Le maire d’Oloron contre Lindt ou le pot de terre contre le pot de fer


Sous les airs de celui auquel on ne la fait pas, le maire d’Oloron serait-il un grand naïf ? A-t-il imaginé un seul instant qu’en instituant une taxe sur les transports qu’aucune loi ne le contraignait à mettre en place, il ne subirait pas des dommages collatéraux ? Si tel était le cas, le voilà maintenant renseigné.

Cette taxe qui doit rapporter à la mairie 300 000 € par an va ainsi ponctionner 190 000 € par an dans les caisses de la seule entreprise Lindt. En « représailles » (il n’y a pas d’autre mot), Lindt a décidé de suspendre les aides qu’elle accordait à un certain nombre d’organismes et d’associations d’Oloron pour un montant global de 25 000 € par an. Comme le maire, on peut trouver cela « mesquin », « petit » ou « minable ». Mais cette attitude de l’industriel a au moins le mérite de remettre les choses à leur place :  à partir du moment où la mairie récolte 300 000 € de plus, qu’est-ce qui l’empêche de dégager 25 000 € supplémentaires en direction de ces associations ?

On me rétorquera que le produit de cette taxe doit uniquement servir à financer des opérations ayant une relation avec le transport (navette, aménagement de routes…). Certes. Mais ces opérations étaient déjà financées avant l’institution de la taxe sur des crédits qui se trouvent donc maintenant disponibles. Pour, par exemple, compenser ces 25 000 €.

Les maires ont trop souvent une piètre opinion des représentants du monde économique. Et ceux-ci le leur rendent bien. Mais qui a le plus à perdre dans les petites guéguerres que peut susciter cet antagonisme ? Celui dont le pouvoir de nuisance passe par la taxation et la création d’obstacles administratifs ou celui qui emploie les habitants de la ville et peut, dans le pire des cas, décider de délocaliser tout ou partie de son activité ou de se développer ailleurs ? On le voit les mesures de rétorsion des uns pèsent peu au regard de celles des autres. C’est le pot de terre contre le pot de fer.

La petite passe d’armes actuelle entre Lindt et le maire d’Oloron restera, il faut l’espérer, sans lendemain. De toute façon, si le bras de fer se poursuit, Hervé Lucbéreilh gagnera peut-être la bataille de l’opinion, mais ce sera une victoire à la Pyrrhus dont la ville d’Oloron fera un jour les frais. Comme ces organismes et associations aujourd’hui pénalisés par le retrait de Lindt. Et ce seront alors les Oloronais qui seront chocolat (celle-là, elle est facile, mais je n’ai pas su y résister).

8 commentaires sur « Le maire d’Oloron contre Lindt ou le pot de terre contre le pot de fer »

  1. Donc, en d’autres termes, laissons le seigneur du château Lindt décider de lui-même ce qu’il peut donner ou pas, et punir ou pas les manants qui osent réclamer ? En toute féodalité. Je ne suis plus un « supporter » de notre maire, mais là j’estime qu’il agit dans l’intérêt de la ville et qu’effectiverment, le geste de Lindt, est petit, médiocre, minable.

    Bien sûr, une nouvelle taxe (mais qui n’est tout de même pas arrivée d’un coup de baguette magique, sachant qu’une exonération d’office était appliquée pour les trois premières années) fait toujours grincer des dents ; bien sûr, 190 000 euros, c’est énorme. Ou pas… Parce que cela ne réprésente que 0.55% de la masse salariale. Si Lindt était implanté à Pau, il leur en couterait beacoup plus (1.80%). Il ne faut pas se leurrer, la fiscalité d’Oloron n’est vraiment pas une des pires de France pour les entreprises. Et puis rappelons que Lindt fait des bénéfices énormes ; et ce malgré l’investissement énorme que lui a coûté le rachat de Russel Stover. L’action Lindt ne cesse de monter, au profit des revenus des actionnaires…

    On ne cesse d’entendre les pleurnichements de Pierre Gattaz ; mais de grâce ne nous laissons pas prendre à ce discours. Les grosses entreprises (malheureusement pas les PME) se portent très bien ; et quand elles pleurnichent sur le coût du travail, leurs patrons s’en foutent plein les poches à ne plus savoir qu’en faire (voir les deux Carlos !), avec des salaires indécents, piqués directement dans la poche des salariés. Dans ce contexte, le geste de Lindt est tout aussi insupportable à mes yeux. Déjà qu’une aussi grosse entreprise qui ne « mécène » qu’à hauteur de 25 000 euros… Franchement on a déjà vu beaucoup mieux. Et je serai curieux de savoir de quelles associations il s’agit.

    Et puis il y a aussi une question de droit et de sens de l’intérêt public. L’Etat ne cesse de diminuer les dotations aux collectivités, il faut donc bien trouver de l’argent quelque part. Ici il s’agit de financer des transports publics. Cette taxe, sur Paris, finance 40% des coûts. La recette fonctionnant, elle a été étendue progressivement aux villes de 300 000 habitants, puis petit à petit jusqu’à celle de plus de 10 000 habitants. Nombre de communes la pratique, car elle est la seule à venir couvrir de manière conséquente les investissements et fonctionnements. Un maire peut-il vraiment faire l’impasse sur une telle recette ? Bien sûr que non. Et si Lindt est le pot de fer, il lui faudra tout de même payer. Se venger sur quelques associations est juste petit, médiocre, minable… et indescent. Que Lindt garde sa petite ferraille qui donnait avec tant de grandeur… Perso, je vais maintenant manger du Côte d’Or.

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    1. Si, cette taxe transport a été instituée à Oloron du jour au lendemain. S’il y avait eu 3 ans d’exonération d’office, cela signifierait que c’est l’ancienne majorité qui en a décidé. Elle a décidé de bien des choses question imposition, mais pas de celle-là.
      Lorsque vous évoquez les 1,8% auxquels sont taxés les entreprises de l’agglomération paloise, il convient de les mettre en relation avec le réseau de transports publics qui n’a rien à voir avec notre petite navette fonctionnant en 2 exemplaires.
      Reste que je considère qu’en sucrant ces 25 000 € de subvention (qui étaient pour une bonne part attribués en prestations), Lindt mélange un peu tout. Mais si le but de l’entreprise était de faire publiquement connaître son mécontentement à l’égard d’une décision municipale, il est atteint.

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    1. L’exonération ne concerne que les entreprises de 9 salariés, Cet assujettissement est progressif sur trois ans pour les employeurs qui, en raison de l’accroissement de leur effectif, atteignent ou dépassent l’effectif de neuf salariés.
      Du côté de la CCPO, j’avais relevé que la décision d’Oloron anéantissait la mise en place d’une autorité organisatrice des transports au niveau de l’ensemble des communes. C’est vers cette direction que devrait aller le débat.
      Par ailleurs, en général, les entreprises versent aux salariés une indemnité de transport quand il n’y a pas d’organisation de transport en commun. En l’occurrence le cotisant ne retrouve pas en retour de l’assujettissement un service au droit des salariés….et continue à verser la prime de transport…

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    2. La progressivité s’appliquent aux entreprises qui dépassent pour la première fois le seuil, c’est à dire qui passent pour la première fois à plus de 11 salariés (norme 2016, car auparavant ce seuil était de plus de 9 salariés). Lindt comptant plus de 9 salariés en 2015 (année d’institution de la taxe) n’était donc pas concernée par son application progressive et l’a payé tout de suite plein pot.

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  2. Je comprends (un peu) l’ire de la Sté Lindt… Sans rire …. Elle payait une indemnité de transport à ses salariés n fonction de leur lieu de domicile, et paf!!! se voit taxée de 190 ke du jour au lendemain à la bonne volonté de la municipalité . Pour quoi ? Pour financer une navette quasi vide ? Et pour qui ? Euh…. Y a t il des navettes assurant service à l’embauche des équipes de matin pour 5h ? Les équipes de nuit de 21h ? Y-a-t-il reellement un service public qui justifie une telle taxation ? Euh …. Oloron est-elle une ville embouteillée, avec zones de parking en « périphérie » ( lol…) qui permettent aux salariés venant des villages environnants de garer leur véhicule et de se rendre au centre ville ? Allons, allons, soyons sérieux 2 min…. Sacré foutage de gueule …. Que l’on se penche plutôt sur la nécessité d’un service aux personnes en nécessité ( âgés, sans moyen de locomotion, ou autres) par le biais du CCAS, que l’on organise alors un service taxi 2 fois par jour, et qu’on en finisse avec ces minibus vides !!!!

    On peut considérer la réaction de Linst mesquine, certes, mais au moins qu’elle soit utile à une remise en question de ce service. Je connais des entreprises qui sont assujetties à cette taxe, et dont les entreprises ne sont même pas desservis par ce pseudo-service au bénéfice de leurs salariés pour lesquels, pourtant, elle paient cette taxe !!!

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  3. Question : lors de quel conseil municipal a été prise cette décision ?
    L’indemnité transport citée ici n’a pour moi pas sa place sur ce sujet. C’est une prime uniquement donnée aux salarié(e)s d’une entreprise précise. Il n’y a donc pas de « retour sur investissement » à attendre pour cette entreprise, puisque le VT concerne le bien public, c’est à dire tout le monde. Si on commence à raisonner ainsi autant tout déctricoter et ne laisser vivre que le privé… Je rappelle que le VT concerne le fonctionnement (qui reste modeste sur Oloron), mais aussi les investissements. Que compte faire nos élus avec cette taxe ? Quelle ventilation pour quel usage ?

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    1. Réponse : le « versement transport » a été décidé lors du conseil municipal du 29 avril 2015. C’était d’ailleurs la seule question inscrite à l’ordre du jour de ce conseil.
      S’agissant de l’utilisation faite de cette taxe, j’ignore, ne l’ayant pas vérifié, si la collectivité doit publier un rapport annuel précisant les opérations auxquelles elle l’a destinée. Mais, même en l’absence d’obligation, il serait de bonne politique d’en rendre compte.

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