Vidéosurveillance = flicage des délinquants… et des non-délinquants ?


Ce n’est pas beau de se moquer. C’est pourtant ce que je vais faire en introduction de ce billet. Sous le titre « Revoilà les caméras », Sud-Ouest consacre son article oloronais de ce samedi à la remise sur le tapis de l’installation d’une vidéosurveillance en ville. Je ne résiste pas au plaisir de reproduire ci-dessous un extrait du premier paragraphe de cet article.

Éluder

Ainsi nos gendarmes voudraient « éluder » certaines affaires ? On accuse les gendarmes de bien des maux, mais il ne faut tout de même pas exagérer. Il reste que les raisons de ce dérapage sémantique de notre journaliste restent à « élucider ». À charge de revanche, Etienne. Revenons maintenant au sujet de fond de l’article.

La question de la mise en place d’une vidéosurveillance ne date pas d’aujourd’hui. Je rappelle tout de même qu’un crédit de 120 000 € avait été inscrit au budget municipal 2017 pour mettre en place dès cette année les premières caméras. Or, sur proposition du maire, ces 120 000 € ont été supprimés du budget le 28 septembre dernier. Preuve qu’il y a un mois seulement, il n’y voyait pas d’urgence

Et puis, brusquement, à la suite de deux faits divers, voilà qu’il parle de les réinscrire l’an prochain au budget. D’une part cette valse-hésitation fait quelque peu désordre, d’autre part, elle illustre une fois de plus que nous sommes confrontés à une gouvernance municipale qui relève agit sous l’emprise de l’émotion immédiate (« vous êtes inquiets, je suis votre chef, donc je vous suis ») que de la réflexion.

Il faut en effet raison garder :

  • Ce ne sont pas deux faits divers rapprochés, aussi graves soient-ils, qui démontrent une « montée de l’insécurité » (pour reprendre les termes du journal Sud-Ouest) à Oloron Les chiffres dont disposent les gendarmes attestent qu’il n’en est rien. Donc nourrir le sentiment d’insécurité ne participe pas d’une bonne politique
  • Rien ne permet non plus d’affirmer que la présence de caméras aurait permis d’éviter ces deux agressions, d’autant que l’une d’entre elle est survenue dans une enceinte privée

Est-ce que la mise en place de ce dispositif de vidéosurveillance se justifie ? J’ai tendance à croire qu’il n’aura probablement aucun effet dissuasif. Car les délinquants s’arrangeront toujours pour commettre leurs méfaits loin de l’œil des caméras. Mais le méfait une fois commis, elles peuvent avoir leur utilité, en repérant par exemple en d’autres points de la ville des mouvements de véhicules inhabituels etc.

Donc, si la vidéosurveillance permet d’« élucider » (Etienne) ne serait-ce qu’un seul acte délictueux, il serait dommage de ne pas l’installer. Reste la question de la gestion du système. Une personne très impliquée dans le projet m’a affirmé qu’il n’était pas question que quiconque (élus ou fonctionnaires municipaux) accèdent au visionnage des enregistrements des caméras. Seuls les gendarmes seraient habilités… dès lors qu’une infraction aurait été commise.

Or le maire déclarait tout autre chose dans La République du 8 juillet 2015 lorsqu’il annonçait que la mairie envisageait d’installer 12 caméras en 2016 (!). Il précisait en effet : « Cela permettrait aux futurs agents municipaux d’effectuer des débuts d’enquête, qui pourraient par la suite faciliter le travail de la gendarmerie ». J’aimerais bien qu’à un moment nous ayons une position très claire de la municipalité sur le sujet. Car les citoyens ont le droit d’être informés de ce genre de dispositions qui concernent tout de même les libertés publiques.

23 commentaires sur « Vidéosurveillance = flicage des délinquants… et des non-délinquants ? »

  1. Ce que je remarque surtout dans cette agitation soudaine, c’est l’utilisation d’une association toute fraiche, qui n’a en tout que ses trois membres fondateurs, et que l’on place en avant de ce discours sécuritaire… D’ailleurs, sans vouloir dénigrer cette association dont l’intention est louable, je rappelle que l’accompagnement des victimes suppose un certains nombres de capacités que cette asso n’a pas. Pour cela il existe l’APAVIM (il y en a une à Pau, qui fait des permanences à la mairie), qui intervient avec des juristes et des assistants sociaux. Quiconque dépose une plainte reçoit normalement un dépliant de cette association nationale.

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    1. Bonjour,étant l’une des trois membres fondatrices de la dite association je me permets de vous répondre,donc premièrement nous ne sommes pas journalistes et n’ecrivons pas les articles,ils ne disent pas clairement notre rôle et j’entends donc bien votre inquiétude sur nos ‘incompétences’,l’APAVIM est une super association et la notre n’a pas le même rôle au contraire on va travailler avec eux,notre rôle a nous est juste de libérer la parole,car il est souvent plus facile de parler à des personnes qui ont vécu la même chose que vous plutôt que parler à des gens professionnels qui ont certes une formation…mais qui n’ont pas vécu ses mauvaises expériences…

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      1. Et deuxièmement,nous ne sommes pas dupes loin de la et savons que l’association est mise en avant juste pour imposer cette Vidéosurveillance et non pour nous soutenir exclusivement!

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      2. Je voudrais souligner un fait qui a de plus été dit lors de la réunion du CLSPD,les chiffres ils sont bien beaux mais qu’en est il de toutes les violences non déclarées?elles n’apparaissent pas voilà la vérité,ok Oloron c’est pas une ville avec beaucoup de délinquance au contraire même,il n’y a qu’un groupe d’individus qui pose problème et le réel soucis est le caractère des agressions qu’ils commettent non le nombre d’agressions,si ça continu ils tueront quelqu’un,pas besoin de beaucoup d’agression pour que l’on se sente en insécurité il suffit juste de voir de quoi ils sont capables…

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  2. Lors de l’émission « CASH INVESTIGATION », Elise LUCET face au ministre de l’intérieur 2009-2011 Brice Hortefeux, pointait du doigt que dans le cadre de la vidéosurveillance « les atteintes aux personnes ont bien augmenté de 25,8% dans les villes ayant la plus forte densité de caméras (supérieure à une caméra pour 1 000 habitants) »
    Libé s’est fait le porte-parole du ministre et a retrouvé le rapport en question qui porte sur la période 2000-2008. Sauf qu’on ne peut pas en conclure que les agressions augmentent plus vite dans ces villes que dans les autres. Car lorsqu’on regarde les statistiques des villes ayant moins de caméras (dont la densité est d’une caméra pour plus de 2000 habitants), l’augmentation des atteintes aux personnes est encore plus forte : +44,8%.

    Qui a raison ?

    Conclusion de Libé : « Opposer des faits aux affirmations des politiques est assurément un des grands défis dans l’interview politique. A condition que les journalistes n’empruntent pas aux politiques leur rouerie et leur vilaine manie de piocher dans un rapport le seul chiffre qui les arrange ».

    Conclusion du Contribuable : « Qui ment ou Qui a intérêt à mentir ?  »
    Vidéo : (Brice Hortefeux sous le feu des questions d’Elise Lucet – Cash investigation)

    Néanmoins si l’on va plus loin dans notre démarche sur la recherche de la vérité, l’on s’apercevra qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

    Toujours l’émission « CASH INVESTIGATION », Elise LUCET, interroge lors du salon des maires Bernard CHAUMEIL Directeur développement institutionnel COFELY INEO (GDF SUEZ). Leader européen dans la vidéo surveillance des villes.

    Le chiffre d’affaire d’INEO entre 2007 et aujourd’hui à augmenter de +585% passant de 9 à 60 Millions € par an, marché très juteux.

    « Acteur majeur du génie électrique, des systèmes d’information et de communication et des services associés, Cofely Ineo propose à ses clients publics et privés des solutions globales depuis la conception jusqu’à la maintenance.
    Cofely Ineo fait partie de la branche dédiée aux services à l’énergie BtoB, le leader européen des services multitechniques, qui emploie 95 000 collaborateurs et réalise un chiffre d’affaires de 15,7 milliards d’euros. C’est l’une des cinq branches d’activité d’ENGIE, l’un des premiers énergéticiens au niveau international ».

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  3. Bonjour,
    personnellement, n’ayant rien ni à me reprocher, ni à cacher, ce genre de dispositif ne me dérange pas (pour ceux qui hurlent à l’atteinte à la vie privée, je rappelle que Google est capable aujourd’hui de nous regarder le fond du slip et tout le monde trouve cela normal…) mais à condition qu’ils soit placé à des endroits judicieux (les sorties de bars où l’insécurité existe, les sorties d’école, où l’insécurité ne doit pas exister, etc…) et pas, comme certains radars sur les routes, à des endroits où cela permettra de faire rentrer du fric dans les caisses (en filmant par exemple des endroits où les gens se garent mal sans que ce soit accidentogène pour autant et en pouvant relever leur immatriculation ou en pouvant envoyer en temps réel des forces de l’ordre verbalisantes…).

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    1. Je ne remets pas en cause la mise en place d’un dispositif de vidéosurveillance. Ce que je demande simplement, c’est de connaître les règles du jeu et notamment le processus de consultation de visionnage des images captées par les caméras

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  4.  » qui relève agit  » ? Loin de moi l’idée de me moquer, mais pour une fois qu’on peut prendre en défaut l’excellent blogueur qui souligne la faute d’un non moins brillant journaliste…

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  5. D’abord comme je l’ai rappelé dans un echange precedent, les stats de delinquance nationale diffusées par le figaro montre que les PAs sont au niveau de la lozere pour la delinquance, donc pas vraiment l’enfer de la peur. Et encore les stats en detail montrent que les actes delictuels sont surtout le fait des grandes villes. Pour ce qui est du système lui meme, vous avez des smartphones et vous savez que vous pouvez les utiliser pour de l’ecrit, de la voix, des images ( fixes et animées( camera)) avec des couts modestes. C’est le propre de la technologie IP que de permettre de tout passer dans le même tuyau à bas cout. on se demande alors pourquoi la ville d’oloron continue de traiter separement les informations? En effet l’appel d’offre pour l’eclairage public n’integre pas la video????sans doute pour multiplier les depenses….Ensuite penser que quelques cameras sans personnel devant le mur d’images vont permettre d’eradiquer la violence, c’est une vue de l’esprit. si « on » connait les fauteurs de trouble, pourquoi n’y a t il pas d’intervention des forces de l’ordre accompagnée de depot de plainte?

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  6. Je voudrais évoquer la différence entre la globalisation et le local. Oui c’est vrai que Google et consorts regardent au fond de mon boxer (tant pis pour eux), mais de tellement lion, et tellement noyé au fond d’une foultitude de fonds de culottes qu’il n’y a guère de chance que je fasse la une un jour. Par contre, des images prises en local par des personnels et des instances dans lesquels je n’ai aucune confiance, ce n’est pas du tout la même chose. Et pourtant je n’ai à qu’à me reprocher une chose : déplaire à cette instance justement. Alors Jean ?

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  7. Pour mémoire, il y a 2 ans, une amie s’est faite « casser la figure » par son compagnon, pervers narcissique. Cela s’est passé dans un lavomatic (vide) qui possédait une surveillance vidéo. Le monsieur a appelé les flics pour leurs dire qu’il avait laissé sa copine seule et qu’il l’avait retrouvée comme ça. Sans la vidéo, c’était sa parole à elle, contre celle du type qui ne manquait pas de toupet. Il a été arrêté et mis en prison. 3 mois plus tard il était dehors, alors qu’il n’aurait jamais dû sortir. D’ailleurs, il est à l’ombre, actuellement, pour des faits similaires.
    Les caméras de télésurveillances ne servent qu’aux avocats et aux gendarmes mais quand c’est trop tard! La copine a eu le nez cassé et se rappelle de ce qui lui est arrivé à chaque fois qu’elle se regarde dans un miroir.
    Personnellement, je n’ai rien à me reprocher non plus, mais je ne cautionne pas cette parano qui consiste à penser que les caméras vont faire peur aux voyous, lol!
    C’est la pauvreté et la misère qui poussent les gens à la violence, au vol, au cambriolage. Plutôt que de s’en remette aux associations, aux AS et aux gendarmes, nos édiles devraient se poser les bonnes questions et traiter les causes, et non les effets, d’une politique générale qui maltraite et stigmatise les plus démunis.
    Des caméras de surveillance? Du sparadrap sur une jambe de bois!

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    1. «  »C’est la pauvreté et la misère qui poussent les gens à la violence, au vol, au cambriolage » »

      pas seulement il existe des gens violents ou caractériels par nature uniquement sur le rapport de forces comme il existe des troubles comme la cleptomanie. Des gens riches peuvent voler ou détourner comme un art de vivre Comme il existe aussi des fainéants préférant vivre de rapines. ou de trafics.

      Sil suffisait de donner de l’argent et un toit pour supprimer toute délinquance ça se saurait.Pauvreté et misère peuvent seulement être des facteurs aggravants

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  8. « quand on a rien à se reprocher »…

    le probleme est que ce n’est pas vous qui déciderez que l’on a rien à vous reprocher mais un tiers. Et cela dans des périodes troublées change tout..

    Et quand on voit que des gendarmeries ne disposent pas de vidéo surveillance et sont attaquées..

    Niveau délinquance j’ai eu des échos du corps médical ayant de plus en plus affaire à des gens troubles pour rester dans le politiquement correct.

    alors faut’il rester dans le statu quo ou devancer une délinquance à venir ( car croire sur des stats que l’on sera à l’abri…) par des caméras, je n’en sais rien

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  9. petit retour d’expérience : j’ai longtemps dans des quartiers réputés « sensibles », équipés en vidéosurveillance, notamment devant les structures de quartier. Les trafics s’y faisaient dès qu’il y avait un peu de pénombre, avec casquette et capuche, toujours le dos tourné aux caméras (largement repérées). A ma connaissance, ça n’a jamais permis d’enrayer quoi que ce soit, ni d’embastiller quiconque. Ca peut servir pour aider une victime à prouver sa bonne foi, mais en prévention que dalle.

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  10. A Nice, ville truffée de caméras vidéo, un camion fou a foncé sur la foule du 14 juillet (on le voit bien sur les vidéos).
    En quoi cela a-t-il aidé pour empêcher ce carnage?
    En rien!

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