L’affaire du camping municipal traduit (ou trahit) un vrai problème de gouvernance à la mairie


Sans entonner l’hymne du « On vous l’avait bien dit », aucun de ceux qui ont suivi un tant soit peu le dossier du projet de vente du camping municipal ne sera surpris par la décision du sous-préfet de demander au maire de retirer la délibération prise par le conseil municipal du 11 avril sous peine de saisir le tribunal administratif en cas de refus de la part de ce dernier (cf les articles mis en ligne hier soir par Sud-Ouest et La République, liens vers ces articles dans mon billet d’hier). Bien des éléments du dossier le laissaient présager dès le départ :
• erreurs matérielles sur la surface mise en vente
• rabais inexpliqué, sinon inexplicable, sur l’estimation du prix de cession des Domaines (480 000 € au lieu de 620 000, soit une remise de 140 000 €)
• absence de mise en concurrence officielle
• entrées et sorties théâtrales du maire et de l’un de ses adjoints lorsque la délibération est venue en discussion devant le conseil municipal.

Mais avant de revenir dans les prochains jours sur le fond du dossier et sur les raisons qui ont motivé l’exigence du sous-préfet, osons une analyse un peu plus « politique » de la situation. En une phrase, cette affaire n’est que l’un des signes du problème de gouvernance qui se manifeste depuis quelques temps à la mairie. Etayons ce sentiment.

Il me semble avoir employé un jour ici l’expression de « roitelet de sous-préfecture ». Histoire d’ironiser sur la propension du maire à n’en faire qu’à sa tête sans s’embarrasser de toute considération réglementaire, sans se soucier de savoir si sa manière de faire était conforme à la loi. Les exemples sont multiples et lui ont déjà valu de devoir revoir sa copie en maintes occasions : la location du CCAS, le déclassement du Foirail, le compte-rendu de ses délégations etc. etc. Et maintenant le camping municipal. Ce dernier avatar servira-t-il de leçon ? J’en doute.

Il paraît que Louis XIV a déclaré un jour : « L’État c’est moi ». À Oloron, ce serait plutôt : « La commune, c’est moi ». Oui, mais voilà, le Roi Soleil savait s’entourer beaucoup plus qu’ion ne le croit de l’avis de ses conseillers. Ici, les fonctionnaires qui osent mettre en garde sur tel ou tel aspect d’un dossier s’entendent trop souvent répondre : « On s’en fout ! ». Il n’y a pas là de quoi susciter des vocations de lanceurs d’alerte.

Autre élément tout à fait incompréhensible pour quelqu’un qui suit les événements de l’extérieur : le maire est suivi dans toutes ses initiatives, fussent les plus contestables sur le plan de la légalité, par une majorité unanime. Il n’y a donc au sein de cette équipe personne qui soit à même de le dissuader ou à tout le moins de tirer la sonnette d’alarme ? Comment des élus aussi responsables et au fait des questions municipales peuvent-ils accepter de joindre leur vote en sachant pertinemment que la décision qu’on leur demande de prendre va être une source de contentieux. Il y a là pour moi un mystère.

Dans l’idéal, cette affaire du camping municipal devrait être l’occasion d’une remise à plat de la gouvernance de la mairie. Dans l’optique d’une gestion municipale plus respectueuse de la règle, plus transparente, plus à l’écoute, plus soucieuse des avis extérieurs… Il n’est pas interdit de rêver, non ?

8 commentaires sur « L’affaire du camping municipal traduit (ou trahit) un vrai problème de gouvernance à la mairie »

  1. Je pense que si le blogueur devait énoncer tous les cas semblables à celui-ci (plus ou moins importants), une page n’y suffirait pas..
    Je veux toutefois rétablir une petite chose concernant cette affaire lors du précédent conseil municipal. Une seule conseillère a assumé correctement sa fonction, c’est Leïla LE MOIGNIC-GOUSSIES qui s’est abstenue au vue des erreurs citées…

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    1. Tu as raison André. La prise de position de cette élue de la majorité est un premier pas. Mais, selon moi, un conseiller municipal ne devrait pas s’abstenir. Il est pour… ou, s’il n’a pas assez d’informations ou qu’il est carrément opposé à la décision qu’on lui demande de voter, il est contre. Pas de demi-milieu.

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      1. Je suis d’accord avec toi Joël, mais dans l’ambiance plus que saugrenue qui régnait ce soir là, ce premier pas était à souligner, tout comme le grand nombre de conseillers absent et le jeu de chaise musicale joué par le maire (comportement indigne d’un élu).
        Cependant l’abstention n’est pas la formulation d’une position, ni l’affirmation d’une volonté certaine d’agir en son âme et conscience pour sa ville et ses citoyens.

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  2. Très satisfait de l’analyse du contrôle de légalité qui rejoint mon post du 9 avril ou je mentionnais la décision du conseil d’Etat pour la commune de Courtenay.

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  3. bonjour,
    le rédacteur de ce commentaire a été DGA dans diverses collectivités de 40.000 à 600.000 habitants. Avec ce recul, je dirai qu’il est difficile de faire une analyse du fonctionnement de la collectivité sans connaitre ce qui se passe à l’intérieur? Est ce que le comportement public des acteurs est un bon indicateur? Au mieux, je dirais que lorsque les élus ont un projet, le rôle de l’administration est de le rendre réalisable en faisant de l’ingénierie technique, financière et juridique. Si un seul de ces points manquent, le projet est mal parti. Est ce le cas ici? je l’ignore. En tout cas, il va falloir reprendre le projet à zéro en traitant les 3 aspects. Du temps et de l’argent perdu 😦

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    1. Bonjour,
      Je rejoins votre analyse. Le partage des rôles entre administration et exécutif est parfois difficile à établir. Et c’est justement quand les élus se substituent aux fonctionnaires… ou que les fonctionnaires se prennent pour des élus que l’on constate des ratés dans le fonctionnement de la machine municipale.Est-ce le cas ici ? J’ai quelques raisons de le croire.

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