Une prestation bien peu courageuse de la majorité municipale


Séance du conseil municipal en ce 10 avril au soir. Les informations de ces derniers jours sur l’utilisation potentiellement « inadéquate » de certains crédits municipaux allaient-elles avoir une incidence sur le vote des élus de la majorité municipale lors de l’adoption des comptes de l’année dernière ? On a été vite fixé.

Au nom de la minorité municipale, Jean-Étienne Gaillat s’est fendu d’une intervention préalable. Pour présenter les constats qui avaient pu être faits lors des opérations de vérification des comptes des années précédentes que des élus de cette minorité ont mené ces derniers jours. On a ainsi appris par exemple qu’en 2014 et 2015 un adjoint s’était fait rembourser des frais pour des déplacements… à l’intérieur de la ville, ce qui est bien sûr formellement interdit. Et qu’en 2014 la mairie avait pris en charge un billet d’avion pour le déplacement d’un élu au congrès de l’association Civitas, association dont on peut se demander le lien avec les affaires communales. Et beaucoup d’autres constats à l’avenant (je ne reviens pas ici sur ceux concernant l’année 2016 qui ont fait l’objet de larges développements dans les précédents billets du blog).

En raison de ce faisceau de présomptions sur une gestion municipale pour le moins légère de la part de quelques élus, Jean-Étienne Gaillat propose, au nom de la minorité, que l’ensemble du conseil municipal adopte la position suivante :

  • repousser à une date ultérieure le vote du compte de gestion et du compte administratif 2016
  • demander dans l’intervalle au contrôle budgétaire de dire si les faits relevés sont répréhensibles et dans ce cas prendre les mesures qui s’imposent
  • soumettre ultérieurement au vote du conseil ces deux comptes expurgés des scories qu’aura relevées le contrôle budgétaire
  • demander au président de la Chambre régionale des comptes d’élargir jusqu’en 2016 la mission de contrôle que mènent actuellement les magistrats de la Chambre sur la gestion de la ville et de la CCPO, sachant que devant la gravité de la situation, la minorité prend l’initiative de le faire de son côté

Silence général et visages fermés autour de la table du côté de la majorité municipale. Manifestement gêné aux entournures, son chef par interim, Daniel Lacrampe, rejette d’un bloc la proposition. En justifiant ainsi la position du groupe majoritaire : nous avons bien conscience des questions qui se posent, mais ce n’est pas ici le lieu d’en parler; le vote des comptes est un acte purement comptable; pour le reste, il appartiendra aux intéressés de s’en expliquer.

Et au final, si l’on excepte deux abstentions (saluons au passage Maylis Del Pianta et Leila Le Moignic pour leur courage et leur clairvoyance), la majorité municipale adopte haut la main les compte de gestion et compte administratif 2016, y inclus toutes les dépenses qui semblent poser problème.

Si d’ici quelques mois… ou quelques années (la justice n’est pas toujours rapide dans notre pays) on apprend que certaines dépenses sont illégales et que les élus concernés sont condamnés à les rembourser, la plupart des élus de la majorité, parce qu’ils auront approuvé ces comptes en toute connaissance de cause, ne pourront pas se réfugier dans le « On ne savait pas« . Mais ne sont-ils pas déjà dans le : « On ne veut pas savoir » ? Ils cautionneront ainsi un sentiment partagé par tous ceux (et ils sont nombreux en cette époque de total discrédit de la classe politique) qui pensent que les élus se tiennent et/ou se soutiennent entre eux.

La politique de l’autruche n’est jamais une bonne méthode de gouvernance. En tout cas je l’ai trouvée particulièrement écœurante ce soir. Les élus de la minorité vont, comme ils l’ont annoncé, saisir la Chambre régionale des comptes. Mais qu’est-ce qui empêche des citoyens aussi déçus que moi par la tournure prise par la événements de se mettre eux aussi en quête d’informations pour débusquer les éventuels manquements de certains élus à la probité. Précisons quand même, comme le remarquait Jean-Étienne Gaillat dans son intervention liminaire, que les élus véreux sont très peu nombreux. Mais les élus courageux ne sont pas non plus légion.

Je déplore que ce soir les élus de la majorité municipale aient oublié qu’ils étaient là avant tout pour défendre les intérêts des Oloronais avant ceux de leur petit cénacle. Faisant preuve d’une pusillanimité à toute épreuve, ils ont fui leurs responsabilités. Gageons qu’ils ne tarderont pas à le regretter.

21 commentaires sur « Une prestation bien peu courageuse de la majorité municipale »

  1. 100% d’accord avec le blogueur et affligé de ne voir que 2 élues (que je félicite) qui ont eu le courage de ne pas suivre tous ses moutons, qui encore une fois concidèrent les citoyens oloronais comme
    des pigeons…

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  2. eh oui, tout cela est bien décevant. Ce n’est pas en se positionnant uniquement sur un plan comptable que les élus de la majorité vont restaurer la confiance. Après les augmentations importantes d’impôts sur les entreprises et les particuliers ( eu en séance, on apprend qu’une augmentation importante des tarifs de l’eau va suivre), les élus doivent être exemplaires dans l’utilisation de l’argent public. Il semble bien que les factures montrent que ce n’est pas le cas.Les deux conseillères de la majorité qui se sont abstenues sont à la fois courageuses et bien seules.bravo à elles!

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  3. Il semblerait que les élus d’Orthez aient une autre vision et un autre courage, comme je viens de le lire sur la page d’accueil de France Bleu Béarn.

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  4. Il y a lieu de penser que sans la perspicacité de notre blogueur, cet arcane aurait conservé sa définition, à savoir une opération mystérieuse dont le secret est connu des seuls initiés.

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  5. Entre merci à notre ami blogueur pour ce travail de fourmi sans qui toutes ces informations seraient passées à la trappe ! A chacun de juger maintenant.

    Avec tous mes encouragements pour ce blog formidable (et ses futurs articles) sans lequel nous aurions peine à savoir Ce qu’il se passe …

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  6. Ben voilà, ça c’est fait. No comment, passez sans faire de bruit, il n’y a rien à voir.
    Petits arrangements destinés à sauvegarder la réputation de la ville pour le « bien commun » ? Peut-être, mais c’est une vision à court terme indigne du 1er adjoint.
    Cela dit, un grand bravo à Maylis et Leila. Je reconnais là les femmes à l’esprit critique que j’ai rencontré en 2014. Quant aux autres… Ont-ils conscience du discrédit qu’ils et elles porteront maintenant dans leur propre ville ?

    Et maintenant ? Qui peut quoi ? Un citoyen peut-il saisir le Procureur de la République pour s’assurez que des investigations seront effectuées ? Car il ne peut être question d’en rester là…

    PS : je pense maintenant au Conseil de développement de la COmmunauté de communes qui va être constitué uniquement sur invitation de quelques élus. En cas de doutes ou de malversations à la Com-com (c’est juste une hypothèse pour l’exemple), comment ceux qui auront été adoubés pourront-ils dire non ou même poser des questions ? Notre démocratie est malade, et cela ne concerne pas que les affaires d’état, mais bel et bien la démocratie locale.

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    1. J’ai le souvenir d’une collectivité locale du département où un ancien agent municipal, qui avait un compte à régler avec un élu, avait saisi le Procureur de la République pour signaler des dépenses qu’il jugeait indues. Le Procureur a immédiatement déclenché une enquête… qui n’a rien donné parce qu’il n’y avait en fait rien à trouver

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  7. Le constat déplorable est confirmé, on continue de laver le linge sale en famille,
    en mettant la pression non pas dans la lessiveuse, mais sur le couvercle pour que rien n’ en sorte.
    Il en sortira bien quelque chose un jour, peut être…, mais les gens autour de la table hier au soir ne seront plus là et par le fait du hasard, qui fait bien les choses, ils auront tout oublié ……
    A mon point de vue, du coté de la majorité municipale, comme de l’ opposition
    personne n’ est clair.
    Il serait plus que temps qu’ ils y ait une troisième force indépendante, ou apolitique pour déplaire à certains.

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    1. Je ne me reconnais à ce jour ni dans la majorité, ni dans la minorité municipales. Mais force est de reconnaître que la minorité (je préfère ce mot à « opposition ») a, sur le coup, parfaitement joué son rôle.

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    1. Merci.J’ai demandé au maire la communication des factures de l’exercice 2016 en précisant les postes budgétaires qui m’intéressaient (frais de mission, voyages et déplacements, relations publiques, frais de restauration, fêtes et cérémonies). Et j’ai eu l’accord pour aller consulter les documents demandés.
      Je dois reconnaître que chaque fois que j’ai émis une demande de cette nature elle m’a été accordée sans qu’il soit nécessaire de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs. Pas sûr que la tâche me soit aussi facile dorénavant

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      1. Sans doute …
        Mais les montants ne sont pas détaillés par note de frais sur le compte administratif, la mairie aurait pu vous fournir un nombre incomplet de notes de frais en éliminant les « douteuses » , non ?

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    1. Elle a certes repris certaines de mes constatations, mais elle a élargi le champ d’investigation sur les deux années précédentes. Ce qui lui a permis de mettre en lumière d’autres bizarreries (le congrès Civitas ou les frais de mission pour des déplacements dans la commune). Et puis son intervention en conseil a forcé la majorité à ce positionner. Un positionnement qui en a déçu plus d’un

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      1. Pour avoir, il y a longtemps, politiqué un peu, je trouve que c’est justement le rôle d’un groupe, quel qu’il soit, de se baser sur les infos qu’on lui fournit pour aller plus loin.
        Quelque bonne volonté qu’il ait, un conseiller a souvent d’autres choses importantes (qui lui bouffent du temps) à faire dans sa vie et il ne pourrait faire son travail sans l’assistance que lui apportent (ou non, hélas) des aides comme celle du Blogueur.

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  8. Apres ce conseil municipal Fillonien….les femmes sont toujours à la pointe du combat…..deux conseillères municipales courageuses et citoyennes habitant la même rue, MAYLIS et LEILA donnent une leçon morale à une majorité prônant l’omerta…je propose de donner le nom de « rue des CITOYENNES « , à l’avenue de LATTRE DE TASSIGNY ou résident nos deux élues (.bien sur à proposer à la prochaine majorité…!

    L’ ABBE

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