Presse et mairie : des intérêts liés. Au détriment d’une information objective ?


Des correspondants locaux qui, pour avoir écrit dans leur journal des propos jugés désobligeants par le premier magistrat de la ville, se voient interdire de franchir la porte de la mairie. Des correspondants locaux un rien frondeurs dont la tête a été demandée – sans succès – à leur rédacteur en chef par un maire outré de leur indépendance de ton. Des correspondants locaux qui reçoivent un texto courroucé d’un maire après avoir publié un écho qui n’avait pas eu l’heur de plaire. Si ces événements que j’ai réellement vécus ne concernent pas tous – du moins à ma connaissance – la seule ville d’Oloron, il n’est jamais facile d’être correspondant de presse dans une petite ville !

Un maire attend toujours un appui sans faille de la presse locale. Et pour peu qu’il ait, ou pense avoir, un semblant de pouvoir politique, il n’hésite pas à téléphoner à la direction du quotidien local pour faire part de son mécontentement dès qu’il juge que son action ou celle de sa municipalité n’est pas   suffisamment mise en valeur ou, pire, dès qu’il croit discerner un semblant de critique sur cette action dans Sud-Ouest, La République ou l’Éclair des Pyrénées.

Mais si la mairie attend de la presse un certain comportement, la presse n’est pas en reste vis-à-vis de la mairie. Elle attend d’elle des informations qui lui permettront de remplir ses colonnes, l’achat d’abonnements, de pavés publicitaires ou de partenariats qui lui permettront de remplir ces caisses. Nous sommes là face à un système de donnant/donnant : intérêt politique contre intérêt économique.

Chacun ayant à gagner quelque chose dans l’histoire, comment s’étonner que l’information municipale diffusée par la presse soit, si l’on excepte quelques coups d’éclat, sans saveur ? Prisonniers d’une ligne éditoriale dont ils ne sont pas responsables, les journalistes locaux ne peuvent donner à leurs lecteurs toutes les cartes pour leur permettre de se faire un point de vue éclairés.

Ils se doivent de retranscrire sans broncher les propos du maire… même lorsqu’ils savent que ce dernier leur raconte des fariboles. Ils mènent peu d’enquêtes de fond qui permettraient de mieux appréhender les tenants et les aboutissants de certains projets (par exemple, quelles seront pour Oloron les conséquences concrètes de l’agrandissement de la CCPO ?). Ils évitent tout droit de suite sur les sujets polémiques (par exemple, pour Oloron : où en sont les projets de carrière ? les cessions immobilières de la commune ? la concrétisation des annonces faites par le maire en 2015 ?).

En déplorant cet état de fait, je prêche c’est vrai pour ma paroisse. Tout en constatant qu’avec la concentration des titres de presse au niveau régional, plus rien ne distingue maintenant, dans la manière d’aborder les questions de politique locale, Sud-Ouest, La République et l’Éclair. C’est du pareil au même : mêmes sujets d’articles, même manière de les traiter. Tiens, aujourd’hui, on trouve plus de différence question couleur et question goût entre Coca-Cola et Pepsi-Cola qu’entre Sud-Ouest et La République. Sans en être à regretter l’ancien temps, il y a tout de même de quoi s’interroger sur l’avenir d’autant de titres qui délivrent au final une même information sans sel.

Le jugement est trop sévère ? Peut-être. Mais si les élus savaient que leurs propos et leurs actions seront relatés de façon plus objective (à l’anglo-saxonne), que les journalistes vont chercher au-delà de ce qu’on veut bien leur raconter, ils seraient plus scrupuleux dans leur manière de dire et d’agir. Pour le plus grand bien de la collectivité qu’ils administrent.

4 commentaires sur « Presse et mairie : des intérêts liés. Au détriment d’une information objective ? »

  1. Ton blog devrait être classé d’intérêt public Joël. A quel saint se vouer à présent pour être informés ? Qui peut informer les citoyens de l’activité politique locale ?

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    1. Je suis d’accord avec toi, André 🙂
      Cela étant, même si les faits cités dans l’article sont du vécu, j’avoue avoir forcé un peu la dose sur les commentaires qui suivent. Juste manière de dire qu’il ne faut pas prendre ce qui est écrit dans la presse pour parole d’Évangile.

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