Déviation Gabarn-Gurmençon : bien joué, Jean-Jacques Lasserre, mais il reste quelques zones d’ombre


Le 10 mai à 18 heures, à quelques heures donc de la fin de l’ultimatum du gouvernement, Jean-Jacques Lasserre a annoncé que le département des Pyrénées-Atlantiques allait financer le contournement d’Oloron à hauteur de 38,5 millions d’€, soit une somme équivalente à celle que supportera l’autre financeur, l’État. Ce montant correspondant bien à la part qui était attendue de cette collectivité locale, plus rien ne semble donc s’opposer au lancement effectif de l’opération sitôt que le conseil départemental aura délibéré le 27 mai prochain pour officialiser cette annonce.

Il y a un peu moins d’un an, beaucoup d’entre nous n’imaginaient pas une telle issue. Jean-Jacques Lasserre, qui venait d’être porté à la présidence du conseil départemental refusait alors d’honorer les engagements pris par ses prédécesseurs, trouvant lesdits engagements trop lourds pour le département. S’en suivit une âpre phase de négociation avec l’État et avec la Région.

La teneur des négociations

Lasserre attendait du premier :

  • qu’il accepte d’assurer la maîtrise d’ouvrage de l’opération,
  • qu’il renonce à exiger que le département préfinance la totalité des travaux
  • qu’il ne lie pas sa participation à l’engagement du département de participer financièrement à la réalisation de la LGV (ligne à grande vitesse)

Lasserre attendait de la seconde qu’elle contribue financièrement au coût des travaux

Le dossier a tutoyé la sortie de route à plusieurs reprises. Mais, après bien des zigzags, le bout du chemin est en vue. L’État a accepté les trois exigences de Jean-Jacques Lasserre. Quant à la Région, se refusant à intervenir sur le domaine routier, elle apportera au département sa contribution via des concours financiers sur des projets relevant de domaines plus en lien avec ses compétences. Une contribution qui devrait représenter un peu plus de 19 millions d’€, soit 50% de ce qui reste à la charge du Département.

Les mérites des uns et des autres

Il est évident que chacun des protagonistes va chercher à s’attribuer l’heureuse issue de l’opération. Le grand gagnant me paraît toutefois être Jean-Jacques Lasserre. Il a su avec maestria défendre les intérêts de la collectivité qu’il préside (donc les intérêts des contribuables locaux). En jouant peut-être avec le feu, mais seul le résultat compte.

Sans doute que la chance de disposer d’un vice-président oloronais au conseil régional n’a pas non plus été inutile pour convaincre un Alain Rousset assez réticent.

Et côté ville d’Oloron ? Est-ce que la motion votée à l’unanimité par le conseil municipal et la banderole déployée le long du balcon de l’Hôtel de ville ont leur part dans le succès final ? Allez, j’aimerais le croire !

On ne nous dit pas tout

Cela étant, vous observerez comme moi que l’on ignore quasiment tout des termes de l’accord. Y a-t-il un document qui le finalise en précisant par écrit les engagements des uns et des autres ? Il serait en effet étonnant que Lasserre et Rousset se soient contentés pour sceller leur accord de se taper dans la main, tels des maquignons.

Dans l’interview diffusé par La République, le président du Conseil départemental demeure très vague sur les dossiers sur lesquels la Région interviendra : « Chantiers de la montagne et de l’Université… », « On va vous dévoiler les opérations au cours du temps… », se laissant aller à une seule précision : « Pour l’Université, la Région viendra à notre place à hauteur de 5 millions d’€ ».

Faut-il rappeler la maxime de la grand’mère de Martine Aubry ? Une chose est donc sûre : on ne nous dit pas tout.

Un autre point mériterait d’être éclairci.

La Région doit selon l’accord intervenir à une hauteur totale de 19,5 millions d’€ sur des dossiers relevant de sa compétence. Qui décidera que telle subvention rentre dans le cadre de cette enveloppe ?
En d’autres termes, comment faire la part des choses entre les sommes que la Région apportera au titre de cette enveloppe et les sommes qu’elle aurait de toute façon apportées, accord ou pas accord sur le financement du contournement d’Oloron, pour subventionner ces projets ?
Prenons le seul exemple concret qui nous ait été donné, l’Université. Les 5 millions d’€ évoqués par Jean-Jacques Lasserre correspondent-ils à une subvention supplémentaire à comptabiliser dans l’enveloppe des 19,5 millions en plus de la subvention « normale » que la Région s’apprêtait, accord ou pas accord, à apporter à l’Université ?

Comme nous avons affaire à des hommes politiques responsables, ne doutons pas que nous trouverons réponse à ces questions lors des débats du 27 mai prochain, lorsque les conseillers départementaux seront appelés à adopter le plan de financement de la voie de contournement d’Oloron.

5 commentaires sur « Déviation Gabarn-Gurmençon : bien joué, Jean-Jacques Lasserre, mais il reste quelques zones d’ombre »

  1. Tout cet exposé paraît être parfaitement construit.
    Toutefois je tiens à exprimer l’effet que ces passes d’arme produisent sur le citoyen lambda, celui qui ira à la pêche à la ligne le jour du prochain vote, ou qui ira mettre un bulletin FN dans l’urne pour exprimer son profond sentiment de « tous pourris », celui qui au fond ne croit plus ni à la démocratie ni aux valeurs républicaines, parce que petit à petit la classe politique l’en dégoûte.
    Pour lui, la classe politique est sensée être issue du peuple, et devrait pour vocation, pour credo, de soutenir les intérêts de la population. L’intérêt collectif. En fédérant les moyens des entités qu’ils dirigent au mieux, au lieu de dépenser une énergie phénoménale à tenter de refilrer à d’autres les patates chaudes.
    Quel spectacle donnent-ils nos baronnets locaux ? Celui de coqs un peu vieux (souvent) un peu bouffis (pas mal) qui défendent chacun son fonds de commerce : qui le département, qui la Région, qui sa propre carrière, qui son image ou ce qu’il croit en faire paraître.
    L’intérêt commun dans tout ça ? Mais vous ne pouvez pas comprendre ma bonne dame !
    Bref tout ce cinéma pour boucler un dossier évidemment prioritaire, vu l’état d’avancement des travaux déjà réalisés, donne la nausée au citoyen lambda qui ira – ou n’ira pas – voter à la prochaine élection.

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    1. Probablement que, comme tu le soulignes, défense de sa propre image ou de sa carrière sont pour partie la cause de ces trop longues tergiversations. Mais je crois aussi que, selon qu’il est vu de Paris, de Bordeaux, de Pau ou d’Oloron, l’intérêt général présenté par un même projet ne s’impose pas à tous avec la même évidence.Pour arriver à obtenir l’adhésion de tous, il faut une sacrée capacité de conviction…. et/ou beaucoup de ténacité. Malheureusement, nous n’avons pas tous les jours sous la main des hommes politiques qui disposent de ces deux qualités à une dose suffisante.

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  2. Il est intéressant de voir la gestion des priorités par le conseil départemental.Il finit par financer une deviation qui est , me semble t il d’utilité collective ( moins de camions dans oloron, certains diront et les villages de la vallée, ils les gardent leurs camions!). D’un autre coté, il verse 1 millions d’euros à l’EPSA (500.000 une année avec trop de neige, 500.000 une année sans neige) sans demander d’effort d’économie à l’EPSA! En même temps il demande aux familles de contribuer aux transports scolaires et des lignes de bus départementaux fonctionnement quasiment à vide! ou est le rationnel et le pragmatisme dans tout cela!

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    1. Sur le coup, je vais être un peu plus indulgent que vous : pas facile quand on est à la tête d’une collectivité d’arbitrer entre les diverses priorités. Fatalement, on finit toujours par faire des mécontents.

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