent les citoyens !
    Écrivons notre projet de ville ! Que voulons nous, pour notre territoire ?
    C’est ce que le collectif citoyens met en œuvre afin de préparer les élections municipales de 2020
    Venez nous rejoindre ! collectif.citoyen64@gmail.com
    Arrêtons de croire aux promesses. N’attendons pas que nos enfants se conduisent en adulte, montrons leur l’exemple !
    Je vois Joël que tu oses rêver.. voilà une route joyeuse pour changer le monde !
    Vive l’utopie 🙋

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  5. A Serge, à Joël, aux lectrices et lecteurs d’Oloronblog.

    J’ai vécu 2 campagnes municipales; 2008, puis 2014, et l’exercice d’un mandat comme conseiller municipal (et président d’une commission). Je pense que le témoignage de mon expérience permettrait d’enrichir la réflexion sur la démocratie locale, et l’engagement « citoyen ».
    Je trouverais d’ailleurs assez sain que davantage d’ex-élus partagent leur sentiment là-dessus afin d’éviter :
    – d’une part les caricatures de ceux qui imaginent comment ça se passe (mais ne savent pas vraiment..)
    – le prosélytisme de ceux qui visent une réélection à tout prix et se présentent d’emblée comme des modèles
    – et d’autre part le risque de refaire exactement ce qui a déjà été fait, en croyant que rien n’a été fait ou essayé avant…

    L’idée est bien de questionner le fonctionnement : de regarder ce qui a pu marcher,
    ce qui n’a pas marché, et en aucun cas de critiquer les orientations politiques, ni les personnes.

    Que faire de cela? Une réunion..? Un débat..? D’autres élu(e)s auraient-ils envie de témoigner de leur expérience……?

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    1. Je crois que tous ceux qui sont passés par un mandat municipal ont une idée, ou des idées, sur ce qui pourraient améliorer le fonctionnement de la collectivité. Question : pourquoi ne parviennent-ils pas à faire passer ces idées ?

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  6. Quand je parle de questionner le fonctionnement, peut-être n’ai-je pas été assez précis : je me cantonne à la manière dont les gens souhaitent faire fonctionner la démocratie localement. Elus « entre eux », et « hors » d’eux si je puis dire.
    – Dans le contexte d’Oloron, et non d’une collectivité en général car je pense que cela peut être bien différent d’une commune à l’autre, qu’elle soit plus riche, ou plus grande, ou plus urbaine, plus ancienne, etc….
    – Avec les antécédents que l’on connaît (le mandat en cours, le précédent, le premier mandat du maire actuel qui était différent de celui-ci, et même avant si l’on veut).
    Je ne doute pas que tous les élus aient des idées sur comment améliorer le fonctionnement d’une collectivité.
    En matière de démocratie oloronaise, il me semble qu’il y a eu des avancées, des reculs, des abandons, des échecs, et peut-être quelques réussites. Il me paraîtrait normal de commencer par faire l’inventaire. Ca donne une base ancrée dans le réel, et ça peut éviter quelques erreurs déjà commises par le passé. Je propose une piste, c’est tout…

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  7. Peut-être serait-il opportun de demander l’avis des plus démunis qui représentent 50% de la population d’Oloron?
    En effet, je constate avec effarement de la duplicité de nos élus mais pas que. Le business de la pauvreté a de beaux jours devant lui, il suffit de voir la corruption qui ronge les instances caritatives de notre ville.
    Là dessus, le bon Dr Macron nous passe au rouleau compresseur administratif pour se débarrasser de nous (et je pèse mes mots): augmentation de la CSG, suppression des APL, loi travail rendant tout salarié esclave de son patron, baisse des donations aux collectivités, fin des contrats aidés, flicage systématique des chômeurs (ça n’a jamais créé d’emploi, lol) et j’en passe. Tout cela stigmatise un peu plus les indigents, montrés du doigt et jugés « délinquants » par le citoyen lambda comme par les oligarques (feignants, profiteurs, fouteur de bordel).
    Mais, depuis quand la pauvreté est-elle réprimable et sanctionnable?.
    A contrario, suppression de l’ISF, du CICE au taquet sans aucune contrepartie, une évasion fiscale démesurée fomentée en partie par l’état (80 milliards annuel…en regard de la fraude aux allocs qui représente 100 millions…C’est qui les profiteurs?)
    Je suis toujours sidérée de voir que nous sommes, à ce point, invisibles quand nous représentons la moitié de la ville. Les élus, comme les AS et la population « friquée » d’Oloron, nous traitent comme les bonnes dames patronnesses du 19ème siècle, donnant d’une main, reprenant de l’autre et marchant au délit de faciès; pire, tous ces braves gens veulent faire notre bonheur malgré nous et ne nous concertent jamais, lol, comme on déciderait pour un enfant malade à qui on fait la leçon.
    Chacun s’accroche à ses acquis, par ces temps d’instabilités que nous traversons; Macron prépare la nouvelle crise financière que nous sommes en train de prendre de plein fouet, lui et ses amis seront à l’abri. Il en sera de même pour tous les magouilleurs qui piquent dans la caisse, jamais inquiétés.
    Mais que va-t-il advenir de nous?
    Hier, j’ai reçu un courrier m’annonçant que le tarif social d’énergie est supprimée pour être remplacé par un chèque « énergie » dont nous pourrons bénéficier…… au printemps 2018! (à condition d’en faire la demande….)
    Du coup, cet hiver, nous ne nous chaufferons pas, n’étant pas en capacité d’avancer la totalité de la facture.
    Ce mépris de classe nous tuera tous!
    La gestion de la commune? Confiez-la donc à ceux qui savent faire avec le peu qu’ils ont et que vous ne voyez pas ou que vous ne voulez pas voir.

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    1. Et je rajouterais à votre démonstration la suppression rapide du cash pour éviter soi disant la fraude ( ramoneur, marchand de bois ou de légumes….) alors que les transactions financières douteuses se font à la nano seconde par le biais de l’informatique

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  8. @Gauthey vous parlez de quoi exactement dans cette phrase ??? : « je constate avec effarement de la duplicité de nos élus mais pas que. Le business de la pauvreté a de beaux jours devant lui, il suffit de voir la corruption qui ronge les instances caritatives de notre ville. »

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    1. Si vous étiez usager des services sociaux et des organisations caritatives de la ville (restos, codda, croix rouge, etc….) vous sauriez de quoi je parle. Il me semble que l’on doit donner à tout le monde à part égale, sans discrimination, ni jugement.
      Or, une bonne partie des bénévoles n’est là que pour satisfaire sa propre gloriole vis à vis de son entourage ou de la mairie et exercent à outrance le peu de pouvoir dont ils se sentent investis.
      Quand on fait du bénévolat, on ne s’en vante pas à tout bout de champs en envoyant en pleine face aux bénéficiaires que, « si on est là, c’est pour vous! »
      Ces gens attendraient-ils qu’on leur baise les pieds pour les remercier de nous « nourrir » avec les dons d’autres personnes? Qui les a forcé à être là?
      On voit bien qu’il ne savent pas ce que coûte le fait de courber l’échine, les uns suivant les autres, et tendant un sac vide pour nourrir les siens; ce n’est déjà pas digne, mais le mépris affiché de certains bénévoles finissent par venir à bout des résistances les plus solides.
      exemple: pour avoir fait plusieurs collectes pour les restos et la codda, je constate que les donateurs offrent des produits dits « de luxe ».
      Ces produits, je ne les ai jamais vu redistribués. En fonction de votre état (en larmes ou non), on vous donne plus de ceci ou de cela (un litre de lait, un paquet de gâteaux)….Comme si cela pouvait adoucir la misère dans laquelle vous êtes, alors que vous souffrez déjà d’être là à être nourri par la charité publique. Un jour d’inscription (et, surtout, ne ratez pas la date sous peine de grosse engueulade des responsables) une bénévole des restos a fait croire à l’une de mes amies que, comme elle bénéficiait des restos depuis plusieurs années, il serait temps qu’elle laisse sa place à d’autres; « mais, bon, pour cette fois, elle la fera passer », comme si elle lui faisait une faveur!!
      Renseignement pris auprès du siège social des restos (pour rassurer la copine affolée), tant que le bénéficiaire est nécessiteux, pas de limite de temps.
      Coluche doit faire des loopings dans son cercueil!
      Je passerai outre les colis que l’on voit rentrer chez les patrons d’asso, mais, bizarrement, jamais ressortir.
      Personnellement, malgré ma grande précarité, je n’y vais plus. J’ai préféré réduire ma nourriture à un seul repas par jour pour ne plus avoir à faire avec eux. Je connais beaucoup de pauvres gens qui prennent sur eux pour y aller (et dieu sait si ça leurs coûtent!) car ils n’ont pas le choix. D’autres, plus dignes ou plus culottés, préfèrent voler….Et cela ne va pas aller en s’arrangeant.
      La pauvreté est un business dont se nourrisse certains charognards, mais, quand on est pas dans le « circuit », on ne peut rien voir.
      Pendant ce temps-là, le citoyen lambda se dit: heureusement qu’il y a des associations pour s’occuper des miséreux, lol.

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  9. Je n’ai pas le même regard que vous là-dessus, mais je ne mets pas en doute ce que vous évoquez. Ca m’intrigue d’ailleurs. Mais faut-il pour autant voir le monde ainsi ? Attention à la spirale qui mène vers la haine… Déjà l’individu lambda n’y peut pas grand chose, car celui qui n’est jamais tombé ne sait rien de la chute (et je sais de quoi je parle, croyez-moi). Ensuite, chaque association fonctionne avec des bénévoles dont certains ont des responsabilités : les administrateurs. Peut-être même quelques salariés. Avez-vous essayé d’en parler avec eux ? Ce serait un moyen d’y voir plus clair et de condamner les abus s’il y en a. Bien sûr que cela coûte d’aller « demander ». Mais la grande majorité des bénévoles ne font que tenter d’aider comme ils peuvent, Insulter ceux qui donnent à minima de leur temps est-ce la bonne solution ? Même s’ils peuvent parfois le faire maladroitement. De tout façon la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit… La manière de donner doit être saine, je suis d’accord. Mais, et n’y voyait rien de polémique, la manière de recevoir doit l’être aussi. Pour ça il faut être en paix avec soi-même.

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