Affaire des frais de mission : encore des questions, toujours pas de réponses


Après un séjour d’une semaine dans un pays voisin où l’on ne plaisante guère, surtout quand il s’agit de maniement d’argent public, je prends connaissance des derniers développements de ce que la presse appelle « l’affaire des notes de frais ». Pour m’apercevoir qu’à cette heure les principaux protagonistes n’ont apporté aucune réponse concrète aux questions qui se posent. Pis : plus le temps passe, plus augmente le nombre des questions sans réponse. Revue de détail.

18 avril 2017. Le quotidien Sud-Ouest se fait l’écho du communiqué de presse d’Hervé Lucbéreilh. Qui dit sa volonté de se battre pour défendre son honneur. Très bien. Mais il n’explique en rien les incohérences relevées dans ses frais de mission. Dans ce même article, Pierre Serena, adjoint fidèle parmi les fidèles, prend sa défense : « Les données sont vraies, mais analysons bien le contexte et le contenu. Il faut bien analyser ces dépenses ». Et il explique que les frais d’hôtel de 3 720 € pour 6 nuits d’hôtel relevés par Oloronblog regrouperaient en réalité l’ensemble des frais de 7 personnes parties à Paris pour le Congrès des maires.

Si j’avais besoin d’un défenseur, j’hésiterais avant de prendre Pierre Serena pour avocat :

  • Il commence sa plaidoirie en reconnaissant que toutes les informations publiées sur le blog sont exactes
  • Il fait état de 7 personnes alors que seules 6 figurent sur la facture en question. Qui est l’homme ou la femme invisible ?
  • Il « oublie » d’évoquer la seconde note d’hôtel d’un peu plus de 835 € qui est portée sur la même facture d’Evasion 2000. À quoi et à qui correspond-t-elle ?
  • Il n’évoque à aucun moment les frais de mission perçus à plusieurs reprises pour des missions différentes censées avoir été effectuées le même jour en deux points très éloignés de notre pays

Ce même 18 avril, Hervé Lucbéreilh réunit les membres de la majorité municipale. On pourrait s’attendre à ce qu’à l’issue de cette réunion de crise soit publié un communiqué dans lequel l’ensemble des présents assurent le maire d’Oloron de leur soutien et lui renouvellent leur confiance. Il n’en est rien. Je crois savoir qu’au cours de cette rencontre Hervé Lucbéreilh a fait part de sa volonté de se battre jusqu’au bout et de produire les justificatifs de ses frais de mission… mais n’en a pour autant mis aucun sur la table. Il est trop cultivé pour ignorer que la langue française est tout en nuances. Et que le mot « produire » peut aussi bien signifier « présenter » que « fabriquer ».

Le 21 avril. Le quotidien La République annonce que l’opposition a saisi le préfet et la Chambre régionale des comptes du problème. Elle est dans son rôle. Ce qui n’empêche pas de se poser quelques questions :

  • La première de ces questions ne fait pas avancer les choses, mais permet de flatter l’ego du blogueur. Si Oloronblog n’avait pas été le premier à dévoiler toutes ces incohérences, l’opposition s’en serait-elle saisie ?
  • J’ignore le fonds du dossier qui a été déposé par la minorité municipale sur les bureaux du préfet et du président de la Chambre régionale des comptes, mais a-t-elle rallongé la liste des incohérences déjà notées par le blog ? Par exemple en observant que le 26 mai 2016 Hervé Lucbéreilh se fait rembourser des frais de mission pour un aller-retour vers Nîmes (324,48 €), mais figure aussi parmi les présents au conseil communautaire de la CCPO. Ou que le 6 juin, il se fait rembourser des frais de mission pour un aller-retour à Lyon (497,92 €), mais qu’à 17 heures 45 il est présent à Oloron pour une présentation de la journée archéologie. Ou qu’entre le 4 et le 6 mai 2016, il se fait rembourser un aller-retour à Nancy (1 056,24 €), alors que le 4 mai à 17 heures 30 il est sur le parvis de la cathédrale pour une présentation des sorties muséographiques. Ou que le 29 avril 2016 il se fait rembourser un aller-retour à Tours (366,72 €), mais que ce même jour il est à la salle Jean Mendiondou pour une présentation des nouveaux outils informatiques. Et la liste n’est pas close…

Et maintenant ? J’ai demandé il y a une dizaine de jours à avoir communication des factures payées sur une ligne budgétaire que je n’ai pas encore eu le temps d’explorer. Je subodore en effet qu’elle peut, elle aussi, être pleine d’enseignements. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la mairie ne se précipite pas pour m’en faciliter l’accès qui, je le rappelle, est un droit pour tout citoyen. Craint-elle que j’y découvre à nouveau quelques indices embarrassants ? J’ai aussi demandé à être autorisé à consulter le dossier de cette fameuse facture de déplacement à Paris pour le Congrès des maires. Pas de réponse non plus. Des choses à cacher ? Pas question de lâcher le morceau en tout cas.

9 commentaires sur « Affaire des frais de mission : encore des questions, toujours pas de réponses »

    1. Il y a également les hologrammes. Mélenchon peut lui donner des conseils.
      Les hologrammes c’ est mieux que les sosies, quand on s’ en sert pas, ça parle pas.

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  1. Heureux de ton retour cher Joël.
    Dommage que je ne puisse évaluer ton article qu’avec 5 étoiles, j’en mettrais bien plus…
    Depuis dimanche dernier, ton article est le seul que j’ai plaisir à lire, même si le contenu traite d’une affaire déplorable, mais pleine de suspens.
    J’avais regretté que tu ne sois présent à la sortie de l’article où Mr Serena faisait son pitoyable plaidoyer, mais rien n’échappe au blogueur.

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  2. Merci André. Même si le blog ne doit pas se focaliser sur ce seul sujet, je crois qu’il est important d’aller au fond des choses. Même (et j’en serais très heureux) s’il nous est démontré au final que nos craintes étaient sans fondement et que l’argent des Oloronais a toujours était utilisé dans le seul intérêt de la ville

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  3. Bravo pour votre travail ! Continuez !
    Mais que fait l’opposition ?
    Pourquoi un de ses élus ne va pas consulter la totalité des notes de frais et ne communique pas ?
    En fait pourquoi l’opposition ne travaille pas ?

    Ceci est hélas valable dans toutes les Mairies …

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    1. Merci de votre message.
      L’opposition bouge puisque l’un de ses membres est allé consulter les factures et qu’elle a ensuite saisi le préfet et la Chambre régionale des comptes. On pourrait cependant attendre d’elle davantage de suivi et de contrôle de la gestion municipale.

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  4. Encore une affaire partie, comme tant d’ autres, pour faire »pschitt » en référence
    à Jacques Chirac.
    Si l’ opposition est frileuse, c’ est je pense dû au fait qu’ elle ne doit pas être guère plus claire que la majorité actuelle, mais peut être pas dans le même registre.
    De ce fait, elle n’ a pas envie de voir étaler à la vindicte ce genre de problème,
    d’ autant qu’ elle souhaite obtenir prochainement sa revanche.
    Cette affaire est révélatrice du problème du fonctionnement pernicieux du système majorité/opposition, sans troisième force qui équilibre l’ ensemble.
    Ce système dual permet de faire de la gestion recto/verso en continue, sans se soucier des intérêts des citoyens.

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  5. Bravo pour tout ce travail , merci !
    Mais, ce Monsieur Serena, c’est pas celui qui incriminait des ados dans le feu des tribunes, sans le quart du tiers du début d’une preuve… Et là, il défend bec et ongle son chef alors que les faits semblent vraiment être contre lui !
    Je ris 🙂 !!!
    Il a la conscience (et l’inconscience aussi semble-t-il) à géométrie variable ?
    Je me tiens à sa disposition en cas de plainte pour injures, hein 😉 Ca me ferait rire d’exposer ces faits au commissariat 🙂

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  6. Le Procureur classe sans suite ce genre de plainte sans grand fondement. Et si vous saisissez le juge d’instruction, le montant de la caution que ce magistrat demande dissuade très vite toute réaction épidermique. Donc, cela fera pschitt.

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