La polémique du Bastet : une occasion de remettre de l’ordre dans le dossier ?


Après une dizaine de jours passés loin d’internet, à 800 kilomètres d’ici, dans la plus belle région de France (si l’on excepte le Béarn, bien entendu !), c’est-à-dire la Bretagne, m’attend dans ma boîte mail le message d’un homme en colère.

Il est même très en colère, Michel Boniface. Au point d’avoir tenu à partager les motifs de son courroux avec des personnalités politiques éminentes (Jean Lassalle et Hervé Lucbéreilh, pas mois), des médias nationaux et locaux non moins importants (le site d’information en ligne Médiapart et La République des Pyrénées), un personnage public de premier plan (le Défenseur des Droits, l’ancien ministre Jacques Toubon) et, allez savoir pourquoi il se retrouve au milieu de ce brillant aéropage, le rédacteur d’un petit blog local.

La République datée du 18 août nous donne les raisons de sa rogne. Randonneur non pèlerin, Michel Boniface comptait passer une nuit dans le centre d’hébergement du Bastet. Quand il a voulu réserver, il lui a été répondu que seules étaient admises les personnes munies du crédential. Le crédential, c’est le « passeport » du pèlerin, délivré par certaines paroisses et les associations jacquaires. N’étant pas pèlerin, il ne pouvait donc accéder au Bastet. Il s’estime donc victime d’une discrimination puisque ce lieu d’hébergement appartient à la commune et a été financé pour partie avec des fonds publics.

La commune a confié la gestion de lieux à une association loi de 1901, les Amis de la Voie d’Arles-Compostelle. Interrogée par Michel Boniface, la commune répond par l’intermédiaire de son directeur général des services (tous les élus étaient-ils en congés pour que ce soit un fonctionnaire qui prenne la plume ?) que les fonds publics ont été obtenus pour la réalisation d’un hébergement pour pèlerins. Et que, par voie de conséquence, la commune a respecté les obligations qui étaient les siennes en la matière.

Que penser de cette affaire ? Il convient de l’aborder avec beaucoup de circonspection. Au moins pour deux raisons:

  • Il n’est pas question de taper sur une association qui fait fonctionner le Bastet grâce à ses bénévoles. La mairie a été bien contente de la trouver lorsqu’il s’est agi de prendre au pied levé le relais du précédent gestionnaire qui n’a pas souhaité poursuivre l’expérience (voir en fin d’article une précision apportée par ce précédent gestionnaire). Et, hormis cet incident de parcours, tout semble marcher à la satisfaction générale de ceux qui bénéficient d’un accueil dans cet espace.
  • Il faudrait, pour pouvoir livrer une appréciation, avoir connaissance de la convention qui lie la commune et l’association, convention qui fixe les droits et obligations des deux parties. En avril dernier, cette convention a été renouvelée pour une durée de quatre années en avril dernier par décision du maire prise par délégation du conseil municipal. Or, contrairement à ce qu’exige la loi, le maire n’en a pas rendu compte au conseil municipal et la décision du maire n’a pas été affichée à la porte de l’hôtel de ville. Difficile devant tant de transparence, de se faire une opinion.

Malgré ces réserves dictées par la prudence, il n’est pas interdit de se poser quelques questions face à un dossier qui, à l’évidence, a été, comme beaucoup d’autres, gérée à la va-vite, sans souci des règles de droit :

  • L’association Les Amis de la Voie d’Arles-Compostelle a pour objet statutaire « valorisation, défense et connaissance des voies transfrontalières ». Cet objet l’habilite-t-elle à gérer un lieu d’hébergement ? N’y aurait-il pas lieu de compléter l’objet pour le rendre plus conforme à ce qui est l’une de ses activités principales ?
  • Le maire invoque que le contrat unissant la commune et l’association est un contrat de location-gérance. Dans le même temps, le site de la mairie informe dans ses actualités que c’est une convention d’occupation du domaine public qui a été conclue entre la commune et l’association. Un juriste y perdrait ses petits. En effet, en aucun cas un bien du domaine public ne peut être mis en location-gérance, qui est un contrat commercial. Alors, qu’en est-il exactement ? S’il s’agit bien d’un bien du domaine public, pourquoi la procédure de délégation de service public n’a-t-elle pas été enclenchée ?
  •  Sous le précédent gestionnaire, l’accueil était-il également réservé aux seuls détenteurs du crédential ? Si tel n’était pas le cas, qui a décidé de cette modification ? Est-elle formalisée dans la convention conclue avec l’association ?

Une chose est sûre : le dossier doit être remis à plat. Ainsi pourront être évitées des polémiques qui, au final, mobilisent une énergie qui pourrait être utilisée à faire des choses plus intéressantes pour notre cité.

Précisions apportées par le précédent gestionnaire dans un courriel en date du 7 septembre 2016 :

« La seule proposition que l’on m’a faite, est l’achat du bâtiment (Bastet) pour un  montant de 260 000€, estimé par les domaines.

Au vu du travail effectué pendant six années, (entretien complet du lieu, référencer le  gite auprès des différents organismes, baliseur officiel FFRP des chemins GR78, GR653 qui traversent notre ville) bien évidemment mon souhait était de continuer l’aventure mais, ce n’était pas le désir de la commune qui avait d’autres projets.

Mon contrat c’est terminé  le 31 décembre 2014  et après publication des comptes  du Bastet (fournis chaque année à la commune) la ville a préféré ne pas faire d’appel d’offre pour une nouvelle DSP (délégation des services publics).

Par contre un  arrangement a été trouvé avec l’association ARLOLOJAC  qui gère actuellement le Bastet pour le compte de la ville. En contre partie, cette dernière a pu faire du Bastet son siège social. »

 

2 commentaires sur « La polémique du Bastet : une occasion de remettre de l’ordre dans le dossier ? »

  1. C’est quand même bête cette histoire. Alors qu’ayant été refusé il pouvait à 2 pas de là toquer à la salle de prière musulmane puisque ce n’était pas Compostelle qu’il faisait.. ah oui zut c’est vrai il voulait être hébergé chez des laïcs..ben il restait la halle derriere la mairie…..

    Si j’avais su je l’aurai accueilli ce brave homme surtout avec un tel nom:

    Boniface (vieilli) : qualificatif d’une personne qui est bonne avec simplicité, qui est d’une gentillesse un peu naïve, ou qui est excessivement crédule.

    Un pater et deux je vous salue marie dans son dos et hop ni vu ni connu, je le mettais sur la voie céleste. C’est mon côté samaritain.

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