Drame à la maternité et silence des élus : Robert Bareille réagit ici à titre personnel


Dans le billet du 20 novembre, j’évoquais l’article que La République avait consacré dans la semaine au drame dont a été victime l’an dernier une parturiente à la maternité d’Oloron. Mon billet avait pour titre « Le silence des élus ». L’une des phrases de ce billet a fait réagir Robert Bareille, l’un des co-fondateurs du Collectif santé. Il m’a fait parvenir le texte qui suit, intitulé « Il est des circonstances où le silence est d’or ». étant bien précisé qu’il s’exprime là non pas au nom du Collectif, mais en son nom personnel.

« Il est des circonstances où le silence est d’or ….. »

« Le silence des élus » c’est l’intitulé de Blogoloron dans son article « Clin d’oeil et petites piques » du dimanche 20 novembre 2016. Le bien utile et redoutable blogueur Joël Adam évoque « le drame qui s’est noué l’an dernier à la maternité de l’hôpital d’Oloron ». Il donne suite à l’article faisant les gros titres du journal « La République » des Pyrénées du 17 novembre 2016 : «Oloron : l’accouchement tourne au drame, il accuse l’hôpital ;Sa femme est dans le coma. Un habitant de Lourdios a saisi la justice et demande réparation. »

Joël Adam écrit : « j’imagine que tous les élus (député, maire, membres du Collectif, etc) que l’on a entendu, il y a quelques mois défendre le maintien de la maternité étaient alors, malgré les rumeurs qui couraient sur le sujet, dans l’ignorance de ce drame.

Je ne savais pas en détail mais je n’étais pas dans l’ignorance, pas plus que les autres élus , et pas plus que toutes celles et ceux qui se sont mobilisés pour maintenir la maternité.

Je réponds sans détour à la question posée en tant que cofondateur et co-animateur du Collectif Santé depuis 2009 ; mais je le fais à titre personnel. Je ne saurais impliquer le « Collectif » dans ma réaction, n’étant pas explicitement mandaté pour m’exprimer aujourd’hui.

Je n’étais pas dans l’ignorance des « événements tragiques » survenus en 2015 au sein de la maternité et de l’hôpital ; Maternité située à l’époque dans les murs de l’ancienne polyclinique à St Pée, à 2,2 kms du site hospitalier de Légugnon. Je ne connaissais ni l’identité de la victime ni les éléments médicaux (relevant du secret médical) qui viennent d’être publiés à l’initiative légitime du mari de la victime, lui-même victime au même titre que ses 9 enfants.

Mais j’en savais suffisamment pour comprendre d’abord le malheur frappant cette famille et aussi imaginer les problèmes engendrés pour notre maternité, notre hôpital et les professionnels de santé concernés. Tous les autres élus en savait au moins autant que moi ; je parle des élus formant le premier cercle de ceux qui se sont mobilisés de manière trans-partisane en vue de conserver pour Oloron et le territoire la maternité de l’hôpital en contribuant à obtenir pour celle-ci et celui-ci tous les moyens humains et matériels nécessaires à une offre de soin maintenue et améliorée. Une offre de soins sûre et de qualité en proximité. Exigence particulièrement confortée par le tragique événement de 2015. Exigence très largement plébiscitée par la population.

Ce silence des élus est plutôt sain et responsable à bien des égards

J’ai des désaccords patents sur nombre de sujets avec notre député Jean Lassalle, plus encore avec le Maire d’Oloron Hervé Lucbereilh et je n’ai pas que des points d’accords politiques avec Bernard Uthurry. Entre nous 4, ça n’était pas gagné et pourtant nous avons pu agir de concert sur ce sujet sensible qui avait divisé les camps politiques de 2008 à 2011 lors de la reprise de la maternité privée par l’hôpital public.

Dans la foulée du dernier article du Journal « La République » on aurait pu craindre un déferlement indécent de réactions mêlant instrumentalisations ou récupérations malsaines ….

Ce silence est digne et responsable. Il s’imposait avant tout autre chose face à la tragédie que vit la famille Malo-Moreno à qui nous devons prioritairement notre sollicitude, notre soutien, notre solidarité.

Pour ce qui est des responsabilités et des réparations (termes juridiques dérisoires face à l’irréparable) les experts indépendants et la justice doivent statuer. Les conclusions s’imposeront à tous.

L’administration hospitalière et la communauté médicale n’ont rien caché

Je n’ai aucune compétence pour formuler un quelconque commentaire sur les raisons de ce drame et sur l’imputabilité des responsabilités, je refuse de m’y risquer. L’expertise indépendante a eu lieu, les conclusions légales sont annoncées pour courant décembre.

Des mesures immédiates ont été prises à la demande de l’ARS

La communauté médicale avait saisi l’Agence Régionale de Santé et même, on le sait, demandé la fermeture de la maternité. Le Directeur Général de l’ARS, Monsieur Laforcade, n’a pas fait secret de cette demande de fermeture jusque dans les colonnes des deux journaux locaux, (voir en particulier « Sud Ouest » du 3 mars 2016 et nombreux articles des médecins demandant l’arrêt de la maternité au motif quelle serait « dangereuse »). Le Directeur Général de l’ARS n’a pas accédé à la demande de fermeture présentée par les médecins au corps défendant des obstétriciens de la maternité, des sage-femmes et des syndicats du personnel de l’hôpital, des élus, du Collectif santé et de la population. Le Directeur Général de l’ARS est heureusement resté sur une ligne constante réfutant le caractère dangereux de la maternité d’Oloron et refusant le parallèle avec celle d’Orthez. Mais après analyse des problèmes évoqués par les médecins, il a demandé le rapatriement urgent sur le site central de l’hôpital à Légugnon de la maternité localisée à St Pée lors du drame survenu en 2015. Le déménagement a été réalisé l’été dernier. La mobilisation citoyenne a grandement contribué à ce rapatriement dans les murs de l’hôpital où la maternité dispose désormais de l’ensemble des moyens d’intervention sur le même lieu. Le risque de fermeture a été bien réel jusqu’au moment du rapatriement d’autant que parmi les élus défenseurs de la maternité, le Député Jean Lassalle était lui, opposé au déménagement (pour des raisons qui pouvaient s’entendre mais qui n’ont pas été partagées.)

Les médecins ont cru bon de rompre le silence

Sollicitée par la Presse, il est normal que la Directrice se soit exprimée au nom de l’hôpital dans le cadre du même article que Mr Moreno. Je suis plus réservé quant au bien fondé de l’expression du Collectif médical dans  « La République des Pyrénées » du 20 novembre 2016. Est-il vraiment opportun à la faveur des circonstances actuelles de « suggérer » encore et encore la fermeture de la maternité alors que le Ministère et le Directeur Général de l’ARS ont tranché dans le sens du maintien des activités d’obstétrique à l’hôpital d’Oloron avec mise en œuvre d’un plan d’action dont un nouveau point sera justement fait ce mardi 29 novembre 2016 à l’hôpital en présence de l’ARS, de la Direction, des élus, des médecins, des syndicats et du Collectif santé.

Lors de la précédente réunion de ce genre, le Directeur Général, Mr Laforcade, avait dit clairement et fermement qu’il entendait voir cesser l’étalage dans la presse de polémiques qui sapent injustement la réputation de l’hôpital d’Oloron. Il demandait à juste titre que la communication institutionnelle soit assurée par la seule Directrice, j’imagine que ce sage rappel sera fait la semaine prochaine.

Par principe, je respecte profondément la fonction sociale et humaine des médecins. Ils exercent dans un contexte souvent difficile qui les contraint et les expose de plus en plus ( moins 10 milliards pour la santé en 2016) je ne saurais contester leur droit et même leur devoir d’alerter et de réclamer tous les moyens qu’ils estiment nécessaire pour garantir le bon fonctionnement de l’hôpital public. Avec tous les personnels soignants ils sont particulièrement qualifiés pour cela. Mais n’est-il pas contre nature que des médecins demandent la fermeture d’une structure contre la volonté de leur Administration, des élus et de la population. Certes la fermeture de la maternité supprimerait tous problèmes et tous risques dans celle-ci !!! mais on sait surtout que la suppression des hôpitaux et des maternités de proximité engendre d’autres problèmes décuplés et d’autres risques pour les populations éloignées des grosses structures.

Ensemble et chacun à sa place, nous avons à exiger les moyens de garantir la qualité d’accueil et de soins pour la population ce qui est indissociable des conditions de travail des médecins et des personnels soignants.

Pour notre maternité, nous le savons tous il faut réussir à recruter de nouveaux praticiens pour remplacer ceux qui partiront en retraite fin 2017. C’est la seule condition que met le Ministère et l’Administration au maintien de la maternité à Oloron ; les élus et la population sont mobilisés pour aider à relever ce défi, essentiel pour le territoire ; il est encore temps, mais si nous n’y parvenions pas, nous ne pourrions pas conserver une maternité sans médecin. Nous nous devons de réussir pour toutes les futures mamans, et tous les bébés à naître dans les meilleures conditions de proximité et de sécurité en Haut Béarn et en Soule …

R.B.

3 commentaires sur « Drame à la maternité et silence des élus : Robert Bareille réagit ici à titre personnel »

  1. Vous nous dites que les élus savaient qu’un problème grave était intervenu à la maternité, mais que volontairement personne n’en avait fait état. Ce n’est pas une démarche au top de l’intérêt général.

    J'aime

  2. « merci à blogoloron et au blogueur Joêl Adam pour cette publication
    et pour son travail quotidien compétent, fouillé, assidu et d’utilité publique. Certes, il accorde beaucoup de place à Hervé Lucbereilh ..
    qui aime bien châtie bien ? une manière de concilier avec bonheur, pertinence et impertinence ! »

    J'aime

Les commentaires sont fermés.