Le maire enterre la démocratie participative sans tambour ni trompettes


Avec la nouvelle municipalité issue des élections de 2014, on allait voir ce qu’on allait voir. Finie la gestion à la papa où élus et fonctionnaires municipaux administrent la cité dans leur petit coin sans que les citoyens n’aient voix au chapitre. Des citoyens que l’on est malheureusement bien contraint de consulter une fois tous les six ans.

Mais l’équipe Lucbéreilh 2014, va tout changer, on vous le promet. Les citoyens vont être pleinement associés aux principales décisions qui les concernent. Voici un rappel de quelques-uns des engagements qui avaient été pris à ce sujet. Ils sont tirés mot pour mot du programme sur lequel l’équipe Lucbéreilh a été élue :

Commissions transparentes : pour en finir avec l’opacité et le clientélisme qui règnent dans certains domaines, des commissions seront créées associant élus, habitants, associations… notamment pour :

  • Attributions des logements sociaux
  • Recrutement de catégorie C dans le personnel communal
  • Examen des permis de construire

Comité d’éthique : composé de citoyens tirés au sort (comme pour les jurys d’Assises) et de personnalités associatives qualifiées, il sera chargé de prévenir les conflits d’intérêt

Démocratie participative : elle sera développée par :

  • Reprise de la visite hebdomadaire des quartiers par les élus
  • Création d’un conseil municipal Jeunes
  • Augmentation des moyens des comités de quartier
  • Généralisation des concertations publiques

Une fois élus, nos candidats se sont bien entendu empressés d’oublier l’essentiel de ces promesses.

Et puis il y a le Cesel, le Conseil économique, social et environnemental local. Ah, le Cesel, outil de démocratie participative s’il en est ! La délibération du 5 octobre 2015 décidant de sa création, nous apprend que « Le Cesel émettra des rapports, des études ou des avis sur toutes les questions relatives aux compétences de la ville lorsque le maire souhaitera recueillir l’éclairage des représentants de la société civile ». Las, en deux ans de fonctionnement, le maire n’a pas jugé utile de le saisir du moindre projet.

Une attitude qui conforte le sentiment des élus de l’opposition qui, le 5 octobre, n’avaient pas souhaité participer au vote du conseil, estimant qu’il n’était pas envisagé en l’espèce la création d’un vrai outil de démocratie participative. Une attitude qui conforte également le pressentiment du blogueur qui avait publié dès le 28 septembre 2015 un billet intitulé : « Démocratie participative à l’oloronaise : chronique d’une mort annoncée ? ».

Résultat des courses : les membres du Cesel étaient plus de 80 au moment du lancement du Conseil, puis, vu le peu de cas qui était fait de leur action, leurs rangs ont fondu à vitesse grand V. Et ils n’étaient plus qu’une poignée à assister le 6 octobre dernier à l’assemblée plénière au cours de laquelle le maire, constatant l’échec de l’expérience (sans pour autant sa part de responsabilité dans cet échec), leur a annoncé sa décision d’y mettre fin et de dissoudre le Cesel.

Pour le coup, voilà une dissolution en catimini, ,sans tambour ni trompettes, sans qu’il ait été jugé utile de convoquer un point presse, de mettre en ligne un article sur le site internet (où les pages sur le Cesel sont encore actives) ou un reportage sur le Web TV. Un enterrement sans fleurs ni couronnes.

Petite remarque d’ordre juridique : en application de la règle dite du parallélisme des formes, ne n’est pas au maire de décider de la dissolution du Cesel. Cette décision revient à l’organe qui a décidé de sa création, c’est-à-dire au conseil municipal. Et si la question vient un jour à être inscrite à son ordre du jour (on sait en effet que le maire a tendance à s’asseoir sur les règles), il est à souhaiter qu’elle donne l’occasion aux élus de sérieusement débattre de leur conception de la démocratie participative et des dispositions qu’ils comptent mettre en œuvre pour que les engagements de 2014 soient enfin tenus.

Résultat de ce naufrage : de plus en plus d’Oloronais considèrent que c’est en dehors d’un cadre institutionnel que la démocratie participative donne sa pleine mesure. De multiples initiatives et réflexions sont engagées. Utopiques pour certaines, concrètes pour d’autres, elles témoignent toutes d’un même souci : la gestion et l’animation d’une cité ne doivent plus être la seule affaire d’une poignée d’élus qui n’ont de compte à rendre à personne durant leur mandat.

5 commentaires sur « Le maire enterre la démocratie participative sans tambour ni trompettes »

  1. Bonjour,
    Voilà un bien triste enterrement…..Mais à l’instar d’une liste citoyenne qui s’emploie à se structurer. On verra avec le temps…
    Le blog ne pourrait-il pas, dans un 1er temps et en complément de tout ce qu’il ressert déjà, instaurer une démocratie participative spontanée ?
    De multiples suggestions peuvent y etre receuillies et y figurer (pour celles et ceux qui n’ont pas Internet ou qui ne sont pas abonnés).
    Bien cordlt et bonne continuation
    Philippe

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    1. Bonjour Philippe,
      Et merci de ce message.
      Sur le blog, les commentaires sont ouverts à toutes celles et tous ceux qui ont quelque chose à dire (critique, mais aussi proposition) sur la gestion locale. À elles et à eux de s’y coller !
      Cordialement,
      Joël

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  2. Monsieur Adam je vous félicite quant au travail que vous faites avec ce blog ,votre travail d’information est à reconnaître et à apprécier.
    Vous faites le travail des feuilles de chou locales , car nul travail d’investigation comme vous le faites n’est à mettre à leur crédit;
    Alors que vous pourriez rester tranquillement dans votre coin , couler une retraite heureuse sans l’inimitié que vous soulevez en révélant certaines choses.
    Vous nous donnez également une vision du fonctionnement d’une collectivité côté élus ,comme on s’assoit sur les promesses ,que certains maires exercent un pouvoir quasi autoritaire avec le complet assentiment de leurs co-listiers choisis sur mesure pour ne pas contester(l’exemple vient d’en haut….)
    Il serait intéressant que quelqu’un puisse vois seconder dans ce travail.
    Dommage que votre action reste cantonnée à la seule ville d’Oloron ,
    Bravo continuez!!!

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    1. Merci de ce message, Monsieur Loustaunau-Berho.
      Nous sommes nombreux à souhaiter comme vous que les journalistes soient un peu plus incisifs, à l’image de ce que faisait Pierre Claverie lorsqu’il était correspondant local. Mais c’était une autre époque. La presse quotidienne régionale est aujourd’hui dans une logique économique qui la contraint d’adopter sur tous ces sujets une attitude neutre (quand elle n’est pas complaisante) à l’égard des pouvoirs municipaux en place.

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  3. « Utopiques » « La poursuite d’une chimère.

    Dans le langage courant actuel, « utopique » veut dire impossible ; une utopie est une chimère, une construction purement imaginaire dont la réalisation est, a priori, hors de notre portée. Or, paradoxalement, les auteurs qui ont créé le mot, puis illustré le genre littéraire inventé par Thomas More en 1516, avaient plutôt pour ambition d’élargir le champ du possible, et d’abord de l’explorer. »

    Un effort d’imagination pour explorer le possible

    Peu à peu, en particulier lorsque l’idée de progrès devient un principe de compréhension de l’histoire humaine, la notion d’utopie apparaît, non plus comme le résultat volontariste de la décision de réformateurs soucieux du bien humain, mais comme ce vers quoi tend le processus historique. »

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