La ligne Oloron-Bedous, pyramide du Louvre d’Alain Rousset


Ligne Oloron-BedousC’est quand même curieux cette manie des hommes politiques de tenir plus que tout à laisser à la postérité une trace de leur passage sur terre à travers la réalisation d’une œuvre monumentale. Pour Pompidou, ce fut le Centre d’art contemporain qui porte aujourd’hui son nom ; pour Mitterrand, ce fut la pyramide du Louvre ; pour Lucbéreilh, ce fut la médiathèque, une réussite (tu vois, Jacques, je me laisse même aller à dire du bien de Lucbéreilh, c’est dire si le sujet du jour me perturbe). Et pour Alain Rousset, ce sera…. la ligne de train Oloron-Bedous.

J’ai côtoyé Alain Rousset il y a déjà quelques temps. Il n’était pas encore président du conseil régional d’Aquitaine. Il s’occupait alors de la réindustrialisation (car il ne fallait pas dire « reconversion industrielle ») du bassin de Lacq. Et force est de constater qu’il a réussi dans son entreprise. Pas tout seul, bien sûr. Mais il n’a pas joué dans l’opération un rôle mineur. Sa connaissance de l’entreprise et du monde économique n’est plus à démontrer. D’où ma perplexité depuis qu’il s’est mis en tête de lancer ce projet Oloron-Bedous.

Une dépense de 100 millions d’euros pour quoi ? Pour une voie de chemin de fer qui part d’Oloron et s’arrête dans la pampa au bout de 25 km (les Bedousiens me pardonneront). Pour quel intérêt économique ? Transporter 3 ou 4 salariés jusqu’aux portes de Messier-Bidos et rapprocher 4 pèlerins (nous sommes sur l’une des routes de Saint-Jacques) de leur destination finale ? J’attends d’ailleurs avec impatience de voir combien de défenseurs empressés du projet emprunteront eux-mêmes cette ligne.

Certains nous objectent que le but final est de prolonger la ligne jusqu’en Espagne. Mais avec quels crédits ? Les caisses de l’État sont vides et la Région ne pourra supporter seule un tel coût. D’ailleurs, je n’ai su voir dans le contrat de plan État-Région 2015-2020 (ce document qui fixe les grands objectifs de la Région pour les 5 prochaines années) ni la moindre évocation du sujet, ni le moindre crédit consacré à la poursuite de l’opération.

En attendant, les trains jaunes des entreprises de travaux s’activent et le chantier touche à sa fin. Mais quelque chose me dit que cette ligne Oloron-Bedous sera au cœur de la campagne des élections régionales dans notre coin de Béarn. Histoire pour la droite de dénoncer le gaspillage de l’argent du contribuable dans un projet sans lendemain. Et les représentants de la Région -le vice-président chargé des transports, l’élu oloronais Bernard Uthurry au premier chef- ne pourront même pas faire valoir leur bilan sur le tronçon Pau-Oloron, compte tenu de la dégradation de la qualité du service qui est de plus en plus constatée sur cette portion de voie ferrée.

Alain Rousset trouvera cependant dans l’Histoire une raison d’espérer : Mitterrand a été très critiqué pour la pyramide du Louvre ; cela ne l’a tout de même pas empêché d’être réélu Président de la République.

19 commentaires sur « La ligne Oloron-Bedous, pyramide du Louvre d’Alain Rousset »

  1. Combien de temps encore pourrons nous déplacer en voiture? L’avenir est aux transports collectifs! Le gâchis financier est peut-être de continuer à construire route et auto-route? Pour autant, nous sommes quelques uns, favorable aux rails à nous poser la question : pourquoi le train devient il à la mode sur ce tronçon aujourd’hui? Mr Rousset est il devenu écolo? A t’il une vision d’avenir qui dépasserait son mandat ? et si ce n’était pas pour les quelques pèlerins de Messier ou de St Jacques, alors pour qui? ou pour quoi? le ferroutage? le transport de marchandises? Il semblerait que l’infrastructure ne soient pas utilisable pour ce type de transport. Une rumeur circule quant à l’acheminement de déchets radioactifs vers l’Espagne… c’est sur ça débloquerait quelques crédits!!

    J'aime

    1. J’avais jamais entendu parler de cette rumeur, mais elle en vaut bien d’autres. La motivation de Rousset ? Peut-être celle qui m’a été donnée par l’un des lecteurs de ce blog : il se prend pour Louis Barthou. Louis Barthou qui avait dû faire face à de nombreux obstacles et à de nombreuses oppositions avant d’arriver à la réalisation de la ligne Pau-Canfranc

      J'aime

  2. « On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille ».
    Cette chanson de Maxime LEFORESTIER me vient toujours à l’esprit quand je vois Bernard UTHURRY aux prises avec les journalistes au sujet de la ligne de train locale.
    Je ne peux m’empêcher de le plaindre de se traîner un tel parrain politique, aussi buté et mégalo !
    Parrain étiqueté à gauche certes, mais d’évidence baron ou marquis de haute noblesse dans son comportement sur ce sujet.

    J'aime

    1. Sans doute Bernard Uthurry a-t-il gardé de son passé de bon joueur de rugby un fort esprit d’équipe. Ça aide pour jouer groupé avec un capitaine quelque peu caractériel. Mais, à la vérité, au niveau atteint par Alain Rousset, quel homme politique n’est pas un peu mégalo et caractériel ?

      J'aime

  3. Mégalopole, peut-être, victime d’un ego surdimensionné, c’est possible, n’empêche que les détracteurs de la ligne Oloron-Bedous, soulignant le coût exorbitant de l’ouvrage ne parlent jamais de la ponction dans les poches des contribuables que représente l’entretien de la nationale jusqu’en Espagne. Toute l’année ils sont aussi silencieux sur ce qu’ont coûté les déviations mises en place dans les villages de la vallée à l’usage de nos amis transporteurs de fret par camion. Et j’en passe. L’avenir du ferroutage, j’y crois, moi, surtout avec la sortie du nucléaire. Pour le reste, je laisse aux politologues le soin d’analyser les diverses manies de nos divers dirigeants et leurs coûts. Bonne journée à vous

    J'aime

    1. Merci de ce commentaire. Bien sûr que chaque option (route ou fer) a ses avantages et ses inconvénients. C’est le rôle de nos politiques d’arbitrer avec pour seul souci l’intérêt général. Le ferroutage est-il en l’espèce la meilleure solution ? J’ai quelques doutes vu la configuration de la voie….. surtout si les trains s’arrêtent à Bedous et qu’à ce jour il n’y a aucun crédit en place pour aller au-delà. Bonne journée à vous

      J'aime

  4. Toutes les études consacrent de l’intérêt du ferroutage pour une distance de transport supérieure à 750 kms. Et quand on sait que nous n’avons pas cette distance entre Sarragosse et Bordeaux ou Toulouse, ni entre Madrid et Bordeaux ou Toulouse………

    J'aime

    1. C’est évident, si vous prenez un tronçon de moins de 750 km pour étayer votre avis vous fabriquez la preuve de votre affirmation, mais le le terminus du train n’est ni à Toulouse, ni à Bordeaux!! Pour ce qui est de l’étude que vous mentionnez sans la nommer, elle est probablement faite sans tenir compte de la perceptive d’un demain sans pétrole!!! Le train est un investissement à long terme, arrêtons de marcher en regardant nos pieds!!!

      J'aime

  5. @Serge
    Vous êtes un nostalgique de ce tortillard dont la locomotive consommera 3 fois plus de carburant que l’autobus actuel et dont le déficit d’exploitation sera 7 fois plus important que notre bus traditionnel. Comment tordre le cou à cette réalité en sachant que cette folie politique coûtera 150 € à chaque contribuable de l’Aquitaine qui sera répercuté dès le prochain budget généré par le nouveau conseil régional.

    J'aime

  6. Dans son édition du 27 février, un quotidien local a informé ses lecteurs du sondage par internet par lequel 82,8 % des votants se seraient prononcés pour la réouverture de la voie ferrée jusqu’à Canfranc.
    Le résultat de ce sondage est à considérer avec une grande prudence, compte tenu qu’un même internaute, sous le couvert de son anonymat, avait la possibilité de multiplier le nombre de vote jusqu’à l’infini. Ce qui explique le nombre important des votes (2571) recueillis en une seule journée. Pour mémoire, un quotidien concurrent n’avait réuni que 161 votants dans un sondage sur l’opportunité de la déviation routière de la RN 134 du Gabarn d’Oloron à la Porte d’Aspe de Gurmençon.
    Ce sondage montre aussi le décalage entre les 2571 votants anonymes et la faiblesse du nombre de commentaires(24) exprimés sous un pseudo , durant le même temps, sur le même sujet.
    Il fallait relever ce trompe l’oeil avant qu’une telle « information » ne vienne conforter les vertus factices de cette voie ferrée et les approximations des promoteurs de ce projet qui bombant le torse, dans un mouvement du menton et deux moulinets de bras devant les caméras, nous ont annoncé que cette ligne serait fréquentée par 600 000 passagers par an, soir 1643 par jour, et 3 millions de tonnes de marchandises y transiteraient par an, soit 13,6 trains par jours, auquel il faut ajouter 4 trains de voyageurs.
    Mais ils refusent toujours de rendre publique l’étude de rentabilité socio-économique qui justifierait tout çà.
    Ils ont toujours affirmé avoir obtenu l’inscription de ce projet dans les priorités de la communauté européenne : c’est un pur mensonge avoué aujourd’hui puisqu’il est annoncé que l’on va partir quémander quelques subsides à Bruxelles.
    Suprême aveu avec avec le nouveau gadget Aragono-Aquitain : on lance un « appel à manifestation d’intérêt » pour voir qui cela peut intéresser : c’est dire combien on est sûr de son coup ! Il serait temps de se poser la question !
    On a déjà dépensé, en aveugle, plus de 100 millions pour ce pari improbable. Qu’importe, quand on aime on ne compte pas.
    Les promoteurs ne nous ont pas encore dit quel sera le coût de ce gaspillage à la charge des contribuables si cette obsession se concrétise. Surtout que l’on ne peut pas compter sur les contribuables de Poitou-Charentes avec leurs factures impayées pour nous aider à éponger nos propres factures à venir.

    J'aime

  7. Bien sûr la méthode depuis le début laisse à désirer ; bien sûr cela à un coût ; mais en tant que contribuable, je ne suis pas opposé à ce qu’une partie de mes revenus financent cette liaison jusqu’en Espagne. C’est ça un choix budgétaire. Ce n’est pas parce que quelque chose de nouveau coûte plus cher que ce qui existait par le passé, qu’il faut le refuser. On ne peut pas vivre si proche d’une frontière et n’avoir quasiment aucun lien avec ceux qui vivent de l’autre côté. S’ouvrir à l’Espagne, c’est permettre du développement économique dans le sens sud-nord, et non rester dans l’attente d’un développement franco-français nord-sud. J’ai hâte que le train monte jusqu’à Canfranc.

    J'aime

  8. Bien sûr la méthode depuis le début laisse à désirer ; bien sûr cela à un coût ; mais en tant que contribuable, je ne suis pas opposé à ce qu’une partie de mes revenus financent cette liaison jusqu’en Espagne. C’est ça un choix budgétaire. Ce n’est pas parce que quelque chose de nouveau coûte plus cher que ce qui existait par le passé, qu’il faut le refuser. On ne peut pas vivre si proche d’une frontière et n’avoir quasiment aucun lien avec ceux qui vivent de l’autre côté. S’ouvrir à l’Espagne, c’est permettre du développement économique dans le sens sud-nord, et non rester dans l’attente d’un développement franco-français nord-sud. J’ai hâte que le train monte jusqu’à Canfranc.

    J'aime

  9. @MARSIHO
    L’auteure du livre « Le transpyrénéen » a noté, du temps de son activité que cette voie ferrée avait eu une fonction insignifiante avec 1,85 % du trafic marchandises, 54,07 % transitant par Cerbère, 43,53 %par Hendaye et 0, 55% par la Tour-de-Carol. Côté transport voyageurs, le maximun a été de 50 voyageurs par jours, à l’exception de la déferlante de passagers espagnols en 1958, à l’occasion de la célébration du centenaire du pèlerinage à Lourdes.C’est un peu juste comme argument de penser que la réhabilitation de cette voie ferrée développerait l’Aragon et l’Aquitaine.

    J'aime

  10. Manaut : « du temps de son activité ». Les données ont largement évoluées depuis ; l’Aragon s’est développé, l’économie aussi. Il faut vivre avec son temps… Je suis né dans une région frontalière et j’ai vu une ville mourrir, puis renaître quand elle s’est tournée vers sa frontière (Longwy avec son agglomération transfrontalière).

    J'aime

  11. Depuis 46 ans que cette ligne a cessé son activité, aucun Gouvernement de droite ou de gauche n’a voulu financer sa réouverture. Et ce n’est qu’en profitant des nouveaux pouvoirs de la décentralisation que la région Aquitaine s’est lancé dans cette opération hasardeuse. D’ailleurs, ni l’Europe, ni l’Etat n’apporte une quelconque contribution financière au tronçon Oloron-Bedous. Mais je ne veux pas retirer votre part de bonheur à financer 120 millions de travaux pour faire circuler un train avec 2 passagers pour rallier Bedous.

    J'aime

    1. Je ne pense pas que nous ferons changer d’avis Mr Manaut et de trop argumenter le rend généralement nerveux, nous serons au moins deux à nous réjouir…

      Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.