Devenir du centre hospitalier : le coup de gueule d’un citoyen lambda


Le billet d’hier sur Oloronblog à propos du devenir du centre hospitalier d’Oloron a fait réagir Bernard Halty. Il a laissé au bas de ce billet un commentaire que j’interprète non comme une réponse au praticien hospitalier dont je publiais le texte, mais comme la réaction d’un « citoyen lambda » face aux prises de position diverses et variées et parfois contradictoires dont nous sommes tous pris à témoins sur le sujet.

Vous êtes déjà très nombreux à avoir lu l’article d’hier. Or ce commentaire de Bernard Halty vient d’être mis en ligne. Il vous a donc probablement échappé. Je crois donc bon de le reprendre ici en article de fond car je pense qu’il exprime un point de vue largement partagé au sein de la population. La parole est à lui :

« Comme tous les écrits que j’ai pu parcourir sur le sujet, cette intervention est pour moi, et je suppose pour la majorité des citoyens ignares des choses de la médecine, encore une fois écrit en Volapük.
Sur le devenir (ou la mort programmée, ou la mort inéluctable) de l’établissement public de soins d’Oloron, on entend s’exprimer pêle-mêle :
– Des médecins adhérents ou non à un Collectif Santé auto-proclamé de référence (ceux-qui-comprennent-et-qui-savent)
– Des hommes politiques locaux, aux arrière-pensées souvent plus tournées vers la prochaine échéance électorale que vers la gestion de la chose publique à l’instant T
– Des journalistes qui j’en suis persuadé ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe mais ont un papier à faire, qu’importe ce qu’il y aura dedans pourvu que ça remplisse x colonnes dans la prochaine édition
– Des représentants de l’ARS, bien dressés et payés pour décliner servilement et sans état d’âme les politiques essentiellement budgétaires venues d’en haut (on reboucle avec les politiques)
– Des groupes de pression divers et variés issus ou cousinant avec des associations ou syndicats de toutes sortes, soucieux avant tout de communication vers l’externe .
Bref, l’individu lambda, utilisateur de services publics à l’occasion et contribuable toujours, regarde tout ce cirque en se disant qu’au bout du bout, c’est lui et ses semblables qui se feront … avoir !
Et pourtant : qu’est-ce qu’il veut l’habitant moyen du Haut-Béarn, qu’est-ce qu’il attend ce(tte) malheureux (se) contribuable de base ?
Ce qu’il (ou elle) veut c’est vachement simple : c’est pouvoir se faire soigner pas trop loin de son domicile et des siens quand son petit cœur a des ratés. C’est se faire amener aux urgences quand il rate la marche de la palombière et se crashe au pied de l’arbre. C’est aller faire son bébé à une distance raisonnable et non dans une grosse usine à bébés à 1 heure ½ de chez elle.
OK diront les ceux-qui-savent : ça c’était bon il y a 30 ans, aujourd’hui on est au 21e siècle, et ma bonne dame au 21e siècle ça ne marche plus du tout comme ça. Mais rendez vous compte !
– Les médecins qui arrivent sur la marché sont en nombre insuffisant, il va en manquer partout, et de plus en plus ! (Qui est-ce qui a instauré le numerus clausus, et surtout qui sont ceux qui l’ont maintenu année après année ?)
Pardon, il y en aura toujours en nombre suffisant, à Neuilly-Auteuil-Passy, à Nice, à Cannes ou à Biarritz. Bien sûr, les dépassements d’honoraires sont indispensables pour vivre décemment n’est-ce pas ?
– Les médecins qui arrivent sur le marché sont à 2/3 des femmes, et vous comprenez elles ne veulent plus travailler à partir de 17 h, le mercredi, le samedi, quant à assurer des gardes, mais vous n’y pensez pas !
– Il faut une vie culturelle riche sur le site, des beaux magasins et des beaux restaurants, une vie sociale animée entre gens du même monde
– Pour faire fonctionner un service dans un hôpital, il faut 3 ou 4 spécialistes par spécialité, plus 2 ou 3 anesthésistes eux aussi spécialisés, un plateau technique à plusieurs millions d’euros, et le tapis rouge déroulé tous les matins à la prise de service.
Bref à mon sens tout pourra aller droit quand les seigneurs de la médecine seront nationalisés, quand un Etat fort, qui ne l’oublions pas paye leurs études et les paye en grande partie via la bonne vieille Sécu, leur imposera des affectations de début de carrière en fonction des besoins de la population et non de leur désir individualiste et égoïste. Quand les mutuelles arrêteront de couvrir en tout ou partie les excès tarifaires de trop de ces messieurs-dames de la classe supérieure qui ont paraît-il prêté le serment d’Hippocrate.
Bon je sais, tout ça c’est hors sujet, on est au 21e siècle voyons !
Ben moi je suis un pur produit du 20e, imprégné de vieilles valeurs tout à fait désuètes aujourd’hui.
Alors faites ce que vous voudrez, faites ce que vous pourrez, ce siècle n’est plus le mien. »

2 commentaires sur « Devenir du centre hospitalier : le coup de gueule d’un citoyen lambda »

  1. Même si mon avis n’a que peu d’importance et bien j’adhère ! J’adhère à ce qui est dit avec un petit bémol que j’ai déjà évoqué, un jeune médecin a besoin certes de bonnes conditions de travail mais aussi d’un environnement dans lequel il pourra profiter de sa jeunesse, pas dans une ville morte. Quand aux médecins aguerris que viendraient-ils faire dans une ville comme Oloron ? Si nous étions à leur place, que ferions nous, exercerions nous sur la côte basque ou à Neuilly ou choisirions nous de venir à Oloron avec moindre salaire, moindre équipement, moindres sorties nocturnes, moindre tout en définitif….

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  2. Cela se tient ,sur le plan argumentatif. Qui prendra le risque de le mettre en pratique? Et comment?
    Mrci pour l’éclairage tout de même.

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