Conseil municipal du 11 avril : le dossier camping municipal vire à la séance de théâtre de boulevard


En ce 11 avril, il y avait animation devant la mairie avec la « casserolade » qui a réuni une bonne centaine d’interprètes autour du chef Éric Pétetin. L’animation s’est ensuite poursuivie durant 4 heures et demi (de 18 heures 30 à 23 heures), sur un autre registre, dans la salle du conseil. Grâce à (ou à cause de… cela dépend du point de vue auquel on se place) une opposition plus pugnace et maîtrisant mieux ses dossiers que de coutume.

Au risque de me répéter, je rappelle qu’il n’est pas question de faire ici un compte-rendu exhaustif des débats. C’est le métier des journalistes de La République et de Sud-Ouest. Voici en revanche quelques informations tirées des bouts de notes prises par le blogueur au fil de la soirée sur le sujet qui a occupé plus du quart de la séance.

Le débat sur la cession du camping municipal a donc constitué, comme attendu, le plat de résistance du conseil municipal. C’est à une vraie séance de théâtre de boulevard à laquelle nous avons assisté. Avec personnages qui sortent brusquement de la salle puis y rentrent à nouveau, ton qui monte, évènements imprévus. Et même au final, soyons grossier, des cocu(e)s. Reprenons dans l’ordre :

Premier coup de théâtre :

Après que André Vignot, conseiller municipal délégué à l’économie, ait lu le rapport et proposé au conseil d’adopter, le maire prend la parole : « Je ne participe pas au vote du dossier lié à la discussion. J’ai lu dans la presse que des soupçons de conflit d’intérêt pesaient sur Monsieur Serena et moi-même. Nous avons décidé de ne participer ni aux discussions ni au vote et nous vous laissons le soin de faire comme vous voulez… ». Et il quitte la salle du conseil en compagnie de son adjoint Pierre Serena. Premier adjoint et premier surpris par ce départ, Daniel Lacrampe prend la présidence de la séance.

L’intervention de J-E Gaillat :

L’élu d’opposition attaque dur : « Cette délibération … demande tout bonnement au conseil municipal de valider un petit arrangement entre amis… ». S’il ne s’oppose pas à la désaffectation du camping pour le classer dans le domaine privé de la commune, il critique la méthode choisie. Il aurait souhaité « un mode juridique de gestion qui permette à une structure privée d’investir en conservant le fruit de ses investissements financiers, de constituer un fonds de commerce qu’il puisse revendre pour valoriser son travail », la commune conservant a minima la propriété d’une parcelle de terrain considérée comme inaliénable afin de préserver l’avenir de la plaine des sports de Saint-Pée.

J-E Gaillat poursuit en posant quelques questions (qui sont les 5 candidats qui se sont déclarés ? qu’est-ce qui a fait renoncer 4 d’entre eux ?) auxquelles l’élu en charge du rapport ignore la réponse. Nouvelle question : « Avez-vous étudié d’autres possibilités que la vente ? ». Réponse : non. Question : « Avez-vous fait une publicité et sur quel support ? ». Réponse de l’élu en charge du rapport : « Je ne peux pas répondre. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de publicité ». Dernière question de J-E Gaillat : « Quels sont les élus de ce conseil municipal qui ont procédé à la sélection et au choix de l’acquéreur potentiel ? Une commission ad hoc a-t-elle été constituée ? ». Un ange passe au-dessus des élus de la majorité.

Grosse animation dans les coulisses

Pendant cette intervention, élus de la majorité et fonctionnaires se lèvent et quittent à tour de rôle le fond de la salle, du côté où sont sortis le maire et Pierre Serena. Ils en reviennent manifestement avec des consignes et des informations qu’ils font passer à certains de leurs collègues.

L’opposition propose une solution alternative :

« Nous vous demandons de ne pas vendre les terrains, ceci pour préserver l’avenir de la commune, et d’étudier la possibilité des termes d’un bail emphytéotique de 18 ans minimum », formule dans laquelle la commune reste propriétaire des terrains.

Le coup de grâce

L’élu d’opposition sort de son carquois la flèche qui tue. La superficie des terrains mis en vente par la commune est bien supérieure à ce qui est indiqué dans la délibération : 10 958 m² dans la délibération contre 33 398 m² en réalité, soit trois fois plus. Le prix de vente passe ainsi de 43 € du mètre carré à 14 € du mètre carré. Et il conclut : « C’est donc l’imprécision rajoutée à l’ambigüité qui caractérise cette délibération : surface fausse, documents joints faux par rapport au libellé de la délibération. Vous faites très fort pour annuler ce rapport. Ne doutez pas une seule seconde que ce sera le cas. »

Réapparition du maire

À considérer les mines allongées des membres de la majorité autour de la table, on comprend que les coups de l’opposition ont porté. Il y a comme un léger flottement dans l’air. Le maire, jugeant sans doute que cela commence à sentir le roussi, revient sur scène en compagnie de Pierre Serena : « Je m’étais retiré parce que je ne voulais pas qu’il soit dit que j’intervenais s’agissant d’un de mes amis.J’ai quand même envie de dire que je trouve inadmissible que parce qu’on est ami du maire on n’ait pas le droit d’intervenir dans la vie économique d’une cité ».

Il ajoute que le camping est dans une situation catastrophique, que la gérante précédente doit 50 000 € de loyers à la ville. Il a été décidé de le mettre en vente parce que cela permet de faire rentrer 500 000 € dans les caisses de la commune. Le maire a jugé qu’il valait mieux vendre à quelqu’un qui, parce que c’était son bien, allait s’en occuper et réaliser les investissements nécessaires. Il confirme qu’il n’y a pas eu d’appel à candidatures, mais la prise d’un certain nombre de contacts, qu’il énumère.

Hervé Lucbéreilh communique ensuite à l’assemblée le projet de l’acquéreur potentiel, P.V.A. Un document qui tient sans doute sur une demi-page, ne contenant aucun élément d’ordre financier ni aucune information sur les moyens humains qui seront déployés (hormis le recrutement – en CDI – d’un directeur de très haut niveau !).

Le vote de la délibération

Cette mise au point faite et après avoir annoncé qu’il ne retirait pas la délibération, le maire se regagne à nouveau son bureau, toujours suivi par Pierre Serena. Mais repointe le nez quelques secondes plus tard pour apporter réponse à une question de J-E Gaillat au sujet du chiffre d’affaires du camping. Daniel Lacrampe fait alors procéder au vote de la délibération. Les résultats : 8 votes contre, 24 pour et 1 abstention (une conseillère de la majorité en raison de l’erreur de superficie contenue dans la délibération).

Et les cocu(e)s ?

Quels sont les cocu(e)s à l’issue de cette séance de théâtre de boulevard ? Est-ce les élus de l’opposition ? Ceux de la majorité ? Les acquéreurs potentiels ? Les Oloronais ? Et si tout le monde était perdant dans cette affaire de cornecul (cornecul = adjectif qui renvoie à une histoire abracadabrante)

16 commentaires sur « Conseil municipal du 11 avril : le dossier camping municipal vire à la séance de théâtre de boulevard »

  1. Pathétique … je ne dis pas que la proposition du Monsieur le Maire n’est pas la bonne, mais la méthode est vraiment pathétique. Encore un triste exemple d’incompétence de la part de nos conseillers municipaux (majorité ).
    Que font les journalistes ? Où sont les journalistes de Spotlight ? L’actualité de Oloron sainte marie ne commence pas le dimanche à 12h pour se terminer après la troisième mi-temps.

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    1. Vous ne devez pas la lire souvent ! De nombreux articles ont été consacrés au camping, que ce soit dans la Rep ou Sud-Ouest. Peut-être consacrez-vous trop de temps à la troisième mi-temps ?

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      1. La condescendance est un vilain défaut Mr Casamayor. Ne me prennez pas pour plus stupide que je ne suis. Je sais fort bien que la République et SO ont écrit des articles sur le camping. J’attends juste d’eux un regard plus critique, ça s’arrête là . Je trouve bien triste de devoir chercher des informations sur le blog d’un particulier.

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  2. Désolant et même révoltant, cette absence de rigueur dans la procédure de vente et seulement une abstention du côté de la majorité alors que des erreurs de gouvernance sont relevées, Du vrai béni oui oui. Impossible désormais d’imaginer de l’intégrité dans les appels d’offres, les ventes conduites par la municipalité. Vigilance citoyens ! est pourtant la nouvelle thématique lancée ce soir par le sixième adjoint à l’occasion du comité de quartier de Sainte-Croix.

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  3. J’ai au moins une ou deux fois loué vos analyses pertinentes ,et souvent j’ai pensé <> :La PQR (presse quotidienne régionale)devrait s’en inspirer.
    Faisant partie des casseroleurs ,je ne me sens pas sous la direction d’orchestre D’Eric Pétetin.C’est un détail dans votre article ,mais le lecteur pourrait interpréter .Bon continuation à votre blog.

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    1. J’ai cité Eric Pétetin car il s’agissait du participant le plus emblématique de la casserolade. Cela ne signifie bien évidemment pas que toutes les personnes présentes lors de ce rassemblement manifestaient sous sa direction. Merci de me donner l’occasion de le préciser.

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  4. Les bruits de casseroles sont discordants par nature, mais ils se stimulent dans le but de montrer leur opposition à un projet destructeur de la nature. Vives les casseroles dissonantes, qu’elles mettent fin aux ricanements des tronçonneuses, préambule aux pétarades sinistres de la dynamite !

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  5. Pour ma part, je trouve Mr Claverie aussi emblématique que Mr Pététin! attention au raccourci qui amènent quelques fois à la paresse intellectuelle. Mr Joël Adam votre dérapage peux vous faire glisser vers une prose journalistique .. genre Sud ouest ou la Rép!!! Je sais que l’on prête de nombreux défaut à Mr Pététin, mais de là, à le nommer chef des casseroleurs!! Nous sommes assez grand pour faire notre cuisine tout seul! C’est un peu comme si à la lecture de vos blogs, un journaliste vous donner le titre de « chef emblématique de l’opposition »..

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    1. Bien dit, Serge ! Traiter Pétetin de chef d’orchestre relevait de la boutade. Je sais bien que vous ne l’avez pas attendu pour faire connaître votre opposition aux projets de carrière. Cette boutade a été mal interprétée. J’assume.

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  6. Petite anecdote.. En sortie de casserolade, j’ai eu l’occasion d’échanger avec une personne chargée du maintien de l’ordre.. Celui-ci m’a dis qu’il se félicitait qu’il n’y ait eu aucun débordement, ni dégradation.. Je lui ai dis que si! qu’il se trompait!! En effet, des pistes forestières ont été ouvertes illégalement, ainsi que des cours d’eaux .. où sont les voyous? ..

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  7. Bonjour
    Je suis quand même surpris de constater qu’un homme intelligent comme Hervé Lucbéreilh se fasse, allez, disons-le, ridiculiser de la sorte en optant pour un comportement aussi ubuesque. Mais au delà de ça, j’ai cru comprendre qu’un « chargé de communication » avait été embauché. Ma première question : où était cette personne ? Si elle avait été là elle aurait dû immédiatement intervenir auprès du Maire pour lui déconseiller de faire des allers et retours, inutiles et ridicules à mon sens. Il aurait dû se contenter de dire qu’étant un sujet qui touche à l’un de ses amis, il ne participerait pas au vote.
    D’autre part, que font les services de la Mairie lors de la préparation d’un conseil municipal. Qui vérifie les dossiers avant leur présentation ? Il me semblait que les dossiers étaient vérifiés par les collaborateurs du Maire, peut-être même par le DGS, avant qu’ils ne soient débattus en CM. Et là, bug ! une faute de frappe (c’est ce que j’ai lu) a changé la dimension du terrain à vendre objet de la délibération… Si j’avais été Maire, j’aurais annulé la mise en délibération pour que soit corrigée cette faute et j’aurais aussi… viré la personne chargé de vérifier le dossier car par son inattention, il a mis en péril l’ensemble de la municipalité et la probité du Maire… Bien entendu si quelqu’un a été « autorisé » à jeter un oeil au dossier…
    Maintenant l’opposition a raison de s’engouffrer dans la brèche de cette erreur de frappe et aussi de l’appel d’offre partiel. Il peut y avoir deux issues : la première le Préfet ou le Tribunal Administratif ne casse pas la délibération ou la casse. Si elle est cassée, le Maire et son personnel, tout comme les membres de sa majorité sont en difficulté, là on peut dire politique car aucun n’a signalé que le dossier mis en délibération n’était pas conforme au droit laissant largement planer le doute sur leurs compétences à leur poste, si la décision n’est pas cassée, alors là, c’est l’opposition et tous ceux qui « bombardent » HL qui vont être invités à faire profil bas pour ne pas dire se taire.
    Maintenant je me garde bien de jeter l’opprobre sur qui que ce soit avant de tout connaître du sujet. Je citerais simplement une phrase que j’ai longtemps eu affichée dans mon bureau et qui pourrait s’adresser à beaucoup de gens en ce moment : « Pêcher par le silence, quand ils devraient protester, transforme les hommes en lâches ».
    Bonne fin de journée

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  8. erreur de frappe……….ce qui laisse supposer que Mr le Maire est d’accord pour vendre le camping municipal au prix de 14€ le m2 du terrain (environ), ceci dans l’intérêt des oloronais!!!!!

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    1. Exactement ! Et avec ses 620 000 € d’estimation, France Domaine (si ses techniciens ont bien pris en compte la superficie réelle de la parcelle en cause) évalue ces mêmes terrains, installations comprises, à 18 € le mètre carré.

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