L’artisan ignoré du sauvetage de la chapelle du Faget


L’affaire ne date pas d’aujourd’hui. Elle reste pourtant en travers de la gorge du principal intéressé. Mettez-vous un instant à sa place : voilà quelqu’un qui, quasiment seul, consacre plusieurs années de sa vie à restaurer de ses mains une chapelle menaçant ruine, qui se décarcasse pour trouver les premiers fonds nécessaires à cette restauration et qui, une fois que la plus grosse part du travail est faite, voit arriver les ouvriers de la onzième heure qui, non contents de ne pas avoir mis la main à la pâte jusque-là, s’approprient tous les mérites du sauvetage et s’empressent de rayer des tablettes l’artisan principal de l’opération. C’est ce qui est arrivé à Jean-Pierre Boussary avec la chapelle du Faget. Récit pour, autant que faire se peut, tenter de réhabiliter un réhabiliteur.

Le sauvetage

1973 : Jean-Pierre s’installe avec sa famille au Faget. À 200 mètres de chez lui, la chapelle Notre-Dame.

1976 : il apprend que la mairie envisage de démolir la chapelle en raison du piteux état et de la dangerosité de l’édifice (pierres du clocher disloquées, charpente menaçante, infiltrations d’eau, poutres disloquées, vandalisme intérieur…). Dans un premier temps, après accord du maire, Monsieur Laclau (la chapelle est propriété de la commune), il entreprend un nettoyage intérieur et barricade les portes d’accès

1977 : avec l’aide de son petit garçon de 8 ans qui lui passe les seaux de ciment, il consacre ses vacances au scellement des pierres du clocher. Avec des amis, il installe une bâche sur le toit pour mettre la chapelle hors d’eau. Il sollicite l’aide de l’association des Amis du Vieil Oloron. Sans succès. En décembre, il finit par obtenir une aide de 30 000 F de l’association Sauvegarde de l’art français

1978 : Henri Laclau s’engage à obtenir une subvention de 15 000 F du Conseil régional et encourage Jean-Pierre à trouver de son côté 6 000 F. Six personnes répondront à cette collecte. Le toit est refait avec l’aide d’un charpentier. Pour alléger la facture, Jean-Pierre écume les décharges pour trouver les ardoises manquantes puis, avec son épouse, se charge de les retailler. Le toit est refait en juillet 1978. La chapelle est sauvée.

D’autres travaux suivront, toujours réalisés par ou sous la conduite de Jean-Pierre : réparation et installation de cloches dans leur niche, décrépissage du mur intérieur, réfection du grillage de protection des vitraux, remise en état de serrures etc.

1981 : la chapelle est inaugurée en septembre par Henri Laclau

Ci-dessous, la chapelle avant et après restauration

Le principal artisan du sauvetage est ignoré

La chapelle est donc sauvée en 1978. C’est alors que l’un des voisins de Jean-Pierre au Faget, Gaston Anglade, entre en piste. Ce voisin n’a pas donné le moindre coup de main jusqu’à ce moment, mais commence à s’intéresser à l’opération. Il se met en quête et obtient des financements complémentaires (dont une subvention de 10 000 F via l’émission de télévision Chefs d’œuvre en péril) et s’occupe des travaux de finition. En 1990, après le décès de son épouse, Jean-Pierre retourne dans son Médoc natal.

2005 : la ville d’Oloron fait paraître une brochure sur la chapelle du Faget. Si le texte fait la part belle à Gaston et aux Amis du Vieil Oloron, à aucun moment il n’évoque le rôle déterminant de Jean-Pierre Boussary dans la restauration. Son nom n’est même pas cité.

2006 : pire ! Inspirée on ne sait par qui, une seconde inauguration de la chapelle est organisée. Là encore, Gaston et les Amis du Vieil Oloron sont au premier rang. Mais on a tout simplement « oublié » d’y inviter Jean-Pierre… qui se fend le 24 août d’une lettre ouverte à l’adresse Maire, Hervé Lucbéreilh, afin que justice lui soit rendue. En « compensation », le maire lui remettra la médaille d’honneur de la ville. J’ignore si Gaston Anglade et les Amis du Vieil Oloron y ont été conviés ! À la fin de l’année, deux articles de Sud-Ouest et de La République rappellent enfin combien la restauration de la chapelle Notre-Dame du Faget doit à Jean-Pierre. On pourrait croire l’affaire close. Pas du tout !

2010 : Sud-Ouest affiche le 16 septembre 2010 sur son site internet, à l’occasion des Journées du Patrimoine, un article sur la chapelle du Faget. Il n’y en a une nouvelle fois que pour Gaston Anglade présenté comme « l’un des principaux artisans de la restauration de cet édifice ». Le nom de Jean-Pierre Boussary n’est pas cité.

Conclusion

Jean-Pierre Boussary continue de faire valoir ses droits pour éviter que d’autres s’approprient seuls le sauvetage de la chapelle du Faget. Et il a un peu la sensation de se battre contre des moulins à vent. Ce qui suscite en lui un fort sentiment d’injustice. Sans doute est-il en quête d’une reconnaissance pour tout le travail qu’il a accompli, pour tous les efforts qu’il a fournis pour la restauration d’un élément du patrimoine d’une ville qui n’était pas la sienne mais qu’il a sans doute aimé plus que nombre d’entre nous.

Celles et ceux qui voudraient plus de détails sur les péripéties vécues par Jean-Pierre peuvent le retrouver sur internet en cliquant ici.

12 commentaires sur « L’artisan ignoré du sauvetage de la chapelle du Faget »

  1. Alors là je suis sur le c*l en lisant cette histoire que j’ignorais totalement!…

    récupérer des ardoises et pierres plates avec mon épouse dans les décharges je connais, même que maintenant elles sont fermées et on voit disparaitre de magnifiques corbeaux de cheminées, tours de fenetres et de porte en pierre de taille..au milieu des gravats « ultimes » comme ils disent… maintenant c’est « vive le bac acier et le volet électrique en plastique  » et pas que chez les particuliers et pas n’importe ou…

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  2. Vous avez l’air surpris que des êtres humains puissent préférer la lumière à l’ombre. J’en ai vu même qui pour s’élever n’hésitait à piétiner l’autre.

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    1. oui bien sûr! mais en l’occurrence dans quel but? C’est idiot et mesquin. Ce genre de comportement me dépasse même si, je l’ignore, il y a une rivalité de personnes.

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  3. Comme le disait mon cher instituteur : qui ? Pourquoi? Comment ?
    Alors QUI a abandonné cette vielle chappelle ?
    QUI a construit la nouvelle ( une mocheté au demeurant )
    Pourquoi : 😈😈😈😈
    De toute façon dans une église il y a toujours quelque chose qui cloche … (Prévert)

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    1. Selon Jean-Pierre Boussary, La chapelle Sainte-Bernadette, fut, d’après certains écrits commencée en 1937 par l’abbé Lapassade St-Aunis. Les raisons de ce nouveau projet si proche (400 mètres) de la chapelle Notre-Dame ne sont pas connues. C’est vers 1964 que le curé Lafitte reprit la construction, délaissant la chapelle Notre-Dame.

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  4. Ayant eu la chance de converser avec Mr BOUSSARY aujourd’hui même par téléphones interposés, j’ai pu me rendre compte de sa passion pour cette église et les vieilles pierres. Il est resté toutefois fort modeste à relatant ce parcours et je reconnais que lui rendre honneur par une plaque ou autre serait la moindre des choses.
    Mr BOUSSARY qui a récemment promis une bouteille de Médoc à celui qui reconnaitrait un clocher sur ce même blog, m’a contacté pour me l’envoyer, un homme d’honneur.
    Merci monsieur BOUSSARY.

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  5. Encore une querelle de chapelle. Il serait plus que temps que ce Monsieur ait la reconnaissance de la ville d’ Oloron. S’il est détenteur de documents ou de photos de cette restauration peut que cela pourrait faire l’ objet d’ une exposition à la Médiathèque et servir de base à cette reconnaissance.
    Je recommande ce lieu magique, pour son cadre et son calme.

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  6. Bonjour ! Chers Amis blogueurs __Merci de vos réponses , vous n’auriez pas pris connaissance de cette histoire s’il n’y avait pas eu le blog sur les cartes postales qu’un ami m’a envoyé .
    Nous devons à Joël Adam ___ toute notre considération __Pour le reportage qu’il a fait , il a sûrement pris ses sources soit au service du patrimoine ou bien auprès de la personne de notoriété de votre ville auxquels j’ai toujours envoyé depuis 2006 : le double de mes lettres en y joignant les preuves . Pour toute ces choses ,lettres que j’ai faites ou reçues à mon nom , photos personnelles (avec pellicules ) , divers , j’en ai gardé les originaux .
    __Maxime : _il faut rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu .
    Cordialement.
    J-P B

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    1. vous devriez ouvrir un blog avec tous ces éléments plus que sur google. On pourrait ainsi participer plus facilement.

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