Carrières : création d’emplois – des chiffres fantaisistes ?


J’entends d’ici l’exclamation de certains lecteurs : « Encore les carrières ! ». Le calendrier est seul responsable de ce thème à répétition : lundi et mardi prochains, quelques dizaines de « privilégiés » seront reçus par le maire et Guillaume Costanzo, le gérant de GC Conseil, puis le 21 novembre, ce sera la grande réunion salle Jéliote. Dans le cadre de ce que j’appellerai l’« Opération Doliprane ». Objectif : faire retomber la fièvre suscitée par un projet que beaucoup considèrent comme porteur de bien plus de nuisances que d’avantages pour Oloron et pour les Oloronais.

L’« Opération Doliprane » consistera donc à tranquilliser tous ces inquiets : dormez tranquilles, braves gens, vos craintes n’ont aucune raison d’être. Pollution visuelle ? Les sites d’extraction ne seront pas visibles. Sauf vus du ciel. Pollution de l’eau ? Toutes les mesures seront prises pour l’éviter. Trafic poids lourds en forte hausse ? Non, une augmentation très mesurée. Impact sur la pêche et la chasse ? Très faible. Protection des riverains ? Rien à redouter : au Bager, le site est localisé dans une zone très isolée tandis qu’à Soeix les premiers riverains sont protégés visuellement et phoniquement par une crête. La situation est donc parfaitement maîtrisée.

Voilà, en résumé, les assurances apportées dans une étude réalisée pour le compte de GC Conseil. Un document datant de juillet 2016 que j’ai pu consulter. Mais, je parie que les défenseurs du projet vont insister sur une autre donnée de ce document : l’intérêt économique et plus précisément créations d’emplois dont ce projet serait porteur.

Et dans ce domaine, les conclusions de l’étude ne font pas dans la nuance, allant jusqu’à : «… envisager un pôle d’excellence pérenne en matière d’économie circulaire et environnementale, autour des sujets de base incontournables pour les activités humaines, que sont les granulats et les déchets, sur le  territoire exclusif d’Oloron Sainte-Marie ». C’est quoi, ce charabia ?

« Envisager », comme ils disent. Voyons le détail des créations d’emplois tel qu’il apparaît dans l’étude, tel donc que ne manqueront pas de le faire miroiter le maire et le patron de GC Conseil à l’occasion des réunions qu’ils vont tenir au fil de l’opération Doliprane :

  • Sur le site du Bager, GC Conseil « envisage » la création de 25 à 50 emplois (on appréciera la largeur de la fourchette). Des emplois qui se répartiraient comme suit :
    • de 4 à 8 pour l’activité « découverte/extraction/remise en état »
    • de 6 à 12 pour les installations de traitement de la carrière
    • de 2 à 4 emplois administratifs
    • de 2 à 4 pour une centrale d’enrobage
    • de 9 à 18 pour une unité de préfabrication
    • de 2 à 4 pour le négoce
  • Quant au site de Soeix, il permettrait la création de 55 à 120 emplois (noter là aussi la largeur de la fourchette). En voici la répartition prévisionnelle dans l’étude
    • de 4 à 8 pour l’activité « découverte/extraction/remise en état »
    • de 4 à 8 pour la mise sur palette des dalles calcaires
    • de 2 à 4 emplois administratifs
    • de 4 à 8 pour l’activité de sciage
    • de 6 à 18 emplois d’artisans ( !!!)
    • de 20 à 36 emplois pour une activité d’insertion ( ???)
    • de 2 à 4 pour une centrale de béton prêt à l’emploi
    • de 6 à 15 pour la fabrication d’amendement calcaire
    • de 2 à 4 pour la plateforme argile
    • de 3 à 9 pour l’activité transport
    • de 2 à 6 pour la plateforme tri/recyclage

Voilà des chiffres séduisants en effet. N’est-ce pas là leur objectif premier que de tenter d’amadouer toutes ces personnes que le projet inquiète ? Mais ces chiffres sont-ils bien sérieux ? Pourquoi ces fourchettes allant du simple au double ? On comprend bien que l’extraction proprement dite sera créatrice de quelques emplois. Mais pour tout le reste, toutes ces activités connexes (artisans, activité d’insertion, centrale d’enrobage, unité de préfabrication, négoce etc.), le maire et Guillaume Costanzo sont-ils en mesure de produire aujourd’hui des engagements fermes des entreprises qui ont décidé de s’implanter sur les sites de Soeix et du Bager dès qu’ils seront opérationnels ? Une partie de ces activités serait source de nuisances supplémentaires (rejets, bruit, poussière etc.), nuisances qui accroitraient celles de l’extraction. Les études actuelles les prennent-elles en compte ?

À considérer toutes les questions que suscitent ces deux tableaux d’emplois, je ne puis, à titre personnel bien sûr, m’empêcher de penser que l’on nous projette là un écran de fumée ou, si l’on préfère compte tenu de la nature du projet, un écran de poussière. Le maire et Guillaume Costanzo seront-ils à même de dissiper cet écran lors des réunions des 7, 8 et 21 novembre ? Il faudra pour cela qu’ils ne manquent pas de souffle.

8 commentaires sur « Carrières : création d’emplois – des chiffres fantaisistes ? »

  1. Il est vrai, comme tu l’écris Joël, tout ceci n’est qu’un écran poussière « épais » , c’est bien plus adapté comme terme.
    Ce qu’ils oublient de dire, c’est le nombre d’emplois qui va disparaître si de telles installations voyaient le jour ! Pourquoi ne font-ils pas une balance sur leur présentation ?
    En effet, selon les sources officielles de Migradour par exemple, 135 emplois dépendent de la pêche…Si le gave venait à être pollué, adieu l’économie tout au long de ce gave d’Oloron. Navarrenx et Sauveterre y sont vraiment sensibles, ils en vivent grâce à la présence du saumon en particulier.
    A ceci toute l’économie locale, en mentionnant en premier lieu les hôtels, restaurants, gîtes, chambres d’hôtes, et autres commerces liés, combien d’emplois, d’établissements partiront également en fumée ? Le risque est bien réel avec des carrières.
    Il suffit de constater ce que la carrière du Bager rejette dans la rivière Lourtau ! un exemple assez flagrant. Il est à noter également qu’elle a pollué la station Thermale de St Christau, qui a fermé du coup !
    Espérons que les responsables de l’état, Madame la Sous-Préfète et d’autres élus plus posés que notre premier édile pèseront de plus près, le pour et le contre.
    L’ACCOB, avec des experts travaillent à développer le seul vecteur viable à mettre en avant dans notre Piémont : le Tourisme Durable. C’est l’axe qui favorise la mise en avant de notre région, des créations d’emplois nouveaux et pérennes, tout en conservant tout notre Patrimoine et la biodiversité. Biodiversité qui selon les dernières informations est vraiment mise à mal en général.
    Est-ce que ces prédateurs voraces ont entendu parler de la COP21 ? des derniers décrets et autre qui promulguent la protection des forêts, des cours d’eau mais également de toutes les espèces qui disparaissent…
    Non, L’ACCOB ne veut aucune nouvelle carrière, nous ne laisserons pas massacrer les joyaux que la commune a eu en héritage, qui est notre bien à tous.

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    1. Merci Jean-Claude d’apporter ces précisions importantes.Et j’ai bien noté que l’ACCOB veut pas se positionner uniquement en opposante pure et dure au projet. Elle se place dans une démarche plus positive en avançant des contre-propositions. N’a-t-on pas là un exemple de démocratie participative ?

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  2. Toujours la même question. La CCPO à son mot à dire. Cop 21 oui. Labarthe v.président CCPO en charge de l’environnement, b.Uthurry v.président en charge de l’économie. D. Lacrampe. Président de la CCPO. En. Charge environnement, économie, tourisme. Les trois personnes sont aussi conseiller municipaux à Oloron-Sainte-Marie, qu’elle position ils vont avoir au moment des votes dans les deux assemblées. Pour le problème de la source du lourteau il faudrait faire délibérer les collectivités qui boivent l’eau d’Oloron.

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  3. En ce qui concerne l’emploi, regardons simplement près de chez nous.
    Le Groupe Daniel avec ses 15 installation sur 3 départements, fait un chiffre d’affaire 9 577 400 € pour 77 emplois en 2015.
    Ceci donne dirigeants et administration inclus 5.13 emplois par site..

    Croyez-vous réellement le marketing de GC Conseil ?
    Lien société : http://www.societe.com/societe/groupe-daniel-328604004.html#chiffrecle
    Lien Groupe : http://www.groupe-daniel.fr/le-groupe/qui-sommes-nous

    Quand dites-vous ?
    Les exemples sont nombreux et identiques…

    Le doliprane a intérêt d’être balaise pour nous faire avaler la pilule !

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  4. bjr,
    dans un business plan d’un projet de cette nature doivnet figurer les revenus, cad les volumes/tonnages extraits avec un prix de vente previsionnel. donc en divisant par 40 tonnes, cela donnera à minima le nombre de camion qui vont circuler dans le secteur et sur la duree prevue de l’extraction la dimension du trou qu’il faudra réaménager/reboucher apres. par ex on pourrait y mettre les machefers d’un incinerateur, ce qui ferait des revenus et des camions supplémentaires. sans aucun doute des infos qui seront communiquées lors des réunions de presentation

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    1. Ne croyez-vous pas que lors de ces réunions les porteurs du projet (j’y inclus le maire) s’efforceront de rester le plus discrets possible sur les impacts environnementaux qui ne leur seraient pas favorables ? Transparence… transparence…

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      1. Dans le même business plan figurent également sous forme de charges:
        – la masse salariale, cad les emplois directs
        – la sous traitance, cad travaux sous traités aux artisans, entreprises locales, donc les emplois induits.

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