Partenariat public-privé : le coup de baguette magique du maire. Avant le coup de massue ?


PPPNous avons élu – correction : une majorité d’entre nous a élu – un maire-prestidigitateur. Un édile qui est doté d’une baguette magique lui permettant de résoudre tous les problèmes de gestion auxquels est confrontée notre ville. Le nom de cette baguette magique tient en trois initiales : PPP (partenariat public-privé). Il faut refaire toutes les routes de la commune et nous n’avons pas le premier euro ? Et hop ! je sors mon PPP… et les travaux se font comme par miracle sans que le budget municipal en soit affecté. Le conseil général rechigne à cracher au bassinet pour financer le contournement d’Oloron ? Et hop ! je re-sors mon PPP…. et le contournement d’Oloron est réalisé par miracle.

En quoi consistera ce contrat de partenariat public-privé à Oloron ? La mairie (public) passe, après mise en concurrence, un contrat avec une entreprise de travaux publics (privée) en vue de la rénovation de la totalité de sa voirie entre 2018 et 2023, puis pour l’entretien de cette même voirie jusqu’en 2038. Coût de l’opération pour la ville : entre 20 et 45 millions d’euros.

Ce mardi, La République consacrait une large part de la page d’Oloron à nous présenter le PPP et les bénéfices que, selon notre maire, notre commune tirera de ce contrat. Je ne voudrais pas ergoter. Ce n’est pas mon genre ! Pas question non plus de mettre en doute la fidélité de la transcription des propos d’Hervé Lucbéreilh par l’excellent journaliste qu’est Sébastien Lamarque. Mais je trouve dans les propos de Monsieur le maire bien des approximations et, c’est un euphémisme, de zones d’ombre. Examinons-en ci-après quelques-unes.

Apprécions déjà l’évaluation par le maire du montant du contrat. Entre 20 et 45 millions d’euros ! La largeur de la fourchette traduit à elle-même le peu de sérieux de l’estimation. Est-ce à dire que notre municipalité n’a pas une connaissance précise des travaux nécessaires ? Inquiétant tout de même, quand on veut engager des travaux, de n’avoir qu’une vague idée de leur consistance.

Monsieur le maire affirme ensuite qu’un accord de principe de la mission interministérielle d’appui aux partenariats public-privé (maPPP) a été obtenu. Il cherche sans doute à montrer que le dossier de la ville est solide puisqu’il a été validé par une « mission interministérielle ». Seul problème : cette mission ne délivre pas des agréments, elle donne seulement un avis sur les dossiers que lui présentent les collectivités. Ce n’est pas tout à fait la même chose. De surcroît, si l’on va sur le site Internet de cette maPPP, on ne trouve aucun avis donné sur le dossier oloronais.

Monsieur le maire indique encore que le dossier sera plaidé devant le préfet à la rentrée. Il oublie juste qu’il aura auparavant dû recevoir l’aval du conseil municipal. Sans doute quantité négligeable que la décision de ces 32 autres élus ?

Pour répondre à l’argument selon lequel ce type de contrat coûterait à la commune deux fois plus qu’un marché normal, Monsieur le maire produit un argument imparable : « Il faut aussi parler des PPP qui marchent et pour les voiries, cela fonctionne bien. ». Il suffit d’aller sur le site Internet de la maPPP pour vérifier que l’argument ne tient pas une seconde. Entre 2004, date de la création des PPP et le mois de juin 2015, soit en 10 ans, savez-vous combien de contrat de partenariat public-privé ont été conclus par les collectivités locales pour la voirie ? 2 (oui, deux). Deux contrats passés en 10 ans pour 37 000 communes ? Si cela marchait aussi bien, nul doute qu’elles seraient des centaines à y avoir recouru !

En février 2015, la Cour des comptes a produit un rapport très critique sur les PPP en relevant les risques qu’ils peuvent faire courir à une collectivité locale. Ce rapport rejoint les conclusions d’une mission d’information du Sénat. J’y reviendrai dans un prochain billet. PPP, attention danger pour la ville…. donc pour ses contribuables. Avant d’engager notre commune sur plus de 20 ans dans une opération qui peut être hasardeuse, peut-on espérer que les conseillers municipaux, de la majorité comme de l’opposition, sauront étudier le dossier et toutes ses conséquences ? Si on pouvait en effet éviter que le coup de baguette magique du maire se transforme en coup de massue… sur la tête de ses administrés-contribuables qui, au final, paieront l’addition.