Oloron, désert médical ? Quelques pistes de réflexion


Ceux qui sont à la recherche d’un médecin traitant sur Oloron savent que c’est le parcours du combattant pour en dénicher un qui accepte encore des patients. Et la situation ne risque pas de s’améliorer dans les prochaines années avec tous les départs en retraite programmés. Côté Centre hospitalier, on l’aura compris, la situation n’est guère plus brillante. Qu’est-ce qui motive leur peu d’appétence à s’installer à Oloron ? J’ai profité d’un échange de mails avec le docteur Jean-Louis Coquard pour recueillir son avis sur la question. Un avis mille fois plus autorisé que la mien.

Jean-Louis Coquard commence par trois remarques :
• Oloron n’est pas un cas isolé. Toutes les petites villes de France de même que le péri-urbain des villes plus importantes (cf Pau) se heurtent au même problème.
• Le 9 février 2016 (ce n’est pas vieux), l’Association des Petites Villes de France a lancé un nouveau cri d’alarme sur le sujet
• Le 16 février 2016 (c’est encore moins vieux), la Conférence de santé, en l’absence des médecins libéraux (volontairement absents ?) a donné à la ministre de la Santé d’écrire une lettre qui aborde dans l’un de ses chapitres les moyens à mettre en place pour lutter contre les déserts médicaux.
Jean-Louis Coquard voit plusieurs raisons au problème de la démographie médicale dans le secteur hospitalier :
• La volonté politique depuis des années, à droite comme à gauche de regrouper les plateaux techniques pour des questions économiques et de meilleures prises en charge. Il n’y a là rien de choquant
• Tous les actes lourds (tels les chirurgies dont cancérologiques avec l’évolution technique et robotique, unité neurovasculaire des accidents vasculaires, unité cardiologique coronarienne, unité d’acte très technique type ponction, drainage dans les maladies de l’appareil digestif, importance des staffs communs de spécialités) ..impliquent un plateau technique de territoire
• Le développement des activités ambulatoires tant médicales que chirurgicales bousculent les habitudes …70% attendues : faut-il se battre pour le dimanche !!!!
• Une démographie balbutiante, qui se féminise dans les spécialités. Qui dit féminisation veut dire potentiellement couple …parfois médecin… souvent bac+5 voire 8 voire plus. Or le pôle emploi des petites villes est limité!!!!
• Une astreinte de tous les jours y compris dimanche et jours fériés (qu’il a vécue) qui n’est plus viable …ses collègues de gastro délèguent à Pau, un week-end par mois et un collègue de Pau supervise un autre week-end …voilà la réalité ..les temps changent
• Un salaire, surtout au début, inacceptable surtout dans certaines spécialités (par exemple ophtalmologie, radiologie, anesthésie)
• Éviter l’écueil pour un Centre hospitalier général de prendre un praticien pour boucher un trou et ce que le praticien soit français, européen. La mondialisation médicale est à éviter (quoique aujourd’hui, regarder comment fonctionne la radio …3 étrangers qui se succèdent)..risque d’un praticien faisant mauvaise presse

Tout ce qui précède explique qu’un chef de clinique formé (8 à 10 ans d’études), seule voie d’accès aux spécialités, cherchera prioritairement l’avenir. Et pour l’avenir est au plateau technique lourd, où on est nombreux, avec des repos, ce qui permet de ne pas sacrifier la vie de famille.

Jean-Louis Coquard admet moins bien connaître le problème de démographie médicale qui touche le secteur de la médecine libérale. Pour lui, c’est un problème national qui appelle de sa part les commentaires suivant :
• Augmenter le numerus clausus (la limitation du nombre de médecins reçus au concours) est une fausse bonne idée
• Il faudrait se demander combien de Béarnais et Haut-Béarnais réussissent le concours de médecine et savoir ce qu’ils deviennent une fois le concours obtenu (installation ici… ou ailleurs ?)
• Les techniques d’incitation ne marchent pas ou à la marge : payer les études à l’un et l’autre qui vient spontanément, c’est trop inégalitaire
• La féminisation est prégnante avec tout cela comporte de positif (maternité, élever son enfant, avoir du temps pour soi, etc…). Question : s’il y a un compagnon, un conjoint, que peut lui offrir le pôle emploi du secteur ?
• L’arrivée des cabinets médicaux a été et est pour Oloron un plus. On en compte 3 à la connaissance du docteur Coquard. Ils peuvent maintenir leur activité car ce sont des lieux sécurisants, où l’astreinte peut être partagée entre les médecins En revanche tous les cabinets isolés et/ou mal informatisés sont voués à l’échec. Il vaudrait mieux investir dans un regroupement des cabinets isolés pour être attractif. Sinon le médecin part et basta ….

En conclusion, Jean-Louis Coquard pense que le problème dépasse, et de loin, la seule réalité oloronaise: « Si des acteurs politiques locaux veulent prendre la main, leur premier devoir est de connaitre le sujet dans sa dimension nationale voire européenne, voire mondiale (il y a des exemples à prendre) car les personnels se croient soutenus mais par des « colosses aux pieds d’argile » ( sans méchanceté ..)… Attendons le projet médical, observons-le, voyons les accords et désaccords potentiels mais de grâce les ennemis de l’hôpital ne sont pas les médecins. »

8 commentaires sur « Oloron, désert médical ? Quelques pistes de réflexion »

  1. C’est combien un salaire inacceptable ?… Sachant que le salaire moyen d’un généraliste en France est de 6600 euros net/mois. Selon l’UNASA : le minimum pour un généraliste c’est 2900. Un pédiatre au minimum 2300, mais en moyenne 5700. Un anésthésiste au minimum 4600, mais en moyenne 16 000… On me parlera du nombre d’années d’études, mais dans ce cas là il y en a d’autres qui en ont autant ou presque et qui ne gagneront jamais ces sommes. Et les pauvres ont des astreintes ? De nombreux métiers en ont, et pas avec ces rémunérations. Le serment de qui déjà ?… Et soyons clair, c’est surtout ça qui provoque la pénurie pour en avoir entendu disserter sur le sujet… Rappelons que le salaire net moyen 2015 de l’ensemble des français est de 2100 euros et le médian est de 1700 euros.

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    1. La rémunération est l’un des aspects de la question. Mais sans doute pas le fond du problème. Et si tout simplement les médecins d’aujourd’hui aspiraient, comme chacun d’entre nous, avoir une certaine qualité de vie ? Et que cette qualité de vie ils estiment avoir plus de chances de la trouver dans une grande ville ou…. au soleil et à la faveur d’un temps de travail plus en rapport avec celui du reste de la société ? Mais je ne mets là en avant qu’un aspect de la question.

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  2. Retournons le projecteur : qui paie les études des aspirants médecins ? Majoritairement la collectivité (je ne pense pas que les études de médecine coûtent aux étudiants ce que coûtent des études en écoles de commerce ou de management). Qui les fera vivre plus tard ? La Sécu, même si année après année elle se désengage. Donc la collectivité.
    Ne doit-on pas une fois pour toutes dire à ces braves jeunes gens : on vous forme, OK, mais après vous nous devez. Pendant x années, vous irez planter votre tente et user de vos stéthoscopes là où le pays en a besoin. Après vous ferez ce que vous voudrez (et accessoirement vous aurez peut-être fait souche dans votre territoire d’accueil, parce que vous aurez découvert que la vie « rurale » a peut-être de grandes qualité, pour vous et vos enfants) ?
    La médecine libérale c’est mignon tout plein, mais la société attend de vous autre chose que votre égoïsme naturel.
    Certains médecins ici en fin de carrière ne regrettent pas leurs vies professionnelles au milieu de nos populations de provinciaux.
    Alors les jeunes, il faut peut-être les violenter un peu, beaucoup ne le regretteront pas dans 10 ou 20 ans !
    Médecin ce n’est pas un métier comme les autres. En tous cas pas un métier de mercenaires..
    Merci

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    1. Les médecins participant à la réunion du Collectif santé hier soir à la mairie d’Oloron l’ont très bien expliqué : les jeunes médecins veulent une qualité de vie. Plus question de faire comme leurs prédécesseurs qui passaient plus de temps auprès de leurs malades qu’auprès de leurs enfants. Quant à imposer un endroit où effectuer ses premières années d’exercice, je crois que l’idée a effleuré ceux qui nous gouvernent. Mais elle a été bien vite rangée dans un tiroir. La pratique médicale a changé. Comme notre société

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  3. Il est quand même évident que quelque soit le métier, des villes de province comme Oloron n’attirent pas. Pour les médecins c’est pareil. Ils sont jeunes et veulent pouvoir profiter, après toutes ces années d’étude, d’une bonne qualité de vie, qualité non pas au sens physique du terme mais plutôt au sens vie social, rencontres, animation. Qu’avons-nous à Oloron à leur proposer ? L’air pur ? D’accord, mais quoi d’autre ? Rien. Pas de commerces « modernes », pas de spectacles autres que ceux d’artistes locaux inconnus pour la plupart à une quinzaine de kilomètres (peu de spectacles d’autres artistes faute de salle), à 19 heures tout est fermé. Lorsqu’un bar est ouvert le soir, il s’agit en général d’un bar à « thème » c’est à dire squatté en permanence par un club de sport local. Aucune autre animation nocturne… Et d’année en année toujours les mêmes activités « traditionnelles » qui pour des gens de « l’extérieur » ne représentent rien et paraissent vraiment d’un autre âge. De plus, l’habitat est « vieillot », 35 minutes de route pour aller « en ville » par une voie pas des plus sécurisées… La montagne, les clubs de sport et l’air vivifiant ne suffisent plus à satisfaire les jeunes… et surtout pas les jeunes médecins qui ont fait leurs études dans des grands centres urbains comme Bordeaux ou Toulouse et qui ont pu goûter à ce que leur propose ces grands centres. Je pense qu’il faudrait commencer par faire d’Oloron une ville du 21ème siècle en commençant par la désenclaver par des voies rapides et ensuite naturellement, les jeunes s’y installeront et prospéreront… au grand plaisir de tous ! Oloron est une ville vieillissante qui, bientôt, ne sera plus qu’une ville de « vieux »… Dommage !

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  4. Et en soutenant les projets atypiques… Dans un petit village pas très loin d’Oloron en partant vers une station de ski (je garde l’aspect confidentiel, tout n’est pas encore bouclé), des ami(e)s ont eu l’idée d’un projet de spa associé à de l’activité aquatique relaxante. Une villa avec ses volets clos semblait correspondre au projet. Ils ont contacté le Maire, ce dernier connait les propriétaires (des anglais ayant plusieurs propriétés un peu partout), il les a contacté, et a décidé que la mairie achéterait la villa qui serait louée ensuite pour ce projet qui, pas loin des pistes, pas loin d’Oloron, va forcément marcher. Activité normalement dédiée aux urbains, implantée dans un cadre idyllique, et proposée aux touristes et aux locaux, c’est ce genre de projets à même de retenir une population plus aisée et plus demandeuse de bien-être. Quand Oloron fera la même démarche, ou la comcom… Il y a plusieurs lieux en vente sur cette ville par la collectivité qui pourrait être rénovés et proposés à la location de projets innovants (un café-librairie par exemple…) ; parce que vu l’état des biens actuellement, ils ne seront pas vendus demain… Mais bon, pour comprendre ça il faut un cerveau et une vision politique (dans le sens politikos), pas seulement une grande gueule.

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