Droit de vote des femmes : Oloron à l’avant-garde


Billet en forme de clin d’œil de l’Histoire en cette veille d’élection. Pour évoquer le droit de vote des femmes. Un billet qui apprendra peut-être à certains Oloronais que leur commune a été l’une des premières de France à se prononcer en faveur de l’octroi de ce droit à celles qui représentent plus de la moitié de la population de notre pays. Revenons sur cet épisode.

Lors de sa séance 16 juin 1914, la Chambre des députés (ancêtre de notre Assemblée nationale) ordonne la reprise d’un rapport sur une proposition de loi tendant à accorder aux femmes le droit de vote dans les élections aux conseils municipaux, aux conseils d’arrondissement (une instance qui a disparu aujourd’hui) et aux conseils généraux (ancêtres de nos conseils départementaux). Observons au passage qu’il s’agirait de faire des femmes des demi-électrices puisqu’elles ne pourraient voter que pour les élections locales et non pour les élections nationales telle l’élection… des députés. Que nous apprend ce rapport ?

Depuis l’année 1907 quelques collectivités territoriales ont pris les devants en émettant le vœu que la Chambre accorde le droit de vote aux femmes en matière municipale. Ces collectivités ne sont pas très nombreuses. Sur l’ensemble du pays on comptabilise en effet :

  • 9 conseils généraux… mais pas celui de ce qui s’appelait à l’époque les Basses-Pyrénées
  • 3 conseils d’arrondissement : Le Havre, Lyon et… Oloron
  • 23 conseils municipaux sur la France entière parmi lesquels Lescar, Pau et… Oloron
  • quant aux partis politiques, un seul s’est officiellement déclaré dans son ensemble favorable au vote des femmes : c’est le parti socialiste.

Le rapport passe ensuite en revue les objections formulées contre cette ouverture du droit de vote aux femmes. Tout en convenant qu’en 1914 l’évolution de la société fait qu’une bonne partie de ces réserves  ne sont déjà plus que très mollement soutenues. Lues avec les lunettes d’aujourd’hui, ces objections paraissent surréalistes :

  • la faiblesse de la constitution physique de la femme
  • sa prétendue incapacité à se hausser aux problèmes de la politique
  • son absence de droit à manier le bulletin de vote puisqu’elle ne manie pas le fusil
  • le tort que causerait au charme féminin l’attribution du droit de voter et les ravages qui en résulteraient pour la vie de famille

Le rapport souligne ensuite que la peur de certaines conséquences politiques reste le seul motif « sérieux » invoqué contre l’instauration du suffrage universel. À savoir : « Après avoir totalement négligé pendant des siècles l’éducation civique et sociale de la femme française, on lui reproche d’en être dépourvue. On suppose qu’elle est encore dans la main du clergé catholique, qu’elle continuera à recevoir de l’Église seule une direction et que, la suivant avec une aveugle docilité, elle se trouvera servir, à son insu même, une politique de résistance violente ou sournoise à l’esprit républicain, c’est-à-dire à l’intérêt national ».

Le rapporteur balaie toutefois cet argument : « Ce qui est vrai, c’est que la femme saura mieux que l’homme faire le départ entre deux domaines qu’il confond volontiers : la religion et celui de la politique. Tant qu’il s’agira de respecter les consciences, de préserver la liberté du culte, de garantir aux fidèles et à leurs pasteurs le paisible exercice de leurs pratiques cultuelles, oui la femme, électrice ou élus, s’y montrera favorable. Mais que le prêtre sorte de son rôle, qu’il se fasse homme de parti et agent de réaction (…) les femmes (…) y regarderont à deux fois avant de le suivre ».

Cette proposition de loi s’est-elle perdue dans les couloirs de la Chambre des députés ? Toujours est-il qu’il va falloir attendre encore 30 ans avant que le 21 avril 1944 le général de Gaulle donne aux femmes le droit de vote aussi bien pour les élections locales que pour les élections nationales. Elles voteront pour la première fois aux élections municipales d’avril-mai 1945. Mais elles ne seront pas les dernières à obtenir ce droit : il faudra en effet un an de plus (le 17 août 1945) aux militaires de carrière, qui jusqu’alors en étaient exclus, pour pouvoir voter.

Si par cas l’esprit de progrès, l’esprit d’initiative, l’ouverture d’esprit tout court venaient à manquer à nos élus municipaux du XXIe siècle, on ne saurait trop leur conseiller de s’inspirer de l’exemple qui leur a été donné ici par leur aînés le siècle dernier.

9 commentaires sur « Droit de vote des femmes : Oloron à l’avant-garde »

  1. A quand une femme maire d’Oloron ? 🙂
    L’Histoire est toujours écirte avec des omissions, ainsi on ne dit jamais que sous l’Ancien Régime, une catégorie de femmes pouvaient voter aux Etats-généraux. Ce sont les révolutionnaires de 1791 qui abolirent ce droit ! Et sous la Commune de Paris, les parisiennes purent entrer dans l’arène politique, parfois les armes à la main (qu’elles n’étaient pas censées savoir manier…), et purent participer pleinement à la vie démocratique de cette insurrection ; et elles en payèrent le prix fort…

    Aimé par 1 personne

  2. « la faiblesse de la constitution physique de la femme » (1914)
    Peu de temps après, ça ne va pas les empêcher de faire tourner l’industrie de guerre en l’absence de leurs gars…quand le principe de cohérence est détruit par le principe de réalité.

    J'aime

    1. Il faudra une seconde guerre mondiale avant d’en convaincre les élus. Et quand j’écris « les élus », c’est une erreur : le droit de vote a été accordé par ordonnance. Car s’il avait fallu attendre un vote du parlement, on attendrait peut-être encore..

      J'aime

    2. dans les fermes aussi..

      ce qui n’empêche pas , les lois de la nature étant ce qu’elles sont, qu’elles soient moins fortes physiquement.Elles le compensent autrement.

      J'aime

  3. 1919, LES MAINS DES FEMMES NE SONT PAS FAITES POUR VOTER
    « Plus que pour manier le bulletin de vote, les mains de femmes sont faites pour être baisées, baisées dévotement quand ce sont celles des mères, amoureusement quand ce sont celles des femmes et des fiancées : … Séduire et être mère, c’est pour cela qu’est faite la femme ».
    Alexandre Bérard, Sénateur
    1925 LES FEMMES ENCORE PLUS INAPTES QUE LES HOMMES À VOTER
     » Les femmes étant encore plus livrées que les hommes aux forces émotives seront emportées plus massivement encore par ces vastes ondes… La masse électorale nouvelle en s’ajoutant à l’ancienne ne fera qu’amplifier les vibrations de l’opinion régnante ».
    Romain Rolland.« Le nouveau monde » – 1925.
    1932 LE VOTE DES FEMMES, C’EST L’AVENTURE
    « Donner le droit de vote aux femmes, c’est l’aventure, le saut dans l’inconnu, et nous avons le devoir de ne pas nous précipiter dans cette aventure. »
    Armand Calmel. Sénat, séance du 5 juillet 1932
    1944 : LE SUFFRAGE FÉMININ EST DANGEREUX
    « II est établi qu’en temps normal les femmes sont déjà plus nombreuses que les hommes. Que sera-ce à un moment où les prisonniers et les déportés ne seront pas encore rentrés. Quels que soient les mérites des femmes, est-il bien indiqué de remplacer le suffrage masculin par le suffrage féminin ? ».
    Paul Giacobbi. Assemblée consultative d’Alger, mars 1944.

    J'aime

  4. J’aime bien celle de Bernard Shaw : « donnez aux femmes le droit de vote et, dans cinq ans, vous aurez un impôt sur les célibataires » 🙂

    J'aime

  5. pour illustrer s’il en était besoin, le billet de Joël, j’ai trouvé ça dans le Figaro du 10/3/2013 ( je sais, nul n’est parfait…) :
    reprise d’un article du Figaro du 4 mars 1913, que je cite:

    La cause des suffragettes
    Article paru dans le Figaro du 4 mars 1913.

    «  » Il sera peut-être agréable aux suffragettes d’apprendre que si elles sont devenues insupportables à leurs compatriotes, il y a du moins, en France, une sous-préfecture où leur cause est énergiquement défendue, et par les hommes eux-mêmes! C’est Oloron, dans les Basses-Pyrénées.
    Le Conseil municipal de cette ville a adopté, dans sa dernière séance, un vœu par lequel il sollicite pour les femmes l’électorat et l’éligibilité en matière municipale.
    Cela, c’est beau; et quoi qu’on puisse penser du vœu des conseillers municipaux d’Oloron, il est une vertu qu’on ne saurait contester à ces hommes: c’est le désintéressement! «  »

    En nos temps oloronais apparemment compliqués, les derniers mots prennent une consonance savoureuse !
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/03/08/01016-20130308ARTFIG00406-1913-la-france-instaure-un-service-militaire-de-trois-ans.php

    Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.