Déviation routière Gabarn-Gurmençon : quand des citoyens décident de s’en mêler


Et pendant ce temps-là, la liaison Gabarn/rond-point Bordelongue se poursuit (Photo prise depuis le Gabarn)
Et pendant ce temps-là, la liaison Gabarn/rond-point Bordelongue se poursuit
(Photo prise depuis le Gabarn)

Hier, un « collectif » de citoyens tenait un point presse. Objectif : faire connaître leur démarche qui vise à lancer une pétition pour obtenir l’organisation d’un référendum concernant la réalisation de la déviation routière Gabarn-Gurmençon. Étant entendu qu’ils sont eux-mêmes opposés au projet. Sébastien Lamarque a fait dans La République de ce matin un excellent compte-rendu de cette réunion. Je puis en témoigner : par le plus grand des hasards (enfin… presque) j’y ai assisté.

Il n’est pas question de paraphraser ici cet article, mais plutôt de le compléter par quelques éléments d’information supplémentaires ou d’y ajouter quelques réflexions personnelles.

« Les Visiteurs ». Pour la plupart jeunes quadragénaires, les quelques membres du « collectif » qui se trouvaient autour de la table considèrent que la classe politique ne prend pas suffisamment en compte l’avis des citoyens. Citoyens qui devraient pouvoir décider directement des sujets importants qui les concernent, sans passer par des représentants élus. Ce qui reviendrait en quelque sorte à abandonner le système démocratique en place depuis la Révolution pour lui substituer l’ecclesia, l’assemblée du peuple citoyen en vigueur chez les Athéniens il y a ….. 26 siècles. Les membres du collectif se seraient-ils trompés de siècle, tels Jean Reno et Christian Clavier dans le film « Les Visiteurs »?

« Les Visiteurs 2 ». Tous les participants à la réunion ne faisaient pas partie du « collectif ». Il y avait aussi des « observateurs », membres d’associations venus là sur invitation pour en savoir plus. En entendant les arguments développés par les membres du « collectif » pour s’opposer à la réalisation de la déviation (réchauffement climatique, coût d’investissement, accroissement du trafic poids lourds etc.), certains se sont sentis rajeunir. Et ramené 20 ans en arrière. À l’époque de tout le débat autour du percement du tunnel du Somport.

Le maire d’Oloron et le référendum. Le maire d’Oloron déjeunait au rez-de-chaussée du restaurant dans lequel se déroulait le point presse. Il a expliqué aux membres du « collectif » pourquoi il refusait de répondre à leur invitation de participer à la réunion : pas question de référendum local à Oloron pour quelque sujet que ce soit car il a été élu pour 6 ans et entend durant ce laps de temps exercer pleinement et intégralement le pouvoir qu’il tient des urnes. Le même Hervé Lucbéreilh qui, le 6 novembre prochain, lors de l’installation du Cesel (conseil économique, social et environnemental local), nous dira combien la démocratie participative est un sujet cher à son cœur.

L’erreur tactique des politiques. Le maire d’Oloron n’était pas le seul élu invité. Marylise Gaston, Bernard Uthurry, Jean Lassalle, Robert Bareille etc… étaient aussi conviés. Aucun n’avait fait le déplacement. Pour ceux d’entre eux qui sont favorables à la déviation, c’est une erreur tactique. Ils jouaient gagnant-gagnant en faisant connaître leur bienveillance à l’égard de l’organisation d’un référendum. Ceux d’entre eux qui y sont favorables au projet ne risquaient pas grand-chose : vu le peu d’émotion que suscite le projet de déviation au sein de la population concernée, réunir 5000 signatures pour demander un référendum, comme l’espèrent les membres du « collectif », est mission impossible. Dans le même temps, ces élus montraient qu’ils sont à l’écoute des demandes de leurs administrés. Mais peut-être ma réflexion dénote-t-elle une absence totale de sens politique de ma part.

Un renfort pour le service communication ? Si Hervé Lucbéreilh songe un jour à renforcer le service communication de la mairie, il peut les yeux fermés faire confiance au porte-parole du collectif, Martin Rieussec. Parvenir à attirer sur un sujet certes porteur (les médias sont attirés par tout ce qui touche à la lutte des citoyens, ne seraient-ils que quelques-uns, contre tout projet touchant l’environnement) tous les journalistes locaux et jusqu’à la caméra de FR3 Pau-Sud Aquitaine, c’est très fort. Surtout pour la présentation d’une démarche qui en est à ses balbutiements et qui paraît quelque peu improvisée.

33 commentaires sur « Déviation routière Gabarn-Gurmençon : quand des citoyens décident de s’en mêler »

  1. Demander un référendum n’a réellement de sens que quand il s’agit de combattre un projet que la population rejette massivement. Présentement, cette initiative est un vrai loupé.

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    1. Etions-nous vraiment au courant du grand projet d’axe trans-européen E 7 au moment de l’enquête publique ?, du financement par partenariat public privé ?… Je pense que non … D’ailleurs, l’êtes-vous tous ici ? Pas sûr… 😉 Mais vous allez l’être oui 🙂 Et un référendum demande au préalable que tous les points de vue soient bien explicités, pour choisir en connaissance de cause… C’est cela la vraie démocratie.

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  2. Merci pour vos articles sur des sujets qui animent la cité.

    Je porte un regard bien différent du votre sur cette initiative.
    D’une part, pourquoi, comme dans votre article, opposer système démocratique et consultation populaire ? Effectivement nous ne sommes pas rodé à ce mode de décision, pourtant il n’a pas était abandonné il y a 26 siècles. Chez nos voisins suisses la votation (référendum) fait partie du système démocratique et les autorités doivent appliquer le résultat du vote. Mais plus encore, les citoyens suisses peuvent mettre au vote leurs propres propositions.

    D’autre part ce collectif pour le référendum a le mérite :
    – de mettre un coup de projecteur sur ce projet très cher mais très discret;
    – d’engager une réflexion sur l’utilité de ce projet;
    – de nous poser la question « pour quels projets souhaitons nous dépenser l’argent public »

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    1. Merci pour votre commentaire.
      Si vous pensez que dans mon article j’oppose système démocratique et consultation populaire, c’est que je me suis mal exprimé. Dans le cas présent, la consultation populaire a été effective. D’abord par le biais de l’élection de nos représentants au sein du conseil départemental. Lors des récentes élections, le projet de déviation a en effet été évoqué par tous les candidats.Et il se trouve que nous avons envoyé siéger au Parlement de Navarre des partisans du projet. Ensuite la consultation populaire a pris la forme de l’enquête publique qui a précédé l’arrêté préfectoral décidant des travaux. Tous les citoyens ont alors eu l’occasion de s’exprimer. Puis éventuellement de saisir la Justice s’ils estimaient que la décision du préfet était contraire à nos lois.
      Je suis d’accord avec Gérard Huré qui, dans le commentaire suivant, pense que des initiatives comme celles de Martin Rieussec, parce qu’elles contestent la légitimité de nos élus (il l’a clairement dit lors du point presse), contribuent à renforcer le populisme ambiant.

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    2. Je ne comprends pas quel mérite a le référendum…
      1) le coup de projeteur est mis sur ce projet depuis des années, et notamment lors des réunions publiques des dernières élections
      2) la réflexion a déjà été menée avec la possibilité de s’exprimer lors de l’enquête publique et lors des multiples réunions publiques sur ce sujet, organisées lors de la précédente campagne, par tous les candidats.
      3) la question ne se pose pas sur le financement de ce projet car si nous n’utilisons pas cet argent pour ce projet, il sera fléché sur un autre projet routier, ailleurs en France… donc référendum ou pas, personne ne choisira de ce qui sera fait de cette somme.

      Ceci pour également répondre à BACCHUS GRABEUF, cela me fait doucement rigoler de n’avoir vu aucun contestataire à la déviation lors des réunions publiques organisées par les élus et/ou candidats. Les élus ont avancé avec les personnes intéressées, ça ne s’organise pas en 15 jours !!! Et aujourd’hui, parce qu’une poignée de main de personne se disent que c’est cher, dangereux etc… les élus et toute la population devraient s’arrêter de vivre pour s’intéresser à ce projet.

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      1. D’accord avec vos deux premières considérations. Pour ce qui concerne la troisième, on pourra toujours vous objecter que, le conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques s’est engagé à financer la moitié du coût de l’opération, soit au bas mot 35 M€. Si la déviation ne se fait pas, c’est autant d’économiser pour notre département qui pourra redéployer tout ou partie de cette somme sur d’autres projets qui ne seront pas nécessairement routiers.

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      2. « la question ne se pose pas sur le financement de ce projet  »
        Bien au contraire ! Notre maire parle de partenariat public privé = PPP; je vous conseille bien de vous renseigner sur ce genre de partenariat et ses réels dangers… D’ailleurs, il y aurait un billet d’humeur à faire sur ces PPP… Si de PPP se font sur Oloron, on sera surendetté pour bien plus que les 6 ans du mandat du maire…

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      3. Et oui, les PPP sont une fuite en avant ! Ils permmettent de faire passer des endettement en frais de fonctionnement sur les 20 prochaines années (voire plus)…. la voirie sera à refaire avant 20 ans, mais l’ancienne réfection ne sera pas finie de payer… CE SONT NOS FUTURES GENERATIONS qui seront surendettées, mais d’ici là, le maire aura été réélu car il aura réalisé des travaux sans » endetter » (artificellement, la ligne endettement sera vide, celle frais de fonctionnement cachant l’endettement !!!!) la ville car les gens ne veulent pas s’informer… MISERE ! En clair, les PPP : le partenaire privé contracte l’emprunt auprès des banques, et ont rembourse incognito l’emprunt chaque mois pendant des années en payant le partenaire public et en faisant passer cela pour frai de fonctionnement. Une mairie peut ainsi se surendettée sans y paraître ! UN PIEGE ! et des maire saute dedans à pieds joints, en entraînant leur ville…

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  3. D accord avec vos analyses
    J’ajoute à cela qu à l’origine d Oloron en transition Martin nous a enseigné la bienveillance ,la transition toute en douceur et pédagogie positive….le virage m est incompréhensible
    Autre point: a fustiger tous les élus et tous les rouages de notre belle démocratie il participe au développement du populisme et plus ..

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      1. Je ne vois pas en quoi cette initiative porte à débat? C’est plutôt bon signe que des personnes se sentent concernées, aient besoin de se sentir écouté, pensent avoir droit de contester, de se faire entendre, etc… Le Maire élu peut il tout faire? Silence, plus rien à dire jusqu’au prochaine élection!! Le silence des pantoufles?
        Je pense que non! (Je suis militant contre les carrières ce qui explique peut-être cela)
        La démocratie est si fragile ou si sacrée qu’il n’est pas possible d’en souligner les imperfections sans se faire traité de « participé au populisme et plus.. »? « pauvre Martin pauvre misère », aurait chanté Georges Brassens*.
        Mais au fait de quel populisme parle t on ?
        « – 1 – Idéologie et mouvement politique (en russe narodnitchestvo) qui se sont développés dans la Russie des années 1870, préconisant une voie spécifique vers le socialisme.
        – 2 – Idéologie politique de certains mouvements de libération nationale visant à libérer le peuple sans recourir à la lutte des classes.
        – 3 – Tendance artistique et en particulier littéraire qui s’attache à l’expression de la vie et des sentiments des milieux populaires. »?
        Connaissant Gérard et son gout pour les arts, je pense qu’il s’agit de la définition n°3
        J’adore votre rubrique qui me fait souvent rire, mais quelques fois l’attaque à la personne me laisse « un goût presque louche de sang, d’amour et de dégoût dans la bouche » aurait chanté Fréhel*

        * : « La vie c’est plus marrant, c’est moins désespérant en chantant » aurait chanté Sardou**
        ** : « et c’est tellement migon de se faire traiter de con en chanson »

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      2. heu, y a que moi qui m’interroge sur la légitimité d’un élu avec le taux d’abstention en France et de vote blanc ? Continuez à croire que tout va bien n’est pas la bonne solution… Mieux vaut essayer de réagir et se tromper que d’être complice de la dégradation de la politique dans notre pays. Cordialement cependant

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      3. Comment peuvent-ils être légitimes face au taux d’abstention 😉 ? telle est ma question 🙂 Voilà aussi pourquoi je suis pour les référendums

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        1. On est légitime, parce que c’est la règle du jeu en démocratie.Quant à la solution référendum, je veux bien. Mais avez-vous noté coment ils recueillent souvent un taux d’abstention supérieur à celui constaté lors des élections ?

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  4. Merci de ce commentaire.
    Que le projet de carrière, pour lequel les élus se sont prononcés en catimini, sans aucun débat public, fasse l’objet de contestation lorsque les citoyens se rendent compte de l’ampleur du projet et de ce que l’on a tenté de leur cacher, quoi de plus naturel ? Mais que le projet de déviation, qui est connu de tous, a fait l’objet d’une enquête publique au cours de laquelle tout citoyen avait tout loisir de se renseigner et de faire connaitre son opposition, soit tout d’un coup un objet de contestation de la part d’un groupe de citoyens, je ne suis pas d’accord. Et je l’écris.
    Mais ne voyez pas là « attaque à la personne ». C’est à leurs idées et à leur conception de la démocratie que je m’en prends. Pas à eux. Mais, pour terminer moi aussi par une citation, et citant André Suarés : « L’erreur des démocrates est de croire que leur vérité en soit une pour tout le monde, et force l’adhésion. ». C’est donc peut-être moi qui suis dans l’erreur.

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    1. Pour le projet de contournement… Etions-nous vraiment au courant du grand projet d’axe trans-européen E 7 au moment de l’enquête publique ?, du financement par partenariat public privé ?… Je pense que non … ET CA CHANGE TOUTE LA LEGITIMITE DU projet !!!! D’ailleurs, l’êtes-vous tous ici ? Pas sûr… 😉 Mais vous allez l’être 🙂

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      1. 1/ L’axe européen E7 était connu bien antérieurement à l’enquête publique
        2/ Le partenariat public-privé est sorti du chapeau de Lucbéreilh il y a quelques mois. Il n’a été entériné par personne… même pas par les financeurs (État et Conseil général)

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      2. L’axe E7 était-il connu de tous ? L’est-il aujourd’hui ? C’était-ion donné les moyens d’informer la population… Que l’information existe ne veut pas dire qu’elle a été correctement transmise. Ceux qui demandent un référendum (comme moi) demande aussi que chaque point de vue puisse être explicité à la population… Car en en parlant, les gens découvrent souvent les arguments du non à la déviation. Oui, l’argumentaire est prêt et pas prêt de se taire 🙂

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  5. Je veux bien me faire à l’idée du retour au siècle de Périclès, oui mais………….

    La démocratie athénienne me paraît très restrictive en n’accordant la parole qu’aux citoyens de la Cité, excluant aussi bien les femmes, que les « barbares » ou les « métèques » sans parler des esclaves. Déjà à l’époque un petit nombre, toujours issus de mêmes familles, prétendait faire le bonheur du reste d’une population, qui de toute façon était incapable de le trouver.

    Je veux bien défendre avec vous la légitimité de nos élus, oui mais…….

    Encore faudrait-il que le pouvoir fasse œuvre de respect en acceptant le verdict d’un référendum, qu’il convoque lui même, mais dont le résultat le chagrine (2005).
    Encore faudrait-il que les élus respectent plus souvent les recommandations des enquêtes d’utilité publique qu’ils considèrent parfois comme un simple ornement de leurs projets contestés.
    Encore faudrait-il qu’individuellement, tel ou tel, sèchement désavoué par le résultat d’une élection (serait-elle municipale), ne revienne par la fenêtre, auto convaincu d’être irremplaçable.

    Tous ces comportements, ne peuvent que desservir l’image de la politique qui serait la plus belle des choses si elle n’était desservie par des tels politiciens. A quoi peut servir mon vote si il est ainsi bafoué ?

    Je reste persuadé que le non cumul des mandats et leur non renouvellement (déjà présents il y a 26 siècles) pourrait être une solution. Mais ça, c’est une autre histoire.

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    1. Oui, il y a des élus qui, à l’évidence, ne méritent pas la confiance que nous avons placée en eux en…. les élisant. Car jusqu’à preuve du contraire, ils ne se sont pas auto-proclamés. Par voie de conséquence, nous n’avons à nous, électeurs, en prendre qu’à nous si ça cafouille.

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      1. Il faut aussi se faire entendre quand ça cafouille, on n’a pas signé un droit à faire n’importe quoi à nos élus non plus 😉

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    1. Certes. Mais pour quelques élus très centrés sur eux-mêmes, combien d’autres sont dévoués, à la recherche de l’intérêt général avant leur intérêt personnel, et même, osons le mot, humbles, conscients qu’ils ne détiennent pas LA vérité.

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      1. Certes à mon tour, il n’en reste pas moins que le désamour d’une partie des électeurs peut s’expliquer par le comportement d’élus qui sont peut être minoritaires mais généralement très visibles et audibles. Ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain, cela n’empêche pas de s’interroger sur l’avenir du bébé.

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  6. La déviation Gabarn/Gurmençon fait intégralement partie du monstrueux projet d’Axe E7,voulu par l’Europe du béton et des marchandises.C’est un projet du XXème siècle capitaliste,productiviste,pollueur et destructeur de nature de silence et de beauté.
    Toutes les personnes conscientes des très graves menaces qui pèsent sur notre planète dues au développement excessif des pays riches, ne peuvent qu’être opposées à cette résurgence d’un projet désormais obsolète et quelque part illégal,depuis le traité international de Paris et de la COP 21…
    Le Béarn pourrait pourtant en choisissant la réouverture du « Canfranc » entrer résolument dans le XXIème siècle écologiste.
    À cause de ses tristes élus locaux il reste accroché au vieux monde du XXème siècle capitaliste et destructeur…

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